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    Conflit étudiant - Méchant carré !

    Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de nos sociétés que des gens en position d’autorité travaillent très, très fort pour trouver l’association réductrice qui saura briser ceux qui s’opposent à eux. Le mot communiste a longtemps été ce stigmate social en Occident, bien utile pour faire taire les contestataires et leurs sympathisants.

    Le Québec en aura eu sa part : avec quel malin plaisir autrefois, Maurice Duplessis et sa cour auront-ils dénoncé les gauchistes, ridiculisant les « têtes brûlées » ou en surestimant les dangers. Plus un régime a peur, plus il aboie. Afin que le peuple n’entende plus la défiance qui sourd et l’écho des dénonciations.


    Aujourd’hui, on ne dit plus « communiste » pour effrayer les foules : « terroriste » a pris la place, et ça marche à tout coup. Car le vocabulaire a beau changer, la dynamique, elle, reste intacte. Laisser croire que la menace est là, sérieuse, immédiate, et qu’on est fin prêts à la mater. Merci, gouvernement, de nous avoir protégés !


    En cet agité printemps québécois, on n’a pas eu à chercher longtemps le symbole qui servirait à condamner sans appel le mouvement étudiant dans l’inconscient collectif. Le carré rouge - rouge, ça dit tout ! - est un bel objet à démoniser.


    C’est à une lutte des imaginaires que l’on assiste. Le carré rouge est l’emblème festif d’un souci du bien commun, signe joyeux de reconnaissance pour ceux, de tous âges et de toutes conditions, qui le portent au quotidien et se croisent à l’épicerie, au travail, au spectacle. Nul n’y associe la violence. Car c’est sous le noir et les foulards que celle-ci prend forme, dans un pas de deux qui mêle, de l’autre côté, gaz et matraques.


    Le gouvernement a bien tenté de monter en épingle les dérives de cet immense printemps, mais elles sont si isolées que cela n’a pas suffi pour déconsidérer le mouvement. Il fallait donc viser plus large, et le carré est partout.


    C’est ainsi que Fred Pellerin, doux porteur de carré rouge qui refuse l’Ordre du Québec pour cause de « crise sociale d’ampleur », est entré dans le camp de « l’intimidation » selon la ministre de la Culture qui sait, elle, ce qui se cache sous le tissu. Le même méchant carré vaudra à plusieurs jeunes qui ont osé emprunter le métro montréalais en fin de semaine de vraies interpellations policières sous de fallacieux prétextes légaux. La rhétorique du premier ministre trouvait dès lors son appui : tout ce travail policier démontre bien, n’est-ce pas, qu’il y a menace sur le Québec et son système économique. Gauchistes, va !


    Les policiers ont abusé de leurs pouvoirs ce week-end, mais ce n’est pas une enquête sur la police qui urge. C’est de déconstruire le discours du Bien et du Mal qui se déploie sans retenue. L’opposition politique est un droit, pas une grâce du prince.













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