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#chroniquefd - Politisation sans politicien

Sur Twitter : @FabienDeglise

Le détail dans l’image est passé inaperçu, même s’il est plus que criant. Le portrait de l’opinion dans les univers numériques lors de la crise étudiante mise en image, la semaine dernière, par l’analyste Olivier H. Beauchesne a fait apparaître plus qu’une constellation de sujets et d’intérêts (arrestations massives, Grand Prix, loi 78, émeutes à Victoriaville…) qui ont mis les foules numériques en mouvement.


En passant au crible, comme il l’a fait, le demi-million de micromessages ayant transité dans ce nouvel espace de socialisation sur fond de casseroles et de carrés rouges, l’homme a également mis en lumière une absence criante : celle des politiciens qui, malgré la nature politique de la situation, ont visiblement négligé le réseau Twitter, laissant à d’autres le soin d’y alimenter le débat et d’y influencer les perceptions. Et bien sûr, tout ça n’a rien de très réjouissant dans une démocratie qui est en train de s’écrire dans ces univers.


Quand on regarde qui a parlé le plus fort, on s’étonne. Le top 20 des figures de cette nouvelle constellation d’influenceurs identifiées par M. Beauchesne donne le ton. Dominé par le compte Twitter du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) - l’ordre, quoi, plus que les idées -, il fait apparaître également quelques médias (Le Devoir, La Presse, Radio-Canada et le Huffington Post Québec), les organisations étudiantes impliquées dans le conflit tout comme les porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois et Martine Desjardins, mais aussi des figures atypiques dans les circonstances, comme le scénariste et scripteur pour humoristes Daniel Thibault, le président de l’empire Juste pour rire Gilbert Rozon et le chanteur et metteur en scène de sa grande indignation Dan Bigras.


Pas de Jean Charest - présent uniquement comme sujet, mais non comme intervenant -, pas de Pauline Marois, pas de François Legault, pas de Line Beauchamp, de Raymond Bachand, de Michelle Courchesne. En fait, l’analyse ne fait apparaître qu’un seul politicien dans la liste des « destinataires les plus fréquents », Amir Khadir, député de Québec solidaire… ou encore deux, si l’on compte Pierre Duchesne, présent dans ce palmarès. Désormais candidat du Parti québécois, il s’exprimait toutefois sur Twitter au moment des faits mis sous le microscope et l’algorithme analytique de Beauchesne, à titre d’analyste politique de Radio-Canada.


Démesure et surdéformation


Avec sa clientèle restreinte - 4 à 7 % des abonnés du Web, selon les études de fréquentation -, mais aussi un taux de pénétration supérieur en milieu urbain, chez les jeunes professionnels éduqués et bien nantis, Twitter, on ne le dira jamais assez, est devenu au fil des ans un outil redoutable pour déformer la réalité, et ce, avec la complicité des médias traditionnels qui aiment donner souvent du volume à des anecdotes et des épiphénomènes prenant racine dans ce réseau. Côté politique, cette déformation est finalement plus qu’évidente : dans le débat en cours, des 125 députés qui siègent à Québec, un seul a réussi à faire assez de bruit numérique pour qu’on le voie et l’entende. Cela représente 0,8 % des élus. Troublant.


Ce n’est donc pas un hasard si, dans les dernières semaines, Raymond Bachand et Michelle Courchesne, du PLQ - sans grande motivation, toutefois, à les lire - ont décidé de faire leurs marques sur Twitter en y ouvrant un compte. De manière un peu plus remarquable, le chef caquiste François Legault, a donné depuis quelques jours un nouvel élan à son compte Twitter, qu’il alimente personnellement, afin d’entrer en conversation avec les autres occupants de ce réseau. Le rythme ? Une cinquantaine de micromessages, les jours fastes. Pas mal pour un quasi-débutant.


Oui, une campagne électorale se profile à l’horizon. L’issue va se jouer d’ailleurs comme d’habitude dans les isoloirs, mais sur le chemin qui y mène, une frange, certes encore infime, de la classe politique est en train de prendre conscience que les échanges en format numérique ne devraient plus être considérés avec mépris, indifférence et scepticisme.


Début juin, le député libéral Henri-François Gautrin, qui vient de se pencher dans un rapport substantiel sur l’inscription de la mission de l’État dans les univers numériques, leur a d’ailleurs largement donné raison en évoquant le silence des élus et, surtout, ses effets pervers possibles dans une société qui dématérialise bien des choses en ce moment, y compris son rapport au pouvoir. C’était lors d’une conférence donnée à Lévis dans le cadre du congrès annuel de l’Association des archivistes du Québec (AAQ).


Selon lui, les « débordements » des derniers mois, dans les rues comme dans le discours des extrêmes en présence, auraient pu être en partie limités si, justement, un dialogue avait pu se nouer dans les réseaux sociaux, pas juste entre Dan Bigras, Daniel Thibault, leurs rumeurs et leurs abonnés, mais également entre les représentants de l’État et le peuple. En gros. Un joli projet qui, pour le moment, peine à éclore, sans doute à cause du bruit assourdissant que laisse paradoxalement en ces lieux le silence actuel des élus.

 
 
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