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    Butinage urbain

    L’expérience menée depuis deux ans sur le toit de l’École de design de l’UQAM en fait la preuve: les abeilles s’accommodent bien à la vie en ville

    L’apiculture urbaine se popularise à Montréal. Outre l’UQAM (notre photo), le Palais des congrès, l’Université de Montréal, les Sœurs hospitalières ou le technopôle Angus accueillent des colonies.
    Photo: François Pesant - Le Devoir L’apiculture urbaine se popularise à Montréal. Outre l’UQAM (notre photo), le Palais des congrès, l’Université de Montréal, les Sœurs hospitalières ou le technopôle Angus accueillent des colonies.
    Elles nichent sur le toit de l’École de design de l’UQAM, rue Sanguinet, à Montréal, et on ne peut s’en approcher que casqué et couvert des pieds à la tête. Mais si elles sont bien traitées, les abeilles urbaines feront du bon miel avant longtemps.

    L’expérience du Collectif de recherche en aménagement paysager et en agriculture urbaine durable (CRAPAUD), qui réunit un groupe de huit apiculteurs, a démarré il y a deux ans.


    Après avoir entretenu deux ruches l’année dernière, le projet regroupe maintenant six ruches, soit des milliers d’abeilles. L’essai semble par ailleurs concluant, raconte Annie-Claude Lauzon, coordonnatrice du CRAPAUD, un collectif qui regroupe autant des étudiants de l’UQAM que des gens de l’extérieur de l’université.


    C’est que l’environnement urbain offre une nourriture étonnamment variée et fournie pour les abeilles, qui peuvent aller butiner de trois à cinq kilomètres de leur ruche. « Elles peuvent aller butiner au mont Royal », raconte Annie-Claude Lauzon.


    Les tilleuls, qui agrémentent plusieurs rues de la ville, offrent une nourriture de choix pour ces insectes, sans parler des délicieux arbres fruitiers qui fleurissent partout en ville au printemps. Les abeilles se régalent aussi de mélisse, d’agastache, de lavande, de menthe et bien sûr de fleurs diverses, ajoute Annie-Claude Lauzon.


    En fait, l’environnement urbain pourrait même être plus bénéfique à l’abeille que celui de la campagne, où les monocultures privent souvent les abeilles de la diversité nécessaire à leur survie. « Par exemple, lorsque les fermiers coupent le foin, les abeilles perdent d’un seul coup leur source de nourriture », explique Annie-Claude Lauzon. Sans parler de l’utilisation intensive de pesticides…


    Mais les abeilles réagissent aussi à la pollution urbaine. « S’il y a une grosse journée de smog, cela réduit la portée à laquelle l’abeille peut sentir les fleurs », ajoute Emmanuel Proulx, de Miel Montréal, le regroupement des apiculteurs et apicultrices urbains montréalais, qui travaille à la protection et au bon entretien de différentes ruches établies en milieu urbain à Montréal.

     

    Un maillon indispensable


    Albert Einstein a dit un jour que si l’abeille disparaissait, l’humanité n’en aurait plus que pour quelques années à vivre. Cet insecte est en effet un maillon indispensable de l’écosystème, entre autres à cause de ses fonctions de pollinisation, qui permettent la perpétuation de plusieurs espèces végétales. Or, l’abeille est une espèce qui s’est affaiblie au cours des dernières années, partout dans le monde. On parle de syndrome d’effondrement des colonies, explique Emmanuel Proulx. Les tentatives d’explications à ce phénomène varient : on montre du doigt l’effet nocif des pesticides, mais aussi l’infestation au varroa, un acarien destructeur que l’équipe du CRAPAUD s’affairait justement à traiter plus tôt cette semaine dans ses ruches.


    Différents traitements sont offerts pour lutter contre le varroa, et le CRAPAUD et Miel Montréal favorisent un traitement biologique plutôt qu’un antibiotique.


    Cette semaine, l’équipe devait implanter dans ses ruches trois nouvelles reines, les anciennes souveraines étant trop vieilles pour assurer la survie de la colonie.


    Mardi, une première reine, achetée à grand prix chez un apiculteur, a fait son arrivée, enfermée dans une cagette et entourée d’abeilles ouvrières. Les apiculteurs laissent la reine dans cette cagette le temps que les autres abeilles s’habituent aux phéromones de la nouvelle venue. Et pendant ce temps, les abeilles ouvrières qui ont accompagné la souveraine dans ce voyage s’occupent de la nourrir, puisqu’une reine ne peut pas se nourrir seule. Puis, chaque abeille va jouer dans la ruche le rôle qui lui est précisément dévolu : certaines sont affectées au nettoyage et à la ventilation de la ruche, d’autres s’occupent des larves, d’autres encore, les butineuses, vont chercher le nectar et le pollen. Enfin, c’est au faux-bourdon qu’échoit le rôle de féconder la reine, qui devra pour sa part pondre tous les oeufs de la ruche.


    Reste que l’abeille qui vit en ruche et qui produit du miel n’est pas considérée comme une espèce indigène au Québec, raconte Annie-Claude Lauzon. Ce sont des espèces qui survivent difficilement aux rigueurs de l’hiver si elles ne sont pas protégées.


    Les abeilles entretenues par le CRAPAUD appartiennent pour leur part à des espèces originaires d’Italie ou de Russie.


    Et l’apiculture urbaine requiert quelques précautions particulières, expliquent Annie-Claude Lauzon et Emmanuel Proulx. Il faut par exemple systématiquement détruire les nouvelles cellules royales, qui mèneraient, si elles se développaient, à une migration massive d’abeilles, qui pourraient du coup aller embêter les voisins !


    L’apiculture se répand à grande vitesse à Montréal, où l’on trouve aussi des ruches au Palais des congrès, à l’Université de Montréal, chez les Soeurs hospitalières ou au technopôle Angus, suivant les initiatives de groupes divers, raconte Emmanuel Proulx. En Europe, depuis déjà un bon moment, l’apiculture urbaine se popularise, entre autres pour pallier la régression des espèces d’abeilles un peu partout dans le monde.


    Au CRAPAUD, où l’on poursuit aussi des projets de recherche, les abeilles semblent très bien réagir à cette implantation urbaine, constate Annie-Claude Lauzon. Si tout se passe comme prévu, elles produiront assez de miel pour survivre à l’hiver, et peut-être même un peu plus, au grand plaisir de ceux qui les auront soigneusement protégées.













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