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    Itinérance - Un toit d'abord

    Un logement d’abord, les problèmes ensuite ! Pour combattre l’itinérance chronique, des chercheurs tentent un renversement de paradigme, un fonctionnement hors sentiers battus, l’audace, quoi ! Les résultats préliminaires du projet Chez soi indiquent que miser sur l’estime de soi contribue au rétablissement des itinérants souffrant de maladie mentale. Mais une épée de Damoclès pend au-dessus du projet, à durée limitée.


    Les statistiques permettent en un éclair de comprendre si un projet vogue vers la réussite ou frôle l’échec. Ici, 80 % du temps, les itinérants à qui on a offert un logement d’abord, dans l’espoir d’adoucir ensuite le reste, couchent toujours sous un toit plutôt que dans la rue. Pari audacieux, mais les résultats sont encourageants.


    Derrière un tout petit chiffre se rangent de très grandes histoires, que les statistiques ne traduisent pas. Celle, par exemple, qui trônait dans le dossier de notre collègue Amélie Daoust-Boisvert publié cette fin de semaine à propos du projet Chez soi : l’histoire de « l’homme sous l’arbre », cet adepte de la rue qu’on n’arrivait pas à identifier autrement qu’en nommant son arbre habituel, tant ses périodes de lucidité étaient rares, brèves, même pour capter son nom. Un jour, toutefois, la vaillante équipe de Chez soi a réussi à lui faire décliner son identité et la vérifier pour lui proposer un toit. Il y est toujours. Victoire.


    Inspiré de l’américain Housing First, le projet pancanadien fait sourciller d’abord, mais il émeut ensuite. Le constat duquel la recherche a démarré était plutôt démobilisant : malgré des années de tentatives de toutes sortes, l’itinérance ne va pas en diminuant. Pire : elle augmente, et sa clientèle, de plus en plus touchée par des problèmes de santé mentale (troubles dépressifs majeurs, épisodes maniaques, troubles paniques et psychotiques, alcoolisme et toxicomanie), erre dans les rues alors qu’elle a besoin de soins.


    Les « portes tournantes », ce cycle infernal qui emporte la « clientèle » itinérante, ça ne fonctionne pas. Au suivant ! Vint donc cette approche inédite, et assortie d’un certain risque, proposant de redonner à ces âmes écorchées vives leur dimension humaine en leur proposant de se refaire une santé, mais à l’abri de quatre murs et un toit. Mieux : leurs quatre murs et leur toit. Au rancart les habituelles conditions et contreparties : pas besoin d’être sobre ou guéri avant de mettre les pieds au logis. Mais une fois entré, à l’abri des agressions, des maladies de la rue, du stress immense lié à la recherche constante d’un endroit où dormir, cap sur le rétablissement.


    Pour ceux que l’économie titille plus que les grands élans humains, il est bon de comparer quelques factures : une nuit à l’hôpital coûte 975 $ (les 462 participants de Montréal ont passé en moyenne 8 jours à l’hôpital dans les six mois précédant l’étude), une nuit en prison coûte 163 $ (21 % des participants ont été arrêtés pendant le même laps de temps) et une nuit « Chez soi » coûte 49 $. Convaincant.


    Pour les autres qui sont prêts à croire que pour diminuer le nombre d’itinérants à Montréal (20 000, dont 30 à 50 % souffriraient de maladie mentale), on devrait partir des rêves et objectifs de la personne plutôt que d’exiger une guérison en amont, il est bon de comprendre que cette approche comporte son lot d’embûches. Certains participants ont perdu leur propre pari et sont retournés à ce monde qui leur était le plus familier et « naturel », bien que difficile : celui de la rue. Mais pour tous ceux que la dignité d’un chez-soi a fait grandir, chapeau !


    Le projet Chez soi, soutenu financièrement par le gouvernement fédéral et lancé par la Commission de la santé mentale du Canada, voit son financement prendre fin en mars 2013. Espérons que cette audace sera reconduite, financement à l’appui. Réparties dans cinq villes canadiennes, 2000 personnes auprès de qui on a fait le pari du « toit d’abord » ne savent pas ce qui leur arrivera, leur logis étant en grande partie financé par le programme. Depuis quelques mois, l’équipe, qui visite régulièrement ses protégés pour les soutenir dans leur rétablissement, note chez eux une plus grande anxiété. Sitôt retrouvé, l’espoir pourrait à nouveau s’envoler.

     
     
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