À l’année prochaine, Denise!
« Denise, est-ce que tu vas être encore là quand je serai en première année ? », demande un petit garçon. « Oui, je vais être là l’an prochain », répond-elle doucement.
Cela fait 35 ans que Denise Charron est brigadière scolaire à l’angle des rues Everett et de Lorimier, un passage pour piétons considéré comme prioritaire, donc dangereux, par le Service de police de la Ville de Montréal.
« Encore récemment, j’ai vu un camion passer à toute vitesse sur un feu rouge », raconte-t-elle. « On a aussi de la difficulté avec les gens qui ne savent pas qu’ils n’ont pas le droit de tourner à droite sur un feu rouge en ville. »
Matin, midi et soir, elle assure une présence rassurante auprès d’une cinquantaine d’enfants, principalement des élèves des deux pavillons de l’école voisine de Saint-Barthélémy.
Et il arrive qu’elle doive insister pour se faire entendre.
« Il y a une petite fille qui ne voulait pas m’attendre pour traverser. Un jour, il y a un camion d’huile qui a failli la renverser. Je l’ai rattrapée par le collet. Depuis ce temps-là, elle m’écoute », raconte-t-elle.
Au fil des ans, Denise Charron a vu la population de ce quartier de Montréal se modifier, se diversifier. L’école du quartier s’est nommée successivement Basile-Routier, Emily-Carr, puis Saint-Barthélémy.
« Il y a des enfants que je fais traverser aujourd’hui dont j’ai accompagné les parents autrefois », raconte-t-elle.
Mais à travers les années, beau temps, mauvais temps, elle est restée là, sorte de référence pour les enfants, à l’aller et au retour de l’école. « Il y en a qui ont oublié leurs clés, d’autres qui n’ont pas d’argent pour manger. Il y a même un petit gars, un jour, qui avait oublié sa petite soeur à l’école ! », se souvient-elle.
C’est Denise Charron, fidèle au poste, qui lui a fait remarquer l’absence de sa compagne habituelle. « Ils savent que je suis là s’il arrive quelque chose », dit-elle.
Sur le chemin du retour de l’école, c’est aussi elle qui apprend souvent en premier qu’un tel a eu une mauvaise note à son examen, ou si, au contraire, il a eu des médailles ou des récompenses. « Ils me le disent avant de le dire à leurs parents. »
On dit que la moyenne d’âge des 521 brigadiers scolaires de Montréal est de 58 ans. Denise Charron, quant à elle, a débuté à la fin de la vingtaine. « Autrefois, c’était rare, mais maintenant, il y a de plus en plus de jeunes brigadiers », dit-elle.
Son mari, autrefois col blanc, aujourd’hui retraité, vient lui aussi d’être embauché comme brigadier scolaire.
« Le plus dur, c’est de survivre à la température. » La semaine dernière, Denise Charron a dû faire toutes ses heures les pieds dans l’eau.
« Et le plus agréable, c’est le contact avec les enfants. » À l’année prochaine, Denise.








