Fédération des travailleurs du Québec - À boulets rouges !
« On a au Québec un retraité sur deux qui vit sous le seuil de la pauvreté »
Le président de la FTQ, Michel Arsenault, a fait des régimes de retraite son cheval de bataille : il pourfend les gouvernements afin qu’ils prennent conscience du sort peu enviable réservé aux travailleurs et qu’ils adoptent les mesures susceptibles de leur assurer une meilleure qualité de vie. Il dépeint une sombre réalité sociale : « À l’heure actuelle, il y a à peine 25 % de la population active du Québec qui possède un régime adéquat pour recevoir une pension qui a de l’allure, ce qui veut dire qu’il y a 75 % du monde qui ne dispose d’aucun fonds de retraite que ce soit ou qui profite d’un fonds insuffisant pour vivre une retraite de façon confortable. »
« C’est tellement vrai que, présentement, un retraité sur deux au Québec a recours au supplément du revenu garanti d’Ottawa. On a donc ici un retraité sur deux qui vit sous le seuil de la pauvreté », s’indigne-t-il. Après quoi, il dépeint en long et en large les solutions qu’il importe d’apporter pour corriger cette situation désastreuse, en bonifiant notamment le Régime des rentes du Québec et en instaurant dans les milieux de travail des régimes avantageux auxquels employeurs et employés seraient tenus de participer : « Dans 30 à 40 ans d’ici, si on ne prend pas le taureau par les cornes, on va avoir une société vieillissante dont la majorité des gens vont recourir à l’assistance sociale. »
Effets pervers de la mondialisation
Michel Arsenault est interpellé personnellement par le conflit de travail chez Rio Tinto Alcan à Alma : « Le syndicat des métallos en est un de la FTQ ; c’est mon syndicat d’origine et j’en ai été membre pendant 30 ans, donc pas besoin de vous dire que j’appuie celui-ci. »
Il rappelle son parcours : « Quand j’ai commencé dans l’industrie minière et sidérurgique, dans tout ce qui se rapporte au métal, on pouvait parler à la direction, comme chef syndical, d’à peu près toutes les entreprises au Canada. À l’Alcan, quand il y avait un problème, les leaders syndicaux d’Alma ou d’Arvida pouvaient descendre à la Maison Alcan à Montréal et s’adresser à ceux qui prenaient des décisions. » Les temps ont bien changé : « On a vécu, durant les dix dernières années, cette espèce de cupidité des grands de ce monde dans l’industrie sidérurgique et dans celle de l’aluminium, où il ne reste plus que trois ou quatre grandes sociétés ; ce qu’on fait maintenant sur le plan international, c’est de jouer les travailleurs d’un pays ou d’une région les uns contre les autres. »
Du Brésil, où il assistait à une rencontre de la Confédération syndicale des Amériques au moment de parler au Devoir, il fait valoir ce point de vue : « On développe ici des stratégies pour faire face à ces grandes multinationales-là, sans âme, dont les décisions sont prises par des gens qu’on ne connaît pas ; elles se foutent complètement des populations et de l’économie des régions où elles sont implantées. » Il s’enorgueillit du comportement des travailleurs d’Alma dans les circonstances : « C’est un groupe fier et discipliné qui connaît bien ses dossiers. Ces gens-là m’impressionnent et la lutte qu’ils mènent, c’est en faveur de l’économie régionale, c’est pour les PME et les gens qui ont des commerces en région, de même que pour la génération qui va les suivre. »
Il considère qu’il est inacceptable que Rio Tinto Alcan « veuille avoir la possibilité, chaque fois qu’un employé syndiqué et conventionné quitte son emploi, de le remplacer par un sous-traitant qui fait la moitié du salaire de celui qui part. » Ce conflit-là, sur le plancher d’emplois, fait l’objet d’une campagne de sensibilisation à l’échelle internationale auprès d’autres syndicats : « Si on ne peut pas régler, on va faire le tour des installations de l’entreprise en Europe et aussi en Asie pour créer une solidarité ; c’est une excellente stratégie qui peut ramener cette entreprise à la raison. »
Tour de Babel dans la construction
La FTQ et le ministère du Travail sont à couteaux tirés dans le secteur de la construction, au moment où le dossier du placement syndical incite à la confrontation. Le président indique en quoi consiste l’essentiel des revendications de la FTQ à ce point de vue : « On va être la risée d’à peu près tout le monde libre avec la législation qui défend aux représentants des travailleurs de parler aux employeurs quand vient le temps de référer de la main-d’oeuvre ; à ce sujet, on a une plainte qui est en train d’être acheminée au Bureau international du travail. En contrepartie, il est aussi bon de savoir, et je ne m’en cacherai pas, que lorsqu’on réfère des travailleurs, on a de la poigne sur l’employeur pour faire respecter la convention collective ; c’est très clair et on veut maintenir cela. »
Il fait le point sur la situation : « On veut être capable de faire de la référence et savoir qui va être l’employeur vers lequel on va diriger nos membres. On dit à la Commission de la construction du Québec (CCQ) et à la ministre Lise Thériault qu’on n’a pas de problème à la FTQ avec le fait qu’il y ait un contrôle gouvernemental sur la référence par le biais de la CCQ. Là où le bât blesse, c’est qu’on ne veut pas nous donner le nom de l’employeur, et c’est la raison pour laquelle on n’est pas assis autour de la table présentement. »
Il assure avoir reçu un engagement de la ministre dans ce sens-là : « Elle m’a dit de ne pas m’inquiéter, qu’on obtiendrait le nom de l’employeur et qu’on aurait la permission par règlement de lui parler. J’ai réclamé qu’on me mette cela par écrit en affirmant que la centrale allait se présenter si tel était le cas. Par la suite, j’ai reçu une lettre qui ne veut rien dire ; à partir de là, on l’a invitée à faire des règlements. Nous, on va respecter la loi, mais je prédis que cela va être la tour de Babel sur les chantiers. » Il fournit plusieurs exemples de situations litigieuses qui risquent de se présenter, en faisant valoir que l’organisation du travail est réalisée conjointement par les patrons et les syndicats dans la construction.
Une gouvernance universitaire inadéquate
La Fédération a pris position en faveur du gel des droits de scolarité en éducation. Elle a rencontré les leaders étudiants, qu’elle a invités à s’asseoir avec le gouvernement : « On a eu des conversations avec eux et on leur a conseillé de négocier avec la ministre Beauchamp, sans tout lui donner ou tout lui concéder, en essayant de trouver un compromis. »
En corollaire de ce long affrontement, il se montre sévère envers certaines administrations : « Quand je vois l’Université de Montréal faire des annonces sur les bandes au Centre Bell, le peu de cheveux que j’ai sur la tête se dressent ; c’est quoi, cette histoire-là ? Je sais combien ça coûte, une telle publicité. Je m’insurge aussi quand je vois l’Université de Sherbrooke s’installer dans les environs du métro de Longueuil ou quand je vois le désastre de l’îlot Voyageur et les primes de départ qui sont versées aux recteurs à leur départ. Il me semble qu’on aurait pu commencer à frapper et à couper à ces endroits-là, plutôt que de se tourner vers les plus démunis, les étudiants. »
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Collaborateur







