Les vendeurs du temple se multiplient…
Bien des problèmes auxquels il s’est intéressé font maintenant partie de nos politiques gouvernementales. Les symposiums, forums, discussions sur les aspects sociaux du grand âge se sont multipliés d’une façon géométrique. Mais, il y a un « mais »… Un « mais » plein de contradictions. La machine est emballée, tout le monde s’occupe des vieux.
On disait, il y a quelques années : « Pauvres vieux, ils ne sont pas riches » ; on semble dire maintenant : « Quelle belle source de revenus », à laquelle on s’intéresse de plus en plus.
D’abord l’industrie, le commerce, en somme le complexe géronto-industriel s’est développé, à notre avis, plus vite que l’accroissement même de la population aînée. Pour les biens de consommation en général, des cosmétiques aux couches, sans oublier évidemment les médicaments. Quel pactole !
Tout le monde s’occupe des aînés, on veut qu’ils soient bien logés, qu’ils restent à domicile, qu’ils restent actifs, qu’ils soient heureux. Qu’ils meurent heureux, sinon dignement. La recherche en gérontologie explose, on ne veut plus qu’ils souffrent de démence, d’Alzheimer, de Parkinson… On cherche, on cherche, on dépense des milliards. Un jour peut-être vivront-ils longtemps, très longtemps… jusqu’à quand ?
Qui les consulte ? Décident-ils ?
Devant toute cette agitation, posons-nous une question : où sont les aînés ? Pourquoi les voit-on si peu nombreux aux niveaux consultatif ou décisionnel ?
Pourtant, ils veulent aider. Il est vrai qu’ils sont toujours bienvenus en recherche. Ils acceptent facilement d’entrer dans un protocole et de faire partie d’une banque de participants, où on cherchera par exemple les premiers signes subtils d’une démence précoce. De jeunes personnes les interrogeront, publieront et obtiendront leur maîtrise ou leur doctorat… Quant à eux, ils seront simplement intégrés dans l’anonymat d’une liste de résultats. On voudra même peut-être s’occuper d’eux beaucoup plus longtemps pour vérifier leur devenir intellectuel.
Quant aux aînés, ils sont toujours là, prêts à participer activement. Prêts à mettre leurs compétences au service de la société. Pourquoi alors sont-ils si peu nombreux au niveau des instances décisionnelles, associations, comités, commissions ?
Il est facile de comprendre comment le fait de se trouver seul, ou presque, au milieu de jeunes personnes discutant de façon savante des mesures à recommander à leur sujet peut leur paraître étrange. Cette situation ne finira-t-elle pas par décourager complètement ceux à qui on propose un « vieillissement actif » au sein d’une société à laquelle ils participeront de moins en moins ?
La solution est simple : agissons à tous les niveaux. Qu’est-ce qui empêche par exemple d’exiger que les organismes à but non lucratif aient plus de personnes âgées au niveau de tous les processus décisionnels et opérationnels, la même chose s’appliquant aux réunions et aux symposiums ? Dans la plupart des cas, une simple décision gouvernementale suffirait, la majorité de ces réunions et organismes étant subventionnés par des fonds publics.
Nous proposons tout simplement une discrimination positive envers l’âge, donc un appui actif. En somme, engageons plus de « vieux », les jeunes ne s’en porteront que mieux !
Quant aux aînés eux-mêmes (plus de 500 000 au-delà de 75 ans), à eux d’agir, d’exiger leur dû et de se créer une place.
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André Davignon - Médecin et directeur de l’Observatoire vieillissement et société









