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    Manifeste de la CLASSE - Les libéraux et l’angoisse de la défaite

    23 juillet 2012 |Gabriel Nadeau-Dubois, Jeanne Reynolds et Camille Robert - Coporte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) | Actualités en société
    Lors d’une manifestation nocturne des étudiants, la 75e à Montréal, il y a deux semaines.
    Photo: François Pesant Le Devoir Lors d’une manifestation nocturne des étudiants, la 75e à Montréal, il y a deux semaines.

    Depuis le lancement de notre manifeste Nous sommes avenir et l’annonce de notre tournée nationale de mobilisation, on a assisté à une réaction épidermique de la part de divers intervenants et intervenantes. Une avalanche de critiques, certaines ayant l’avantage d’être formulées intelligemment, d’autres relevant tout simplement de la diffamation. Dans ce contexte, il nous semble pertinent de rectifier certains faits.

     

    Organisation étudiante ou parti politique ?


    Voilà une des premières critiques qui nous est systématiquement adressée. Lors du lancement de notre manifeste le 12 juillet dernier, cela a d’ailleurs été la première réaction de nos détracteur-e-s. Une réaction compréhensible : le manifeste aborde en effet des thèmes aussi larges que la justice sociale, l’égalité hommes-femmes, l’environnement et la démocratie. De quoi se mêle-t-on, nous a-t-on alors demandé ?


    De nos affaires, justement. Les membres de la CLASSE sont des étudiants et des étudiantes, mais ce sont aussi des travailleurs et des travailleuses, des hommes et des femmes. Les espaces de démocratie directe qui se sont créés durant la grève devraient-ils se limiter à traiter des droits de scolarité et des prêts et bourses ? Il est d’une délicieuse ironie de constater que ceux et celles qui nous reprochent aujourd’hui de nous éparpiller sont les mêmes qui, il y a de cela quelques mois à peine, fustigeaient le mouvement étudiant en le qualifiant de « corporatiste », lui reprochant (déjà injustement) de se mobiliser pour sauvegarder ses privilèges, sans avoir de réflexion sur la capacité de payer de l’État. Il faudrait bien se décider : qu’attend-on de la jeunesse du Québec ? Qu’elle ne se lève que lorsqu’il s’agit de ses propres intérêts, ou qu’elle s’engage réellement dans un débat sur notre devenir collectif ?


    Nous ne nous gênons pas de prendre position sur des enjeux de société. Au contraire, nous en tirons fierté. Nous dirions même plus : cela est notre première responsabilité. Il faudrait s’inquiéter de notre génération si, après quatre mois de mobilisation et de débats, nous étions encore en train de discuter bêtement du montant de notre facture universitaire. Nous représentons une partie importante de la jeunesse du Québec, qui s’inquiète de voir la santé et l’éducation se privatiser, la nature vendue au plus offrant, les droits des femmes plafonner et la corruption ronger notre démocratie. Nous nous inquiétons de ce que devient le Québec et il est de notre devoir de le dire haut et fort.

     

    Syndicalisme de combat ?


    La CLASSE n’est pas un groupuscule. Nous regroupons près de 100 000 membres, soit environ 70 % des étudiants et étudiantes qui étaient en grève lors de l’adoption de la loi spéciale, répartis dans une soixantaine d’associations étudiantes collégiales et universitaires. La CLASSE n’est pas marginale, ni dangereuse, ni obscure : nos instances sont publiques, tout comme les documents préparatoires et procès-verbaux. Nous ne prônons pas la violence gratuite et surtout pas l’intimidation : en tant que partisans de la démocratie directe, nous croyons au contraire que les débats (notamment au sein de nos assemblées générales) doivent se faire dans un climat le plus sain et le plus inclusif possible, afin de laisser à tous et toutes la chance de s’exprimer.


    Le syndicalisme de combat, ce n’est pas l’insurrection armée. C’est une forme d’organisation démocratique, autonome, progressiste et militante, dont se réclamaient d’ailleurs les plus grands syndicalistes de notre histoire. Le plus célèbre est évidemment Michel Chartrand, qui l’expliquait à sa manière en 1978 : « Le syndicalisme, ce n’est pas une patente, une compagnie comme IBM, une compagnie internationale ; c’est une façon de vivre […]. » Le syndicalisme combatif, c’est une démocratie syndicale réelle, une valorisation de l’implication de chaque membre et l’organisation de mobilisations massives et d’actions d’éclat afin de faire valoir nos droits face à ceux et celles dont le profit est le seul intérêt. Le syndicalisme combatif, c’est ce qui a donné aux travailleurs et aux travailleuses du Québec les meilleures conditions de travail en Amérique du Nord.

     

    L’angoisse de la défaite


    Cet été, nous avons décidé de partir en tournée. À voir la réaction des libéraux, de leurs alliés médiatiques et des petits baronnets de région qui leur sont inféodés (nos pensées vont à Jean-Pierre Rioux, maire de Trois-Pistoles et président du PLQ dans Rivière-du-Loup), on croirait que la CLASSE est une horde de barbares partant brûler les villages du Québec. Rassurez-vous, il n’en est rien. Mais pour le règne de cette petite clique d’affairistes, c’est peut-être pire : pour une des rares fois, nous irons directement à la rencontre des gens, sans le filtre des médias, sans la distorsion des commentateurs de mauvaise foi.


    Voilà ce qui angoisse les libéraux : nous avons, partout au Québec, des dizaines de milliers de militants et de militantes qui ne demandent qu’à faire la liste des scandales libéraux : Anticosti, loi 78, Plan Nord, gaz de schiste, corruption, droits de scolarité. Pour une des premières fois, peut-être, la machine libérale se sent dépassée. « If they’re shooting at you, you must be doing something right », comme le dit l’un des personnages d’une célèbre télésérie américaine : leur réaction, dont la lettre mensongère de Karl Blackburn au Directeur général des élections est le meilleur exemple, démontre que les libéraux ont, tout simplement, peur de perdre le pouvoir.


    Quoi que disent leurs communiqués officiels, les libéraux savent que le conflit étudiant aura stimulé autre chose qu’un bête réflexe de type law and order. Les libéraux savent également que notre mobilisation a éveillé des idées endormies, redonné vie à des projets morts : démocratie directe, justice sociale et environnementale, égalité, gratuité scolaire. Les libéraux savent que la jeunesse du printemps québécois a un avantage : elle a encore des projets, elle a encore des rêves. Nous sommes fatigués de la corruption et de la vente aux enchères du bien commun : nous avons décidé de faire autre chose.


    Et c’est avec enthousiasme et ouverture d’esprit que nous partons à la rencontre des gens de partout, la tête pleine d’idées et le coeur plein d’espoir, convaincus que les rencontres que nous ferons seront tout aussi enrichissantes et formatrices pour le Québec qu’a pu l’être cette magnifique mobilisation printanière.

    ***

    Gabriel Nadeau-Dubois, Jeanne Reynolds et Camille Robert - Coporte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE)













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