Assurance-emploi - Go West young man!
La réforme de l’assurance-emploi divisera désormais les chômeurs en trois catégories selon la fréquence et la durée des prestations reçues au cours des cinq années précédentes. Le plus souvent un travailleur aura fait appel au programme, le moins exigeant il devra se montrer dans sa recherche d’emploi. Selon le gouvernement, la réforme vise à « jumeler les Canadiens aux emplois disponibles » pour lesquels il faut parfois faire appel à des travailleurs étrangers.
Par ces nouvelles règles, on ne s’attaque pas seulement aux individus qui perdent leur emploi, mais à toutes les régions et sous-régions dont l’économie est tributaire d’activités saisonnières comme la pêche, l’agriculture et la forêt. Pour les employeurs de ces secteurs industriels, il faudra recommencer chaque année à remplacer et à former la fraction de la main-d’oeuvre qui aura dû accepter un autre emploi. Comme mesure de productivité, on aura vu mieux !
Le problème des travailleurs saisonniers existe dans toutes les provinces, mais d’abord dans les Maritimes et au Québec, qui subiront les conséquences financières du resserrement des mesures d’admissibilité. Encore une fois, ce sont les provinces qui devront prendre la relève avec l’aide sociale, et les chômeurs devront apprendre à vivre avec cette nouvelle dégradation de leurs conditions de survie.
Il n’y a pas que les travailleurs saisonniers qui seront touchés. L’industrie touristique et celle du cinéma, par exemple, devront aussi composer avec l’obligation faite à leurs techniciens de chercher et d’accepter un emploi dont la rémunération pourrait être inférieure de 20 % après 18 semaines de prestations.
L’assurance-emploi constitue l’une des composantes les plus importantes du filet de sécurité du revenu des Canadiens, avec la Sécurité de la vieillesse, le supplément de revenu garanti et l’aide sociale provinciale. Ces programmes ont d’abord une fonction de protection du revenu individuel, mais ils jouent aussi un rôle essentiel dans la redistribution de la richesse entre les individus et les régions, tout en agissant comme stabilisateur de l’économie en période de ralentissement.
Si Ottawa agit de la sorte, c’est que les conservateurs sont de fiers adeptes d’une conception dépassée de la loi du marché selon laquelle il suffit de couper les vivres à un chômeur pour le forcer à déménager là où il y a du travail. Pénurie de main-d’oeuvre dans l’Ouest, chômeurs dans l’Est, l’équation est simple à résoudre. Et tant pis si des régions se vident de leurs habitants ! Puis, pourquoi s’embarrasser de faire la différence entre les jeunes qui ont besoin de formation et les plus vieux qui sont victimes du changement ? Après tout, comme Jim Flaherty l’a bien résumé : « Il n’y a pas de mauvais emplois. Le seul mauvais emploi, c’est de ne pas avoir d’emploi. » Suffisait d’y penser !








