Vieillir et vivre ensemble – Trop peu trop tard
Cette « politique » ressemble beaucoup plus à un catalogue des actions gouvernementales déjà engagées présenté sous un enrobage accrocheur. Outre quelques nouveaux programmes à peine esquissés, la « politique » énumère des programmes déjà implantés ou des actions qui seront relancées après avoir stagné faute de financement. On nous promet encore une fois l’injection d’argent sur une planification de cinq ans où l’essentiel des engagements se retrouve en fin de période budgétaire. En outre, les investissements, présentés de façon astucieuse en les cumulant sur cinq ans, ont pour la plupart déjà été annoncés.
Manque de vision
Le principal défaut de cette « politique » est le manque de vision et d’intégration des actions. Une vrai politique doit être tournée vers l’avenir et présenter un plan gouvernemental intégré. Rien de cela dans cette « politique », qui ressemble plus à une courtepointe qu’au panorama attendu pour faire face aux défis du vieillissement de la population. Il y en a pour tout et pour tous.
Au chapitre des soins et services aux personnes en perte d’autonomie, on dit prioriser les soins à domicile alors que les investis- sements en ce domaine ont été insuffisants pour assurer des services de qualité (dixit la Protectrice du citoyen).
On nous promet encore des investissements qui, s’ils se réalisent, devraient porter ce poste budgétaire à un maigre 3 % de l’enveloppe de la santé et des services sociaux. Et ici, pas d’argent neuf puisque ces sommes proviennent de l’augmentation annuelle de 5 % du budget de la santé déjà annoncé et de l’inéquitable cotisation santé.
Structure du financement
Dans un même élan, on continue à investir dans la solution institutionnelle qui restera à terme largement prédominante. Prioriser vraiment les soins à domicile, c’est non seulement investir massivement dans ce secteur, mais aussi et surtout modifier la structure du financement pour donner aux aînés en perte d’autonomie un véritable choix d’obtenir des services à la maison avec un financement public.
Il serait sans doute préférable d’implanter au Québec une assurance autonomie publique dotée d’une caisse spécifique, comme l’ont fait avec succès de nombreux pays européens et asiatiques.
La « politique » est presque muette sur la question cruciale de la formation des travailleurs et professionnels oeuvrant auprès des personnes âgées vulnérables. Il est urgent de définir les compétences des personnes assurant les soins et services aux aînés et de former le personnel de nos établissements. Le saccage des budgets de formation au cours des dernières années a creusé un écart inquiétant entre les bonnes pratiques reconnues et la compétence du personnel. La formation est un élément essentiel, non seulement pour assurer la qualité des services, mais aussi pour attirer et retenir le personnel dans ce secteur d’activités en forte croissance.
Un système à deux vitesses
Rien non plus pour corriger l’iniquité flagrante causée par le développement anarchique des résidences privées d’hébergement. Ces résidences accueillent sans évaluation préalable des personnes âgées en perte d’autonomie et leur dispensent des services sans critères, sans normes tarifaires et sans contrôle de qualité. Des services qui, selon la politique précédente, « Chez soi, le premier choix », devraient être couverts par les soins à domicile du réseau public. On consacre plutôt le stratagème du crédit d’impôt pour maintien à domicile qui finance avec les deniers publics et par la bande les résidences privées sans critères ni contrôle. On est ici dans un système à deux vitesses où les plus fortunés payent le gros prix pour des services alors que les autres doivent se contenter de soins à domicile insuffisants en attendant la solution inéluctable, l’entrée en centre d’hébergement et de soins de longue durée.
Rien dans cette « politique » pour contrer la pauvreté des femmes âgées qui, même avec le supplément de revenu garanti, doivent « vieillir et vivre ensemble » sous le seuil de la pauvreté. Quand on sait que le revenu conditionne l’alimentation, la participation sociale et la santé, on voit que les efforts de la « politique » pour améliorer l’intégration et la nutrition des aînés resteront sans doute vains.
Insuffisance et incohérence
Pour les proches aidantes, qui assument la majorité des soins et réclament surtout des services en quantité suffisante, on n’offre que de maigres programmes de répit. Pas de congé de compassion pour qu’elles puissent au moins se consacrer à leur proche sans perdre leur emploi. On estime que l’exode des femmes du marché du travail pour assumer un rôle de proche aidante coûte annuellement près de 100 millions de dollars au trésor public.
Une telle politique était-elle nécessaire pour présenter l’insuffisance et l’incohérence des actions du gouvernement envers les aînés ? Après le Plan Nord, le gouvernement nous sert maintenant son Plan de l’Âge d’or. Espérons que les citoyens de tous les âges ne seront pas dupes.
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