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    Des bémols sur l’« aide médicale à mourir »

    Le Réseau des soins palliatifs du Québec tenait cette semaine son 22e congrès annuel

    C’est le principe d’autonomie de la personne qui a tendance à avoir primauté sur celui du caractère sacré de la vie
    Le Réseau de soins palliatifs du Québec met quelques bémols au rapport de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, rendu public il y a quelques semaines, et qui recommande des ouvertures envers ce qu’il désigne comme « l’aide médicale à mourir ».

    Le conseil d’administration du Réseau, qui tenait par ailleurs son 22e congrès annuel cette semaine à Saint-Hyacinthe, affirme être laissé perplexe par l’expression « aide médicale à mourir ».


    « L’expression retenue peut laisser entendre que toute intervention médicale à la fin de la vie qui contribuerait à améliorer la qualité de vie des derniers jours [aide à mieux mourir] pourrait être considérée comme de l’euthanasie. Il est si facile de tout confondre », écrivaient les membres du conseil d’administration du Réseau au mois d’avril dernier.


    Pour le Réseau, « les soins palliatifs veulent améliorer la qualité de la vie et amoindrir la souffrance des personnes en fin de vie, tout en permettant une mort naturelle en son temps ».


    Invitée à prononcer la conférence d’ouverture du congrès, l’écrivaine québécoise Marie Laberge abondait dans le même sens. Celle qui a signé il y a quelques années un film de fiction sur les soins palliatifs, intitulé Les heures précieuses, croit que le temps prend sa véritable ampleur au moment où il est le plus compté, soit à la fin de la vie.


    « Je suis contre la peine de mort, je suis pour l’avortement, et je suis contre l’euthanasie », dit Mme Laberge, qui ajoute que, dans le cas de l’avortement, c’est la vie de la mère, bien vivante, qui a primauté sur celle, éventuelle, du foetus.


    Travail social en fin de vie, soins palliatifs en milieu carcéral, agonie, délire et sédation palliative à l’aube de la mort étaient donc à l’ordre du jour de ce 22econgrès du Réseau.


    En matière de travail social, des intervenants de la maison de soins palliatifs Michel-Sarrazin, de Québec ont témoigné du travail fait auprès des mourants, entre autres pour désamorcer et pour faire bon usage de la peur terrible qui accompagne souvent la mort.


    Réjean Carrier, l’un de ces travailleurs sociaux, racontait l’histoire de Jacinthe, 49ans, qui, atteinte du cancer, était terrifiée à l’idée de subir une neurochirurgie par laquelle on pensait la débarrasser de deux métastases. « Elle disait : “ j’ai peur d’être pire après ” », raconte-t-il, ajoutant que c’est cette peur qui a permis à Jacinthe de prendre la décision de ne pas subir cette chirurgie.


    Réjean Carrier raconte aussi l’histoire de cet homme mourant, en début de soixantaine, partagé entre sa foi et sa non-croyance. La part de lui qui était croyante, raconte le travailleur social, lui faisait craindre d’être rejeté par Dieu parce qu’il avait entretenu au cours de sa vie une liaison amoureuse sans le dire à sa femme. L’homme était inquiet à l’idée de tout avouer à sa femme, craignant non seulement de ruiner les derniers jours de leur relation, mais de rendre le deuil de sa femme encore plus pénible. Tenaillé par la peur, l’homme a finalement pris la décision de ne pas la mettre au courant de cet écart.


    Gérald Nickner, également travailleur social à la maison Michel-Sarrazin, raconte enfin l’histoire de cette femme octogénaire qui lui demandait comment se préparer à mourir, ce en quoi il pouvait bien évidemment difficilement l’éclairer. La vieille dame lui a alors raconté qu’elle avait beaucoup voyagé au cours de sa vie, et qu’elle détestait par-dessus tout faire ses valises. Pour l’ultime départ, elle tentait de faire le deuil de ce qu’elle avait perdu entre-temps, la mémoire, la santé, la capacité de marcher. « J’aimerais apprendre à voyager léger », lui avait-elle finalement dit.


    Au cours d’un atelier portant sur les enjeux cliniques, éthiques et légaux des soins de fin de vie, Manon Champagne, professeure en sciences infirmières à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, a fait valoir que le débat actuel en matière de soins de fin de vie et d’« aide médicale à mourir » met en jeu, voire oppose les notions d’autonomie de la personne et du caractère sacré de la vie. À l’heure actuelle, constate-t-elle, c’est le principe d’autonomie de la personne qui a tendance à avoir primauté sur celui du caractère sacré de la vie.













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