Fonction publique : Québec ou Ottawa, même combat
« Les syndicats ont toujours travaillé au partage de la richesse »
Le Syndicat canadien de la fonction publique est le plus important syndicat au Canada, comptant plus de 650 000 membres à travers le pays, dont 100 000 au Québec. Les membres québécois sont affiliés à la FTQ. À ne pas confondre avec l’Alliance de la fonction publique du Canada - dont les membres sont des employés du gouvernement fédéral - les membres de la SCFP sont en général des employés d’autres administrations publiques, telles les provinces, les municipalités et les sociétés d’État.
« Le recours à la sous-traitance menace le maintien des services publics, estime Charles Fleury, et la privatisation des services publics n’affecte pas uniquement nos membres, c’est l’ensemble de la collectivité qui est perdante. »
Un des dossiers sous la loupe du SCFP est celui des retraites. « Évidemment, nous nous opposons à l’augmentation de l’âge de la retraite, comme le prévoit le récent budget fédéral. Il y a d’autres façons de favoriser le maintien en emploi à l’âge de la retraite que cette mesure. Nous nous opposons aussi à ce glissement, que l’on voit, des régimes de retraite à prestations déterminées vers des régimes de retraite à cotisations déterminées. Dans le dernier cas, l’employé sait combien il cotise sans pourtant savoir combien il en retirera à sa retraite. Le problème, avec les régimes à prestations déterminées, en est un de structure de régime et de gouvernance. Présentement, ces régimes ne peuvent pas accumuler des surplus de cotisations, car, au-delà d’un certain seuil, ils doivent bonifier le régime ou, ce qui est plus fréquent, prendre un congé de cotisations. Pourquoi ne pas permettre l’accumulation des surplus afin d’assurer la pérennité financière des régimes ? »
Charles Fleury croit aussi que le temps est venu de combattre la propagande antisyndicaliste. « Le vent de droite qui souffle a cherché à convaincre les citoyens que les syndicats sont la source de tous les problèmes de la société. Il est temps de mettre fin à pareil mensonge. Ce ne sont pas les syndicats qui ont créé la dernière crise économique. Au contraire, les syndicats ont toujours travaillé au partage de la richesse. »
Le SPGQ
« Au Québec, le présent gouvernement n’en a que pour la sous-traitance et la privatisation des services publics, affirme Gilles Dussault. On est même rendu à ne plus évaluer les coûts pour des travaux exécutés à l’interne, en comparaison avec les coûts des mêmes travaux exécutés par le secteur privé. On ne fait plus partie de l’appel d’offres. Pourtant, dans bien des domaines, la fonction publique est meilleure et moins chère que le secteur privé. »
Sans compter que ce recours à la privatisation entraîne souvent des coûts supplémentaires et mène parfois à des situations ridicules. « On n’a qu’à penser au dossier de l’informatisation de l’appareil du gouvernement pour s’en convaincre. D’ailleurs, le vérificateur général a dénoncé la mauvaise gestion du dossier de l’informatique. Cela mène à des aberrations comme celle vécue par la CSST, qui a dû payer une entreprise privée pour des services informatiques qu’elle n’a jamais reçus. Ce besoin d’avoir recours au secteur privé est si présent qu’on a même voulu privatiser la correction des examens de français de la cinquième secondaire. Pourtant, le système en place qui faisait appel à des contractuels fonctionnait bien. Le ministère a finalement reculé, mais cela indique clairement qu’on cherche systématiquement à tout privatiser. »
Ce recours au secteur privé a aussi des conséquences plus sombres. « Le problème le plus insidieux est celui de la perte d’expertise de la fonction publique. Le rapport Duchesneau l’a démontré en soulignant que le ministère des Transports avait perdu, au fil des ans, l’expertise nécessaire à l’évaluation des travaux routiers. Cette perte d’expertise rend l’appareil public entièrement dépendant du secteur privé. De plus, les employés des entreprises privées s’installent dans les locaux du gouvernement et forment une sorte de fonction publique parallèle. Nous sommes en train de démolir la fonction publique québécoise et de détruire toute l’expertise et le capital intellectuel publics. C’est une richesse collective que nous perdons ainsi et nous mettons à mal les acquis de la Révolution tranquille. Je crois que nous sommes arrivés à un point de non-retour. Il faut rapatrier la maîtrise d’oeuvre vers la fonction publique, sinon elle ne sera plus que l’ombre de ce qu’elle fut. »
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Collaborateur







