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    Crise atikamekw - Pourquoi vouloir noyer le poisson?

    4 juillet 2012 |Suzy Basile - Étudiante au doctorat en sciences de l’environnement à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et membre de la communauté atikamekw de Wemotaci | Actualités en société
    Les communautés atikamekws ont récemment fait des gestes d’éclat pour attirer l’attention du public sur la stagnation du processus de règlement de leurs revendications territoriales. S’agit-il simplement d’un cas de plus dans une longue liste d’escarmouches interculturelles ? D’une petite chicane autour des redevances sur l’exploitation des ressources forestières ? La teneur des discussions et le ras-le-bol généralisé manifesté par les Atikamekws montrent que le problème est autrement plus complexe.

    À quand une analyse détaillée de la situation dans laquelle se trouve la nation atikamekw ? La question se pose, après plus de 33 ans de pourparlers en cul-de-sac et devant la surprenante méconnaissance du peuple atikamekw par les Québécois. Plusieurs occasions ont été manquées au cours des dernières décennies pour favoriser un rapprochement interculturel.


    La dernière : les grands incendies de forêt au printemps 2010 qui ont forcé l’évacuation des trois communautés atikamekws. Dans les médias, aucune présentation du peuple atikamekw et du contexte social, culturel, environnemental, économique et politique dans lequel les personnes évacuées se sont retrouvées. Pas plus d’explications sur le lien particulier au territoire qui caractérise l’ensemble des peuples autochtones du monde et qu’entretiennent toujours les Atikamekws. « Ce sont nos maisons qui brûlent », rapportait une personne interrogée en faisant référence à Notcimik, la forêt, milieu de vie et garde-manger traditionnel de la nation.


    Coûts sociaux


    De retour en 2012. Devant la crise sociale dans laquelle sont plongées les communautés atikamekws, un simple calcul des pertes économiques engendrées par les barrages routiers et ferroviaires ne saurait tout expliquer et surtout, ne peut pas tout justifier. Sinon, il faudrait aussi chiffrer la perte d’autonomie économique et politique des Atikamekws à la suite du non-respect de leurs droits et à l’usurpation de leurs terres et de leurs ressources depuis des siècles : coupe des grands pins blancs aux xviiie et xixe siècles, construction du chemin de fer au début du xxe siècle, harnachement des rivières, développement de la villégiature, avènement des coupes forestières mécanisées, etc.


    Une fois lancés, pourquoi ne pas ajouter dans la balance les coûts sociaux relatifs à la dépendance (planifiée) envers les programmes gouvernementaux fédéraux pour les 6000 membres de la nation atikamekw, dont 65 % ont moins de 35 ans ?

     

    Pris en otage


    La ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Julie Boulet, a parlé d’une « prise d’otage » des travailleurs dans ce conflit. On peut toutefois se demander où elle a puisé la légitimité de son intervention, alors que des travailleurs québécois affectés par le blocus ont mentionné aux médias qu’il faut écouter les revendications des Atikamekws. En réaction aux propos de la ministre, Caroline Nepton Hotte, journaliste à Radio-Canada, a posé la question suivante via les médias sociaux : « Est-il possible de penser que cela fait près de 200 ans que les Atikamekws sont pris en otage par la Loi sur les Indiens du gouvernement fédéral, par l’industrie forestière de la région de la Mauricie et par les lois votées par le gouvernement du Québec concernant l’aménagement et l’exploitation des ressources naturelles ? » Cette question illustre le coeur du problème et l’ampleur du fossé interculturel. Malheureusement, elle demeure sans réponse.


    Dialogue constructif


    Alors que le gouvernement se vantait récemment à Rio d’être à l’avant-garde du développement durable, il est pour le moins surprenant (et inquiétant) qu’il s’en tienne à des arguments économiques dans ses discussions avec les Atikamekws, évacuant totalement les dimensions culturelle, sociale, environnementale et historique de la situation.


    Plutôt que d’essayer de noyer le poisson (Atikamekw signifie « corégone ») au bénéfice de l’industrie forestière, le gouvernement devrait considérer la question dans son ensemble et entreprendre un dialogue sérieux, sincère et constructif avec les Atikamekws. Comment comprendre que les droits autochtones sur le territoire et les ressources ne sont toujours pas reconnus après plus de 400 ans de cohabitation, mais que des portions immenses de ce même territoire sont octroyées en quelques semaines à l’industrie forestière ?













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