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Et si c’était pas de l’amour?

JT’M (moi non +)

Sur le pont des Arts, à Paris, les cadenas d’amour scellent l’alliance entre tourtereaux. Même si l’eau passe sous les ponts, l’amour survit au temps... et à la rouille.
Photo : Agence France-Presse Patrick Kovarik Sur le pont des Arts, à Paris, les cadenas d’amour scellent l’alliance entre tourtereaux. Même si l’eau passe sous les ponts, l’amour survit au temps... et à la rouille.
«De quelles étoiles sommes-nous tombés l’un vers l’autre?» — Nietzsche à Lou-Andreas Salomé lorsqu’il la vit la première fois.
 
«La tragédie classique opposait un attachement impossible à un ordre cruel; la tragédie contemporaine, c’est l’amour tué par lui-même, mourant de sa propre victoire.»
 
«Disons que nous cherchons trop la passion pour que nos mariages durent.» — Yann Dall’aglio, JT’M
Le couple dans tous ses états nous nargue le palpitant. Et on remet ça avec Adam et Ève et Tu m’aimes-tu? à Radio-Canada, Les bobos à Télé-Québec, suivis bientôt de Un sur 2 à TVA. De la fixation à la religion, il n’y a qu’une prière à marmonner. Forcément, on se dit qu’on M, qu’on a M-é, qu’on M-ra. Le hic, si on flirte solo, reste de trouver le bon cobaye, celui qui saura soutenir ce qu’il avance, ne décevra pas en chemin et nous donnera assez de fil à retordre pour nous permettre de confondre douleur avec amour les jours où l’ennui étouffe un bâillement.

Nous sommes d’uniques escales improbables perdues dans des brochures touristiques de la félicité tout-compris. Et pas toujours cette île déserte où Robinson finira par aboutir en raison d’une panne de GPS. Nous incarnons parfois une pause publicitaire, un intermède, un répit, un banc public où se bécotent les amoureux, un intervalle pour donner le temps au coureur de reprendre son souffle ou à l’amant en série de zapper. Et nous zappons allègrement.


Depuis que j’ai lu (les résultats d’une étude américaine conduite par un institut pro-mariage) qu’un couple a plus de chances de durer et d’être heureux si chacun multiplie les gestes de gentillesse — gratte dans le dos, petit mot doux sur l’oreiller, café au lait avec un coeur dans la mousse —, je ne me fais plus trop d’illusions démesurées sur cette alliance où un couple sur deux rend les armes avant quatre ans. Suffit de penser à l’autre tous les jours, de s’accorder du temps pour investir le détail, où le diable se tapit, comme chacun sait.


Et c’est en lisant le délicieux petit essai du philosophe Yann Dall’Aglio, JT’M - L’amour est-il has been?, que j’ai mesuré l’ampleur du désastre : ce que nous appelons « amour » n’en est pas, ou alors, trop souvent, c’est sa caricature risible. «Nous vivons avec l’image ancienne de l’amour, sans vivre cet amour. Avec sa nostalgie, faute de sa réalité. Et nous en crevons», décrète d’entrée de jeu cet amoureux de l’amour qui tente d’en faire le tour et d’en cerner les défauts de fabrication. Car fabrication il y a.


Quand on n’a que l’amour, mon amour toi et moi


«Privés de religion commune, de traditions, d’enracinement social, les individus se retrouvent donc seuls et assoiffés de reconnaissance. Mais cette soif elle-même suppose qu’ils la désavouent. Qu’ils gardent leurs distances. Qu’ils ne fassent l’aveu d’aucun besoin d’amour», explique Dall’Aglio. Il nous démontre aussi comment l’amour filial et parental, l’amour mystique et l’amour romantique en ont pris plein la gueule au fil des siècles, soumis à la productivité et à l’accélération du temps, et même à la rigueur scientifique.


Quant à l’érotisme, le philosophe a étudié le « cas » Houellebecq, maître des désillusions amoureuses, et le cite dans La possibilité d’une île : « Quand l’amour physique disparaît, tout disparaît. Et, sur l’amour physique, je ne me faisais guère d’illusion. Jeunesse, beauté, force : les critères de l’amour physique sont exactement les mêmes que ceux du nazisme. » Ce que notre philosophe appelle « l’eugénisme de l’amour ».


Mais surtout, pour ne plus avoir à nous dénuder l’âme, pour ne plus exhiber notre misère sous couvert d’orgueil et de nombrilisme, nous nous dépouillons de la possibilité de tromper la solitude… à deux. En n’aimant plus, du moins plus assez longtemps, dans un mode de séduction plutôt qu’un mode amoureux, nous nous enlisons dans cette solitude : « Mais, paradoxalement, cet échangisme latent ou réel a produit plus de distance que de proximité; plus de dédain que d’amitié. C’est que personne ne cède. Ne s’abandonne. Et que le narcissisme se répand. Chacun, dans la rue, se masturbe tristement devant cet écran qu’est devenu le corps tristement inaccessible, hautain, que chacun sculpte pour séduire l’autre. » Pour Dall’Aglio, qui n’hésite pas à évoquer le terme « autolâtrie », l’époque perçoit l’amour comme trop sentimental, plus cucul que cul, il « sent la loose », féminise ses protagonistes, fait perdre le pouvoir, désarçonne. L’amour passe, officieusement du moins, pour has been. Officiellement, on en manque.


