Un manuel scolaire pour apprendre la langue algonquine
La langue algonquine, qu’on appelle aussi langue anishinabe, est l’une des langues autochtones en perte de vitesse dans les 11 communautés algonquines du Québec et de l’Ontario.
Au Québec, les Algonquins du parc de la Vérendrye sont ceux qui parlent le mieux leur langue, raconte Georges Lafontaine, du Conseil tribal, qui a participé au projet. Suivent les communautés de Lac-Simon et de Pikogan, où un certain pourcentage d’habitants la parle toujours. « Mais ce sont les jeunes qui la parlent le moins, happés qu’ils sont par Internet et la télévision », dit-il.
Mais à Kitigan Zibi, par exemple, la proportion d’Algonquins parlant leur langue baisse dramatiquement à 20 %. « Dans ces cas-là, ce sont pratiquement seulement les aînés qui arrivent à s’exprimer dans la langue », ajoute M. Lafontaine.
« En Ontario, c’est encore pire. Dans la communauté de Golden Gate, la dernière personne qui parlait la langue est morte récemment », ajoute M. Lafontaine. Pourtant, dans les assemblées organisées par le Conseil tribal, les jeunes, même ceux qui ne parlent pas l’algonquin, réclament constamment que cette langue soit mieux enseignée.
« Pour comprendre, on peut se demander : “ Qu’est-ce que ça aurait changé dans la vie des Québécois s’ils avaient été assimilés à la langue anglaise ? ”», dit M. Lafontaine.
Alors que peu de fonds sont débloqués par le gouvernement fédéral pour l’apprentissage des langues autochtones, il est aussi difficile de les intégrer au programme scolaire, déjà chargé, du ministère de l’Éducation du Québec. Et jusqu’à présent, la communauté algonquine n’avait tout simplement pas de manuel pour transmettre sa langue à ses enfants.
« Dans certaines communautés, on a aussi du mal à trouver des gens qui sont capables d’enseigner la langue. Même s’il y a des gens qui la parlent assez couramment, ce ne sont pas nécessairement des enseignants », dit-il.
Politique des pensionnats
Autre difficulté à laquelle sont confrontés les concepteurs du manuel scolaire : la division qu’a engendrée la politique des pensionnats. À cette époque, on a en effet envoyé les enfants, parfois ceux d’une même famille, indistinctement dans des écoles francophones et anglophones.
« Tant que les gens parlaient anishinabe, il n’y avait pas de problème, ils pouvaient se parler entre eux. Mais depuis qu’ils ne le parlent plus, des cousins du même groupe ont de plus en plus de difficultés à parler entre eux. La moitié de nos Algonquins parle français et l’autre moitié parle anglais », dit M. Lafontaine.
Or, la langue algonquine est très belle, dit Georges Lafontaine, originaire de Maniwaki, qui s’y est mis récemment. « On dit que les Inuits ont mille mots pour parler de la neige. Les Algonquins ont mille mots pour parler de l’eau », raconte-t-il.
Les origines du mot « algonquin » ne sont pas claires, et les interprétations à ce sujet divergent. Mais selon Georges Lafontaine, c’est à Samuel de Champlain que l’on doit l’usage de ce vocable. Lorsqu’il a rencontré le peuple anishinabe pour la première fois, Champlain aurait en effet demandé à ses amis hurons qui étaient ces gens. Ceux-ci auraient répondu « Algoumequin », ce qui aurait signifié en huron : « Ce sont nos alliés. » Le nom, transcrit par Champlain, est resté aux Algonquins, qui préfèrent pour leur part qu’on les désigne par leur propre nom : Anishinabeg.








