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    Libre opinion - La victimisation du bourreau

    19 juin 2012 |Francis Dionne - Montréal | Actualités en société
    La banalisation de la violence se répand dans la société québécoise, nous dit-on. Les « casseurs », les intimidateurs (lire les pro-grèves, les manifestants et la contestation en général) infectent notre mentalité collective qui jadis était pacifique (lire soumise à l’autorité).

    Tout à coup, les Québécois, que ce soit par la manipulation de l’art au contenu subversif subliminal ou par simple mimétisme de leurs compatriotes en colère, adopteraient naïvement une culture violente. Spontanément, sans vraiment y réfléchir, ils se mettent à chanter des slogans prônant l’insurrection, à taper sur des casseroles afin de percer les tympans des bien-pensants, ils « déshumanisent les politiciens », ils fracassent des vitrines d’institutions financières qui symbolisent le dépouillement généralisé, et lancent des cailloux aux policiers casqués, blindés et surarmés qui « font un excellent travail ».


    Ce type de discours employé par le gouvernement Charest nous offre un exemple inquiétant du renversement de la réalité : le bourreau devient victime et inversement. Fréquemment utilisée par les éléments réactionnaires d’une société, la rhétorique permet à ceux-ci de se poser en victimes de mouvements collectifs ou d’individus qui osent remettre en question les privilèges qu’ils détiennent.


    Lorsque les femmes se font traiter de castratrices par des hommes, lorsque les Afro-Américains sont montrés du doigt pour leur racisme envers les Blancs, lorsque les Québécois sont essentialisés ou stéréotypés dans les journaux du ROC, lorsque les pauvres se font traiter de profiteurs par notre élite médiatique, et lorsque le Conseil du patronat du Québec donne des leçons de morale à l’ensemble de la société, nous pouvons clairement concevoir l’opérationnalisation d’un renversement du rapport de force objectif par la diabolisation du dominé.


    Cette stratégie, lorsquelle est déployée par des régimes politiques douteux, consiste à utiliser la peur (exemple : Jean Charest et tous ses ministres adoptent une stratégie de communication qui consiste à répéter en choeur le mot violence dans les médias lorsqu’ils parlent de la contestation) afin de diviser la population en deux camps le plus souvent à des fins électorales : l’ordre contre le désordre, ou le statu quo contre la volonté populaire de transformer l’ordre en place.


    Et qu’en est-il de cet ordre ? L’idéologie néolibérale, si chère à notre élite politico-économique, déshumanise non seulement nos politiciens qui se transforment en de simples exécutants du Dieu-marché ou du grand Capital transnational, mais déshumanise l’ensemble des individus (ici, la société n’existe plus). Chaque être humain devient une fonction du marché, c’est-à-dire une marchandise, il doit s’y soumettre, car, selon les néolibéraux, le marché, c’est la démocratie.


    Dans cette ploutocratie, la grosseur du portefeuille est directement proportionnelle au pouvoir décisionnel. On investit dans son « capital humain » en se payant des études universitaires et en payant la taxe santé. Ceux dont le « capital humain » est faible faute de moyens financiers périront dans le silence sans quoi ils auront droit au bâton.


    Lorsque les citoyens décident de se lever et de refuser ce système qui déshumanise, c’est-à-dire d’affronter la première violence qui soit, on les matraque, on les poivre, on les gaze, on leur tire dessus à coup de balles de plastique, on les arrête, on les emprisonne, on les criminalise, on leur défonce la boîte crânienne, on leur explose les dents et on leur lacère le foie à coup de balle de plastique, ou on leur perce un oeil à l’aide de grenade assourdissante.


    Et quand la répression ne fonctionne pas, on suspend certaines libertés fondamentales afin que tout ce qui vient d’être énuméré recommence, et ce, sous le couvert de la légalité. Que personne ne se trompe, la violence vient dans un premier temps de l’État par l’imposition d’une idéologie qui « déshumanise », dans un second temps par la contestation qui peut devenir violente, et finalement dans un troisième temps dans la répression juridique, législative et physique qui s’exerce contre les mouvements de contestation.


    La violence existe et existera toujours en ce bas monde. Ce qui importe est de comprendre comment et à quelles fins certains l’emploient. Désormais, personne ne peut le nier, pour Jean Charest, l’utilisation et la banalisation de la violence dont il est le principal chef d’orchestre, il s’agit d’une question de votes.













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