Les maisons de chambres en péril
Les organismes communautaires ne répondent plus à la demande
On la paye 350 ou 600 $ par mois, avec une cuisine ou une salle de bain partagée. Son client type est un homme seul, de 40 à 50 ans, sans emploi ou vivant de faibles revenus, parfois immigrant. Mais on y trouve aussi différents types de personnes vulnérables.
La chambre est souvent le dernier retranchement de personnes à statut précaire avant la rue, ou encore le premier pas pour en sortir. Pourtant, le parc de maisons de chambres de Montréal ne cesse de diminuer, et la transformation de ces chambres en logements supervisés, gérés par des organismes communautaires, ne suffit pas pour combler les besoins.
C’est ce qui ressort, en somme, d’un rapport déposé au conseil municipal de Montréal, au mois d’août dernier, par la Commission permanente sur le développement social et la diversité montréalaise. En 2006, on trouvait encore 4252 chambres à louer à Montréal, le chiffre regroupant tant les chambres privées que celles supervisées par des organismes communautaires.
Près des trois quarts (66 %) de ces maisons se trouvent dans les arrondissements de Ville-Marie, du Plateau-Mont-Royal et de Mercier -Hochelaga-Maisonneuve. Ce sont des quartiers où la pression immobilière est forte et où il peut être avantageux pour un propriétaire de transformer l’immeuble en condos, en gîte, ou encore en « bed and breakfast ». L’an dernier, un immeuble de la rue Saint-André, qui abritait des chambres depuis 30 ans, a ainsi été transformé en condominiums, évinçant 17 personnes, dont une femme de 79 ans et son fils souffrant de problèmes de santé mentale.
« Les règlements sur l’éviction de locataires et sur la transformation en condos sont parfois contournés, et les personnes vulnérables à qui on demande de s’en aller vont souvent le faire sans penser à contester », explique Marjolaine Despars, du RAPSIM, le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal.
Situation précaire
Le phénomène des maisons de chambres est pourtant un élément traditionnel du paysage montréalais. Elles y sont apparues au xixe siècle, durant la vague d’industrialisation qui forçait l’exode des campagnes vers les villes. À partir des années 1970, ces chambres sont désormais aussi fréquentées par des jeunes et des femmes, des chômeurs et des travailleurs précaires, comme le rappelait le RAPSIM dans un rapport sur les maisons de chambres, intitulé Maisons de chambre en péril, en janvier 2010.
Construit il y a 100 ans, le parc des maisons de chambres, comme ses propriétaires, vieillit. Les problèmes d’isolation thermique et d’acoustique, ou encore de salubrité sont fréquents. Et en 2011, le Programme d’acquisition de maison de chambres avec la SHDM, qui permettait la conversion de ces chambres en logements supervisés, a pris fin.
La Ville de Montréal a déjà pris des engagements pour pallier la situation précaire des chambreurs, dont l’achat ou la rénovation de 300 chambres par des organismes à but non lucratif, ainsi qu’un projet pilote concernant la salubrité, la sécurité et l’entretien des maisons de chambres. Mais dans ses recommandations, la Commission demande qu’on recense les chambres disponibles à Montréal, qu’on assure le maintien du parc par un plan d’action et qu’on intensifie le soutien auprès des personnes vulnérables qui les habitent.








