Vers une nouvelle alliance francophone et francophile
Le premier Forum mondial de la langue française se tiendra à Québec, du 2 au 6 juillet
«Ce Forum est la place de la société civile et non celle de délégations officielles de pays », explique Michel Audet, commissaire général du Forum mondial de la langue française.
Des invitations ont été envoyées partout sur la planète à diverses organisations liées à la langue française pour bâtir la programmation.
« Nous sommes allés plus loin que les pays membres de la Francophonie. Nous avons lancé l’invitation à l’Alliance française, qui a des sites dans plusieurs pays du monde, où elle donne des cours de français. Nous avons lancé l’invitation aux ambassades, à l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), à l’Association internationale des maires francophones, etc. Nous avons ratissé très large », indique M. Audet, qui est l’ancien représentant du Québec au sein de la Délégation permanente du Canada auprès de l’UNESCO.
Les invitations lancées ont été fructueuses. « Nous avons reçu 500 propositions d’entretiens de la société civile, indique Michel Audet. Nous en avons retenu une centaine, que nous avons regroupées dans près de 80 séances, où l’on retrouvera plus de 320 intervenants. On y retrouvera des universitaires, des membres d’associations de professeurs de français, des représentants du milieu politique, des gens des organisations non gouvernementales qui font la promotion de la langue française, des gens des chambres de commerce, etc. »
L’importance des jeunes
Les organisateurs du Forum mondial de la langue française attendent près de 1000 participants. « Ils proviennent de la société civile de plus de 100 pays. Beaucoup seront des jeunes. Nous avons l’espoir qu’au moins la moitié des participants soient âgés de 18 à 30 ans. Par exemple, l’AUF a sélectionné ses meilleurs boursiers, etc. On retrouvera des Sri-Lankais, des Palestiniens, des Israéliens, des Indiens, des Chinois, des Japonais, des Russes, beaucoup de jeunes des pays africains et d’ailleurs », précise Michel Audet.
Si les organisateurs du Forum ciblent à ce point les jeunes, c’est parce qu’ils considèrent que c’est par eux que se jouera l’avenir de la langue française dans le monde.
« La jeunesse doit s’approprier la langue française. Les jeunes doivent y trouver leur compte. Ils doivent voir un atout lié à la langue française dans leur vie personnelle et professionnelle. On veut donc entendre ces jeunes au Forum, qu’ils parlent de leurs craintes, de leurs ambitions, de leur passion pour l’apprentissage de la langue française et ses usages », affirme Michel Audet.
Le temps de se questionner
L’idée d’organiser le Forum mondial de la langue française est venue d’Abdou Diouf, secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, au XIIIe Sommet de la Francophonie, tenu à Montreux en octobre 2010.
« Il avait été interpellé d’abord par la sortie d’un rapport de l’Observatoire de la langue française qui faisait état de la situation dans le monde. C’était le premier ouvrage majeur et rigoureux du genre. Les projections démographiques indiquaient que, par rapport aux 215 millions de locuteurs français actuels dans le monde, il y en aurait plus de 600 millions en 2050 et que 85 % seraient sur le continent africain », raconte Michel Audet.
Cela signifie donc un changement d’équilibre politique au sein des pays francophones.
« Abdou Diouf a aussi remarqué, affirme M. Audet, que le rapport soulignait qu’on voyait arriver des millions de locuteurs français dans des pays émergents comme la Chine et l’Inde, ainsi que dans des pays comme la Grande-Bretagne et les États-Unis. Le français devient en fait l’apanage de l’ensemble des pays du monde. Il y a beaucoup d’ouverture à la langue française. »
Michel Audet raconte aussi que le secrétaire général de la Francophonie a regardé ce qui se fait dans d’autres familles linguistiques. « Il a vu notamment que, pour la langue espagnole, avec plus de 300 millions de locuteurs dans le monde, il y a une réflexion qui se fait tous les trois ans depuis 15 ans. On réfléchit à ce qu’est la langue espagnole aujourd’hui et à son avenir. Abdou Diouf a donc dit que la langue française ne devait pas être en reste et qu’on devait s’interroger sur son avenir. Très rapidement, le premier ministre Charest a levé le drapeau pour dire qu’il voulait accueillir le premier Forum », explique M. Audet, qui est entré en poste au début de 2011.
Il n’est pas surpris que le Québec accueille cet événement. « Le Québec, c’est le creuset de la vitalité de la langue française en Amérique. C’est un laboratoire vivant de cohabitation des langues », affirme-t-il.
Qu’en restera-t-il ?
Michel Audet a pour ambition que le Forum mondial de la langue française réussisse à créer un nouveau mouvement mondial.
« J’aimerais voir naître une nouvelle alliance entre les membres de la société civile issus de partout dans le monde. J’aimerais que découlent de cette nouvelle alliance des projets concrets. J’aimerais même qu’on puisse dégager des ressources financières pour inciter le développement de projets concrets », affirme le commissaire général.
Michel Audet souhaite aussi que le Forum laisse des traces dans le Web.
« J’aimerais que la plateforme web continue d’être animée et alimentée après le Forum, affirme-t-il. Ça pourrait être fait par une organisation proche de l’Organisation internationale de la Francophonie. On regarde ça. Aussi, on travaillera avec l’Institut du Nouveau Monde, l’animateur principal du Forum, pour produire un document qui présentera les grands messages qui ont émergé des travaux et des différentes activités du Forum. »







