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Santé et services sociaux - «L’enjeu majeur, c’est le financement»

Le nouveau gouvernement a plus d’un point de son programme électoral à clarifier

Lise Denis, directrice générale de l'AQESSS
Photo : AQESSS Lise Denis, directrice générale de l'AQESSS
L’Association québécoise des établissements de santé et des services sociaux (AQESSS) promet d’être attentive aux démarches qu’entreprendra le Parti québécois à la tête de l’État, surtout en ce qui concerne ses engagements pour le financement du système de santé et la réorganisation des services pour répondre au vieillissement de la population.

Au milieu de la dernière campagne électorale, alors que les promesses dans le domaine de la santé fusaient, l’AQESSS a rappelé les partis politiques à la réalité et les a sommés de tenir compte des trous budgétaires dans le financement des établissements de santé. Selon ses calculs, l’AQESSS prévoyait que le budget du ministère de la Santé accuserait un manque à gagner de près de 1,2 milliard de dollars d’ici 2015, seulement pour maintenir la norme actuelle des services. L’AQESSS en arrivait à cette conclusion en considérant les sommes retranchées par les mesures d’« optimisation », la croissance des dépenses plus rapide que celle du budget alloué, les modifications au Transfert canadien en santé, ainsi que l’absence d’une source de financement pour combler les dépenses que le gouvernement Charest avait d’abord prévu payer au moyen d’un « ticket d’orientation », qui a été abandonné par la suite.


Or, avec l’élection du Parti québécois (PQ) à la tête du gouvernement, ce manque à gagner anticipé a presque doublé, puisque sa promesse d’abolir la taxe santé s’ajoute à l’équation. « Je ne remets pas en question la pertinence du choix, remarque Lise Denis, directrice générale de l’AQESSS, mais il faudra remplacer » ces sommes prévues au budget.


N’empêche, le PQ demeure l’un des deux seuls partis, avec Option nationale, à avoir répondu à la doléance envoyée par l’AQESSS pendant que la campagne électorale battait son plein. Dans sa lettre, Martin Caillé, directeur de contenu de la campagne électorale 2012 du PQ, concédait que, à ce sujet, il y avait « d’importants défis à relever ». Et d’ajouter : « Nous croyons que ce sont les impôts des contribuables qui doivent payer pour notre système de santé. Nous croyons également à l’amélioration de la performance et de la productivité, afin de faire face au défi du financement à moyen et long terme de notre système de santé et de services sociaux. »


« L’enjeu majeur, c’est le financement, dit Lise Denis. Et, là-dessus, je dois dire qu’ils nous ont répondu. Mais je pense qu’il va falloir passer à l’épreuve des faits quand le nouveau ministre sera nommé. »


Nouvelle formule


Bien qu’elle reste sur ses gardes quant à l’aboutissement de ces orientations, Lise Denis se réjouit de voir que, dans la réponse péquiste, « le financement à l’activité demeurait à l’ordre du jour ». En février dernier, l’AQESSS avait publié un rapport dans lequel elle détaillait les avantages et les limites de cette forme d’allocation des ressources, tout en y précisant les conditions pour instaurer avec succès cette manière de faire. La Colombie-Britannique, l’Alberta et l’Ontario ont déjà recours à ce type de financement qui pourrait répartir les ressources de façon plus optimale et plus équitable, selon l’AQESSS.


Aussi, Lise Denis se dit satisfaite de constater que, dans cette lettre, le PQ reconnaît « la pertinence du dossier sur le partage des responsabilités entre les ministères, les agences et les établissements ». En effet, le parti y affiche explicitement sa volonté de « clarifier les rôles de chacun des paliers de gouvernance » et de « donner plus d’autonomie aux établissements de santé ».


L’AQESSS se fait justement le porte-étendard de cette réorganisation au sein de la gouvernance. « De notre point de vue, on devrait alléger les structures, donc diminuer la bureaucratie entre le ministère, les agences régionales et les établissements, insiste Mme Denis. Il faut simplifier ça et il faut le plus possible renvoyer les responsabilités aux établissements lorsque c’est possible de le faire. » Bien qu’elle s’attaque aux dédoublements et aux duplications, l’AQESSS souhaite toujours une instance régionale, balayant ainsi du revers de la main l’une des propositions de la Coalition avenir Québec (CAQ) lors de la dernière campagne, soit celle d’abolir les agences de santé et de services sociaux (ASSS). « Il faut qu’il y ait les agences », assure Mme Denis, arguant que les réalités montréalaises et gaspésiennes demeurent bien différentes et ne peuvent pas être gérées de la même façon depuis Québec. « Mais ça devrait être beaucoup plus léger et vraiment centré sur des rôles de coordination régionale. »

 

Vieillissement de la population


Même si certains engagements du PQ, en apparence fermes, semblent susciter chez Lise Denis un certain espoir, elle s’interroge sur les moyens qui seront adoptés pour financer la réponse au vieillissement de la population. Le PQ s’est engagé à créer une caisse autonomie : un fonds dont les sommes seraient exclusivement consacrées aux aidants naturels et aux soins accordés aux personnes âgées. « Ce n’est pas clair comment ça va fonctionner », émet-elle comme bémol.


Le gouvernement Charest, avec son plan d’action budgétaire « Vieillir chez soi », avait déjà prévu des investissements additionnels de 2,7 milliards pour les cinq prochaines années, soit une hausse moyenne des investissements de 500 millions par année, pour favoriser le maintien à domicile des personnes âgées. « Est-ce que le nouveau gouvernement va maintenir ça ou le financer autrement ? Est-ce que son idée de caisse autonomie est justement pour financer le maintien à domicile ? Il semble que oui, mais ce n’est pas clair. Je n’ai pas vu de projet précis là-dessus », constate-t-elle.


Or le vieillissement de la population constitue la priorité pour revoir la façon d’organiser les services, selon Lise Denis. Bien que les services à domicile doivent devenir une pierre angulaire, la nouvelle donne nécessite « un projet de société, pas juste un projet de santé et de services », prévient-elle. « Je pense que c’est important que le nouveau gouvernement admette qu’il faut intensifier la médecine à domicile, mais il faut aussi interpeller les autres secteurs de la société. Parce que vous aurez beau avoir des services à domicile, si votre logement n’est pas adapté, s’il n’y a pas de facilité d’accès à un médecin de famille, s’il n’y a pas de services un peu en périphérie qui vous aident, on n’y arrivera pas. »


Si la question de l’accès à un médecin de famille a été centrale durant la dernière campagne électorale, Lise Denis ajoute qu’il ne s’agit pas d’une panacée qui réglera tous les maux de la première ligne. « C’est sûr que c’est fondamental. Mais pour nous, la première ligne, c’est plus que ça. Ce n’est pas seulement l’accès au médecin, c’est l’accès à une équipe multidisciplinaire, l’accès à une infirmière, à un physiothérapeute, à un nutritionniste, à une équipe, au fond, qui travaille ensemble et qui est capable de prendre en charge le patient. »


Le PQ semble cautionner cette approche dans sa lettre, mais Lise Denis attire l’attention sur l’une des grandes oubliées : la première ligne dans les services sociaux. L’une des urgences de ce côté, indique Lise Denis, consiste à « solidifier les services pour les jeunes qui ont un trouble envahissant du développement, parce qu’il y a de plus en plus de jeunes qui sont portés à notre attention et qui sont en demande de services».


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