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Sondage sur la hausse des frais de garderie - L'expression du fatalisme des Québécois

«Les parents s'attendent toujours à ce que le panier d'épicerie augmente un peu», explique Nancy Neamtam

Pour les défenseurs du maintien des garderies à 5 $, les Québécois font montre d'un certain «fatalisme» lorsqu'ils se disent favorables, dans une proportion de deux sur trois, à une hausse des tarifs en fonction du revenu familial.

Le sondage Léger Marketing-CKAC-Le Devoir montre que 67 % des Québécois et 57 % des parents d'enfants de moins de 12 ans sont favorables au scénario avancé dans le document de consultation du ministère de la Famille voulant que les familles mieux nanties paient davantage pour les services de garde.

Peu surprise des résultats, Nancy Neamtam, présidente du Chantier de l'économie sociale, d'où émanait l'idée des services de garde à 5 $ en 1996, croit que les «parents s'attendent toujours à ce que le panier d'épicerie augmente un peu. La question est: à quelle hauteur cela va-t-il augmenter? Si cela double, il y a un problème important et cela va pénaliser d'autant plus les familles avec enfants», fait-elle valoir, tout en reconnaissant qu'un ajustement du tarif au coût de la vie ne soulèverait probablement pas l'ire de la population.

Lors de la troisième et dernière journée de consultation sur les services de garde, elle a néanmoins plaidé pour le maintien du tarif à 5 $ et le développement de nouvelles places dans le réseau des centres à la petite enfance, plutôt que dans les garderies privées, peu représentées dans les régions rurales.

Le porte-parole du Parti québécois en matière de famille, Jonathan Valois, s'attendait lui aussi à ce genre de résultat, qu'il attribue au lien, erroné selon lui, fait entre la vitesse de développement des nouvelles places et leur coût. «C'est important de faire comprendre aux gens que les riches paient déjà plus cher par leurs impôts et que ce n'est pas en haussant les tarifs qu'on va désengorger le réseau et en accélérer le développement», affirme M. Valois, qui reconnaît que son parti a un travail à faire pour mieux expliquer sa position.

Au diapason avec le porte-parole péquiste, la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, voit dans ce sondage une mesure de «l'attachement des Québécois aux services de garde». Elle pense que le résultat est influencé par le discours gouvernemental sur l'explosion des coûts. «Ce n'est pas parce que tous les Québécois ne sont pas fiscalistes qu'il faut s'engager dans une consultation sur de fausses prémisses pour autant», soutient Mme Carbonneau en rappelant que les sommes allouées à la politique familiale ont peu augmenté au cours des dernières années.

Lors de sa présentation devant les ministres Claude Béchard et Carole Théberge, la CSN a réitéré l'importance d'aller chercher l'équivalent des crédits d'impôt non réclamés au fédéral en raison du service de garde à 5 $, une somme que le syndicat évalue à 81 millions de dollars par année.

La FTQ

Alors que l'ensemble des autres groupes sociaux et syndicaux ont pris position en faveur du maintien du tarif à 5 $, la FTQ a pour sa part joué une note discordante hier en affirmant être ouverte à une indexation du tarif «en dernière instance».

«On n'est pas dogmatiques là-dessus, explique le secrétaire général de la centrale syndicale, René Roy. Comme syndicat, on s'attend à ce que nos salaires et nos régimes de retraite soient indexés. On ne peut pas parler des deux côtés de la bouche. Mais avant cela, il faut que le gouvernement fasse ses devoirs et commence par aller chercher le manque à gagner du côté d'Ottawa.»

Engagé à présenter ses conclusions d'ici la fin du mois de septembre, le ministre responsable de la famille, Claude Béchard, ne peut assurer qu'il entreprendra des pourparlers avec le fédéral avant de prendre une décision sur les scénarios de financement. «Mais c'est certain que cela ne prendra pas cinq ans, comme l'a fait le Parti québécois avant qu'on interpelle le fédéral là-dessus», affirme M. Béchard.

Le ministre entend lancer cet automne une réflexion plus large sur la politique familiale et les mesures de soutien individuel aux familles, entre autres pour corriger ce qu'il appelle «l'effet piscine» des politiques fiscales, qui fait en sorte que les familles dont le revenu oscille entre 15 000 $ et 30 000 $ reçoivent moins d'aide gouvernementale que les autres. La conciliation travail-famille figurera aussi parmi les chantiers que le ministre compte ouvrir cet automne. D'autres négociations sont donc à prévoir avec le fédéral à propos des congés parentaux.
 
 
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