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Féminisation - Pour l’égalité des genres

« Madame l’inspecteur général » décrit la situation camerounaise

Si le sujet de la féminisation nous anime depuis quelques décennies et que nous avons fait de grands pas vers une représentation égalitaire du masculin et du féminin dans la langue québécoise, on peut affirmer qu’il en est tout autrement dans d’autres parties du monde. Marcelline Nnomo Zanga nous dresse un portrait de la féminisation de la langue au Cameroun.

Marcelline Nnomo Zanga est une féministe engagée, elle est présidente de l’Association des femmes enseignantes du supérieur et spécialiste de la littérature et de l’écriture féministes. Elle enseigne à la Faculté des arts, lettres et sciences humaines de l’Université de Yaoundé-I, au Cameroun, et elle occupe aussi la fonction d’inspectrice générale des affaires académiques au ministère de l’Enseignement supérieur du Cameroun… Mais peut-être devrions-nous plutôt dire qu’elle occupe le poste d’inspecteur général…


« De manière tacite, l’administration camerounaise opte généralement pour la neutralité des titres, grades, fonctions et noms de métier, dans le cadre de l’usage officiel. Par conséquent, les titres administratifs sont tous au masculin. On dit : Madame le ministre, Madame le secrétaire d’État, Madame le recteur, Madame l’inspecteur général, Madame le directeur, Madame le chef de division, Madame le chef de service, Madame le chargé d’études. Et, pour ce qui des grades, on dit : Madame le professeur, le maître de conférences, Madame le chargé de cours, Madame l’assistant », dira Mme Zanga. Au Cameroun, aucune loi n’encadre la féminisation de la langue et, sans un cadre législatif précis, on s’en tient aux normes éditées par l’Académie française et les textes connexes, tels que les dictionnaires, les encyclopédies et les ouvrages de grammaire.


Égalité des genres


Pourtant, des groupes de femmes appuient une réforme de la grammaire qui reconnaîtrait l’égalité des genres. Parmi les lobbys et les associations qui militent pour la féminisation des noms en général, des titres de grade et de fonction, on peut citer l’Association des femmes enseignantes du supérieur (AFESUP) ; le Cercle de recherche international sur la femme africaine (CREIFA), le réseau More Women in Politics, ainsi que l’Association camerounaise des femmes juristes (ACAFEJ)…


Chacun de ces groupes « estime que la féminisation du titre a un caractère éducatif par rapport aux mentalités patriarcales et phallocentriques qu’il faut faire évoluer. La logique de leur position est qu’il faut rendre visibles les femmes dans leurs nouvelles attributions, titres, fonctions et grades, qui sont autant de distinctions acquises au cours de l’histoire, parfois au prix de luttes de revendications fort légitimes. Cette position n’a rien de sexiste au sens négatif du terme, puisqu’elle vise simplement à établir dans les faits le nouveau statut des femmes. Par ailleurs, la féminisation relève d’un usage générique qui est consigné dans la grammaire française, qui prescrit que tout nom a un féminin, à quelques exceptions près, qui échappent à la règle », explique Marcelline Nnomo Zanga.


Mais, même sans militantisme ou féminisme déraisonnable, « il est important de noter que les universitaires et les femmes de la société civile au Cameroun n’ont pas manqué de relever des dysfonctionnements dans les règles régissant certains accords grammaticaux. Certains titres, à l’instar de “ Madame le professeur ”, “ chère professeur ”, sont clairement en violation de la norme liée à la règle de l’accord grammatical. Il y a un mélange insolite du masculin et du féminin dans ces appellations qui pèchent par leur agrammaticalité. »


De plus, la féminisation dans les faits ne serait que le miroir de la société camerounaise, puisque « l’usage de la féminisation permet de voir l’évolution de la société dans le sens de la démocratisation des rôles et métiers, dont certains étaient la chasse gardée des hommes ».


Lentement, l’idée de la féminisation fait son chemin, et, aujourd’hui, « on peut dire qu’[elle] est passée très timidement dans l’usage courant au sein de l’opinion publique, qui, néanmoins, manifeste quelques réticences à ce phénomène, dont la nouveauté heurte la sensibilité africaine », dit Mme Zanga, qui ajoute que « la majorité des Camerounais considèrent que la féminisation des titres, grades et fonctions est un phénomène propre aux “ intellectuelles acculturées, qualifiées de pro-occidentales et de féministes ” au sens le plus péjoratif du terme, à savoir que ces femmes veulent renier leurs origines et imiter les autres cultures dans leur course qui fait fi des valeurs traditionnelles. L’administration camerounaise, en particulier, adopte la neutralité des titres et considère comme épicènes les noms, titres, fonctions et grades. Cela ne va pas sans contradiction avec la règle grammaticale qui postule deux genres pour le français, à savoir : le masculin et le féminin. »


En conclusion, Marcelline Nnomo Zanga formule un souhait : « La langue est le meilleur véhicule de l’évolution des peuples et de leurs institutions. Au moment où les peuples du monde vibrent au rythme de la mondialisation, de la parité et de la démocratisation, il serait anachronique de voir la langue rester figée et muette par rapport à ces mutations historiques qui illustrent des avancées significatives pour le destin de l’humanité. On ose espérer que les gouvernements, sous l’impulsion de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), vont s’engager et contribuer efficacement à la promotion de l’égalité entre les deux sexes, comme cela apparaît dans la Déclaration du Luxembourg (Première Conférence des femmes de la Francophonie à Luxembourg - 2000). Une telle prise de position implique un parti pris positif pour que l’évolution de la langue épouse la dynamique de l’évolution du monde, conformément aux engagements pris à Pékin, et qui constituent les objectifs majeurs pour la Francophonie et les Nations unies. Parmi ces engagements, l’OIF avait reçu le mandat de proposer une terminologie française commune en matière d’égalité des femmes et des hommes et de droits des femmes. »


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