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#chroniquefd - La modernité expliquée à sa mère (5)

Sur Twitter : @FabienDeglise
Voici la cinquième d’une série de chroniques sporadiques sur la modernité expliquée à ceux qui peinent à entrer dedans.

Parfois, quand tout va trop vite, on finit par perdre la notion du temps. La semaine dernière, un anniversaire notable, même s’il est passé inaperçu, a d’ailleurs permis de prendre conscience du phénomène.


Alors que l’humanité connectée partageait pour une journée de plus ses « t’es où ? » et ses « vidéos de chats » par appareils technologiques interposés, l’émoticône, cette expression d’un sentiment à l’aide de deux ou trois signes de ponctuation pour mettre un peu d’émotion dans des échanges écrits qui n’en ont généralement pas, a célébré, elle, son trentième anniversaire de naissance. Oui, oui : trois décennies.


La preuve que la déshumanisation des relations interpersonnelles n’est pas issue de la dernière pluie d’iPhone, mais aussi qu’elle atteint par le fait même un nouveau stade de développement qui, du coup, peut laisser présager l’apparition d’un peu plus de sagesse…


Remontons le fil du temps. Avant de se répandre dans le quotidien banal des échanges par courriel, par Facebook ou Twitter, la première émoticône a dû être inventée et c’est le 19 septembre 1982, dans un laboratoire de recherche de la Carnegie Mellon University de Pittsburgh, que ça s’est passé. Dans la joie, l’allégresse et surtout en marge d’une bonne blague d’informaticien, nous a rappelés samedi dernier la radio publique américaine.


À l’époque, Marie-Mai ou Léo Bureau-Blouin ne sont que de vagues intentions. Par courriel, un dénommé Neil Swartz propose à ses collègues une énigme dont il a le secret. Il est question d’un ascenseur qui tombe avec une bougie allumée sur le mur de la cabine et une goutte de mercure sur le plancher. Il demande alors ce qui va arriver à la chandelle et au mercure, d’un point de vue théorique, s’entend.


Le courriel distrait les hommes de science qui multiplient les échanges par l’entremise de ce mode de communication franchement à l’avant-garde - le premier courriel a été envoyé en 1971 - en avançant des possibles tantôt sérieux, tantôt loufoques. Tout le monde se bidonne, et Swartz essaye alors d’ajouter un cadre symbolique autour de cette conversation à plusieurs en train de réinventer les conventions en se jouant à distance et par écrit. Il propose l’utilisation d’une étoile (*) lorsque le message doit être considéré par tous comme une blague. La chose n’étant pas toujours évidente jusque-là.


La suite va écrire un fragment de l’histoire des communications. Un des participants accepte la convention, mais suggère que l’étoile soit seulement associée aux bonnes blagues, que le signe pourcentage (%) soit lui réservé aux mauvaises et que l’assemblage des deux caractérise les blagues tellement mauvaises qu’elles en sont drôles. On le rappelle, ça se passe dans le monde des nerds, comme on disait à l’époque.


Dans la foulée, Keith Wright prend la plume numérique et propose l’esperluette (&) pour marquer l’humour, puisque c’est le signe de ponctuation le plus drôle du clavier. Leonard Hamey préconise le dièse, parce que ça ressemble, selon lui, à une bouche qui rit. Et puis, le prof d’informatique Scott Fahlman ajoute sa touche et propose une séquence de symboles : un deux-points, un tiret et une parenthèse fermée - :-) -, représentant deux yeux, un nez et une bouche souriante, quand on penche la tête vers la gauche, comme marqueur de l’humour.


La semaine dernière, il s’en est souvenu en disant qu’il croyait que cette histoire de ponctuation allait amuser ses amis le temps de l’échange en cours « et que cela n’irait pas plus loin ». Comme quoi…

 

Rapports humains


Partie de rien, cette séquence de signes est devenue beaucoup, poussée entre autres par la dématérialisation des rapports humains, à laquelle Fahlman n’avait certainement pas pensé, par une communication de plus en plus distante et écrite, où forcément l’absence des nuances apportées par le non-verbal et les modulations d’un timbre de voix peut parfois induire quiproquo et mauvaise interprétation des propos. Les émoticônes proposent d’enrayer tout ça. Ici, en marquant le sarcasme, le cynisme ou la complicité, là en atténuant, en ironisant ou en indiquant que ce courriel peut contenir des traces d’humour. Et ça fait 30 ans que ça dure.


La multiplication de ces marqueurs de l’émotion, depuis l’apparition de la première émoticône, n’est donc pas une surprise, contrairement à leur disparition qu’une poignée de personnes aimeraient bien annoncer aujourd’hui au nom d’un retour à une communication moins superficielle où l’émotion gagnerait à être exprimée de manière plus naturelle, lors d’échanges en personnes, plutôt que par trois touches d’un clavier. C’est ce qu’espèrent les déserteurs de Twitter et de Facebook - oui, ça existe - ou encore les propriétaires d’une agence de rencontres à New York qui ont déserté le Net pour un retour au bon vieux mode de rencontre en personne, dans un bar de Manhattan, avec gestes et sourires gênés. À moins que leur souhait ne soit finalement qu’une blague se devant de cohabiter avec les trois signes désormais de circonstance : :-)

 
 
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