Il suffirait de presque rien


On se consomme donc comme des produits de luxe dont on se lasse aussitôt. Sans compter le jeu des marchés, productivité et roulement du personnel, remodelage de l’image de l’entreprise, rendement, convoitise, concurrence sauvage, nouveauté, iPad3, iPhone 5, tentation maudite. « Jt’m, par sa brièveté, n’est que la forme SMS de cette exhalaison de l’indifférence. De cette obscénité du retrait », siffle l’essayiste.


Mais, inoculés à l’intensité depuis l’enfance, nous désirons tout : « […] Nous désirons connaître au sein du mariage l’intensité affective que seuls la distance et l’interdit, et pour tout dire l’adultère et le célibat, avaient jusque-là produite. »


Loin de nous abandonner dans ce marché de dupes déprimant, l’auteur propose plutôt un « amour chauve ». L’amour que se portent deux nouveau-nés, dans une intimité touchante, ou deux vieux décapés de leurs illusions : « Point d’amour sans que, aux fins fonds du désir et de l’amitié, vagissent deux bébés qui ne savent pas ce qu’ils font là. »


L’intimité naîtrait davantage d’un aveu de faiblesse que de goûts partagés. « Seul l’amour chauve accepte cette valse des perruques. Et peut tour à tour être libertin, romantique, platonique, infantile. »


Il y a mille façons de réaliser la portée de cet amour qui promet un lendemain, où le « grand amour est inséparable de l’épreuve du temps » : « Aucun couple ne dure, s’il ne se recueille pas auprès de ce qu’il a vécu. S’il ne se rend pas un petit culte, à la fois dérisoire et doux », pense Yann Dall’Aglio.


D’où la nécessité du geste banal et répété, de cette gentillesse qui défie tous les jeux de pouvoir. Et la douceur d’entendre ces mots de rien du tout : « Chérie? Je te fais couler un bain? »

 

cherejoblo@ledevoir.com

Twitter.com/cherejoblo


***

Acheté le dernier Philosophie magazine (été 2012) pour son dossier « Sommes-nous faits pour vivre à deux? ». La réponse? « Si nous magnifions tant la vie à deux, c’est que nous passons notre vie à essayer d’oublier notre solitu de essentielle. » Une béquille provisoire, nous dit Michel Eltchaninoff. J’aime bien la thèse de la sociologue Irène Théry, qui affirme qu’aujour d’hui, le couple qui se veut « moderne » est celui qui se fonde sur l’amitié, comme Barack Obama et sa femme Michelle. Et cette nuance est importante dans la mesure où le risque majeur pour le couple du XXIe siècle n’est plus le joug conjugal, mais l’abandon. « La valeur du compagnonnage est donc forte dans une époque où tout est sans lendemain. »


Aimé la série danoise Borgen, une femme au pouvoir. Bien sûr, il y a la politique qui rejoint la réalité (quoi que la nôtre soit plus dramatique, si on se réfère à la soirée du 4 septembre dernier), mais il y a aussi ce couple résolument moderne et féministe incarné par Birgitte, nouvelle première ministre du Danemark, et Phillip, professeur d’économie. La série naviguera également sur la difficile conciliation travail-amour-famille car le couple a deux jeunes enfants. Pour ceux qui sont familiers avec la culture scandinave, un homme et une femme peuvent y être amis. Étonnant. Sur Artv, le jeudi à 21h. Rediffusion du 2e épisode ce soir à 22h30.


Dégusté Éros émerveillé, une anthologie de la poésie érotique française (Gallimard). Les écrits érotiques me laissent généralement tiède, le genre est souvent éculé, pas assez ou trop fleuri. Mais ici, on a affaire à la prose de maîtres (et maîtresses) avec des blasons du XVIe siècle pour terminer avec les modernes, même Houellebecq. Miron et Nicole Brossard y sont aussi. Bel ouvrage, plutôt corsé, pour cultiver son jardin secret ou pour l’offrir à l’ami...


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JoBlog

Everybody must get stoned

Mon beau-fils préféré m’a appris que les partys avec effluves de marijuana font partie des souvenirs de jeunesse que je peux ranger avec mes disques de Dylan. Le buzz chez les ados plus crâneurs, ce sont les pharmapartys commandités par la pharmacie de leurs parents. Chacun y va de sa petite contribution en drogues légales : antidépresseur et Tylenol, Viagra, Ritalin, anti-inflammatoire, antidouleur et antibiotique, somnifère et codéine; joyeux cocktail multicolore.
 

Ces médicaments sont versés dans un plat à bonbons et les kamikazes en pigent une poignée au hasard. Une roulette russe chimique. Et selon une étude récente en Ontario, 20 % des ados auraient pris des médicaments dans l’espoir de se geler. Le médecin stupéfait à qui j’en ai parlé m’a indiqué que même l’acétaminophène à trop forte dose peut êtretrès dangereux.
 

Et vive l’homéo, que je me dis.

Sur le pont des Arts, à Paris, les cadenas d’amour scellent l’alliance entre tourtereaux. Même si l’eau passe sous les ponts, l’amour survit au temps... et à la rouille. Une scène de la série danoise Borgen, une femme au pouvoir.
 
 
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