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Libre opinion - Et si l’on passait par le pont Champlain…

3 juillet 2012 | Jonathan Godin - Îles de la Madeleine | Actualités en société
J'ai grandi et vécu dans le Vieux-Saint-Laurent jusqu’à 30 ans. J’en ai 34 aujourd’hui.

Chaque vendredi, j’allais voir les matchs des Patriotes de Saint-Laurent, l’équipe collégiale de hockey du Cégep Saint-Laurent. Je jouais au hockey-bottine dans les rues Ouimet, Saint-Germain et Filiatrault, rêvant de devenir Patriotes et peut-être même Canadien.


J’ai mangé je ne sais combien de cornets au parc Beaudet. Quand je prenais mon vélo, je partais à la découverte de ma ville en prenant la rue du Collège jusqu’à la rue Gohier. Je tournais à droite et poursuivait ma route jusqu’à De l’Église. Je tournais maintenant à gauche jusqu’à Alexis-Nihon pour me diriger vers le parc Marcel-Laurin. Pourquoi ? Parce qu’à partir de là, derrière le parc, ma ville finissait et c’était les derniers champs de Saint-Laurent qui cultivait du blé d’Inde à vache et ensuite le bois, le Bois-de-Liesse jusqu’à la rivière, la rivière des Prairies.


J’aimais m’y rendre pour aller profiter des chemins dans le bois, pour y faire des sauts à vélo, profiter de la fraîcheur qu’amenait la rivière. Je revenais ensuite par la majestueuse Gouin, traversant la rue Jasmin et poursuivant ma route. Juste avant l’hôpital du Sacré-Coeur, je bifurquais dans la rue Cousineau par laquelle je retournais vers chez moi. Ce segment de rue particulier vous fait passer dans un ancien village linéaire, L’Abord-à-Plouffe côté montréalais.


Je passais ensuite sous le viaduc de la gare Val-Royal, traversant Henri-Bourassa et passait dans le Vieux-Bois-Franc où la plupart des rues portent des noms de vieilles et réputées universités : Laval, De la Sorbonne, Cambridge, Oxford… Je prenais ensuite la rue Décarie direction sud, croisait Côte-Vertu, MacDonald, Decelles, Morin, De l’Église et tournais à gauche dans Lafontaine à côté des cornets Leclerc. Une petite rue qui mène à Ouimet et j’étais rendu chez moi, tout près de l’avenue Sainte-Croix. Belle randonnée. 25 km environ pour des petites jambes de 12 ans.


Plus je me promenais, plus ces noms de rues, ces odonymes me parlaient. Plus je me demandais qui ils étaient. Pourquoi la rue Morin ? Pourquoi Côte-Vertu sans « E » ? Pourquoi Décarie ? Ces questions de « qui» ou « quoi» me rongeaient face à ces odonymes. Je demandais alors aux gens qui ne savaient trop quoi me répondre ou, au mieux, me disaient que c’était sûrement le gars qui habita le premier dans cette rue… Je trouvais ça simpliste, mais j’ai constaté plus tard que c’était parfois vrai.


Comme pour la rue Filiatrault, par exemple. Cette rue, la première rue secondaire du village de Saint-Laurent fut ouverte sur la terre de Flavien Filiatrault, médecin et cousin éloigné contemporain d’Elphège Filiatrault, curé de Saint-Jude qui hissa le premier fleurdelysé dans sa paroisse en 1902. Un fleurdelysé marqué du sacré Coeur, symbole d’une victoire importante de Montcalm.


Pour sa part, Ouimet, de son prénom Joseph-Aldéric, est un grand propriétaire foncier de Saint-Laurent. Originaire de Sainte-Rose, il est aussi le petit-cousin du patriote André Ouimet. Joseph-Aldéric, à sa façon, deviendra aussi un Patriote en défendant son collègue de la Chambre des communes, Louis Riel.


Le boulevard Saint-Germain c’est pour Jean-Baptiste Saint-Germain, curé de la paroisse Saint-Laurent de 1829 à 1863. Alors que Louis-Joseph Papineau faisait la tournée des églises pour informer les gens des injustices qui pesaient sur eux, Saint-Germain se posa en travers de son chemin, refusant l’accès à son église au chef du Parti patriote.


Lorgnant un poste auprès de l’élite du clergé, Saint-Germain s’opposa aux 92 résolutions des Patriotes, ce qui lui valut le poste d’aumônier militaire. Mais en contrepartie, malgré le fait qu’il fut repoussé, Papineau prononça son discours à l’extérieur de l’église de Saint-Laurent, la foule étant trop nombreuse pour ne rien dire. Ce fut le discours le plus important de sa carrière.


On pourrait continuer ainsi longtemps…


Alors, continuons, pour l’histoire…


- Alexis Nihon, un représentant des multiples familles belges de Saint-Laurent de l’époque (Vanden Abeele, Werbrouck, De Baene,…) et important acheteur et propriétaire foncier des terres cultivables de Saint-Laurent pour en faire des zones industrielles prospères.


- Marcel Laurin, maire de Saint-Laurent de 1959 à 1990, il consolide le développement industriel de la ville.


- Gouin, premier ministre du Québec de 1905 à 1920.


- Jasmin, grande famille colonisatrice laurentienne. Ces familles d’origine, on les appelait et les appelle toujours les « Dos blancs », car, de la côte Notre-Dame-des-Neiges, où le frère André fera des miracles, dira-t-on, on voyait au loin les cultivateurs de Saint-Laurent labourer la terre, vêtus de peau de mouton sur le dos.


- Cousineau, d’autres Dos blancs importants.


- Henri Bourassa, petit-fils de Louis-Joseph Papineau, maire de Montebello et fondateur du journal Le Devoir.


- Décarie ; Paul, Michel et Louis sont les premiers concessionnaires de terres à Saint-Laurent. Ils sont les fils de Jean Descarries à qui Maisonneuve octroya lesdites terres.


- Morin, Augustin-Norbert de son prénom. Il vécut de 1803 à 1865. Ce fut lui qui rédigea les quatre-vingt-douze résolutions des Patriotes. Doyen à la faculté de droit de l’Université Laval, il fut aussi le fondateur du journal La Minerve.


- Lafontaine, Louis-Hippolyte. Partisan des réformes de Papineau, il ne prend pas part aux rébellions, mais exige que le français soit reconnu comme langue officielle du Canada-Uni. Les anglophones de Montréal sont révoltés et brûlent le parlement de Montréal, alors capitale du Canada-Uni. Ottawa deviendra la nouvelle capitale.


Prenons maintenant le vélo pour faire un petit détour par le pont Champlain, afin d’en connaître davantage sur notre histoire.


La toponymie et l’odonymie sont des éléments qui ont toute leur importance dans les constructions identitaires individuelles, collectives et surtout nationales. La seule idée de vouloir changer le nom du pont Champlain, même pour Maurice Richard, est un autre exemple qui témoigne des désagréments d’être gouvernés par une nation qui n’est pas la nôtre. Il faut tout faire pour préserver le nom de ce pont qui commémore le fondateur de notre peuple.


Transport Canada agit de façon grotesque et attaque directement nos symboles. C’est grave et cela me choque. Les Québécois doivent se lever pour protéger leur culture, leur histoire, leur patrimoine. Je n’ai rien contre Maurice, mais Maurice, ce n’est pas Samuel…

***

Jonathan Godin - Îles de la Madeleine

 
 
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