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    Attikameks - Peuple invisible

    Le Nitaskinan, territoire ancestral de la nation attikamek, est au coeur d’un nouveau dialogue opposant le gouvernement du Québec à un peuple autochtone martelant l’importance du respect de ses droits à coups de blocus routiers. Chaque fois, le scénario d’incompréhension comporte les mêmes éléments de discorde.

    Notre printemps rebelle nous aura enseigné sur nous une multitude de leçons plus ou moins conscientes encore, mais d’ores et déjà, nous savons ceci : le respect est un ingrédient nécessaire aux entretiens constructifs et à l’atteinte d’un consensus. Sans cette indifférence frôlant le mépris, à laquelle les groupes étudiants ont goûté sous diverses formes, on pourrait aujourd’hui sans doute conclure à autre chose qu’une crise larvée.


    L’indifférence ? Le mépris ? Les droits bafoués ? Depuis des lustres, sans évolution marquée, voilà le lot des peuples autochtones du Canada. Le « peuple invisible », appellation sublime de vérité consacrée par le duo Richard Desjardins et Robert Monderie pour évoquer le tiers monde algonquin sis en plein Québec, sied malheureusement à d’autres de ces nations revendiquant des droits comme elles le peuvent.


    Aujourd’hui même, Québec et la nation attikamek doivent parlementer autour d’une formule de cogestion du Nitaskinan qui donnerait aux autochtones un espace dans le développement des ressources naturelles. Pour se faire entendre, ils ont tenu depuis la fin juin divers blocus forestiers, paralysant notamment le transport de bois des camions de la compagnie de pâtes et papiers Kruger, sur le territoire de la Haute-Mauricie.


    « L’indifférence manifestée à l’égard de nos actions nous amène à nous interroger sur le sérieux accordé à nos droits, nos intérêts, voire notre existence », écrivaient en nos pages récemment trois chefs de conseil attikamek. Il y a belle lurette qu’on a pointé l’origine de ces crises et son corollaire, leur dénouement potentiel : cela a trait au potentiel de gestion autonome des nations autochtones autour de terres sur lesquelles elles possèdent des droits ancestraux.


    En 1991, alors que le Québec se remettait tout juste d’une crise nommée Oka, la Commission royale sur les peuples autochtones démarrait ses travaux, porteuse d’un grand espoir. Douze ans et 1000 plages plus tard, malgré ses recommandations claires quant à la nécessité de mettre fin au « paternalisme du passé », plusieurs nations rêvent d’une entente à la manière de la Paix des Braves, cet accord de 2002 conclu entre le Québec et les Cris au moment du développement du projet hydroélectrique Eastmain-Rupert, près de la baie James.


    Sur leur route se dressent toutefois des « barrières » nommées indifférence et aussi ignorance. La semaine dernière, les ministres de l’Éducation de l’ensemble du Canada devaient rencontrer un représentant des nations autochtones dans un objectif noble, rappelant toutefois un tragique constat : pour briser l’« ignorance » apparente des citoyens concernant les Autochtones - très « bien traités » et fort bien « soutenus financièrement », selon les résultats d’un sondage divulgué la semaine dernière -, on espérait un renversement de mentalité en ciblant les écoles.


    Les derniers soubresauts liés aux Attikameks doivent servir de rappel à l’ordre : non seulement parce qu’il est en effet déplorable que les autorités n’arrivent pas à rejouer les cartes du passé maintenant les nations autochtones dans un état de dépendance - à commencer par la vétuste « Loi sur les Indiens » de 1876 -, mais aussi parce qu’un proche avenir nommé Plan Nord rappelle l’extrême nécessité de trouver des terrains d’entente sur la gestion des territoires ancestraux, qui donneront aux communautés autochtones concernées un droit de gouvernance essentiel.


    Le gouvernement du Québec a manifesté une ouverture au dialogue, ce qui a incité la majorité des conseils attikameks concernés à suspendre ces blocus auxquels ils s’adonnent ni plus ni moins pour se rendre « visibles » l’espace d’une plage d’actualité, à la manière des étudiants descendus dans les rues ce printemps. Espérons qu’il ne s’agisse pas d’une ouverture de façade et que Québec, par la voix notamment de son ministre responsable des Affaires autochtones Geoffrey Kelley, pour qui le respect veut encore dire quelque chose, saura diriger l’écoute préalable au changement.













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