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Centrale des syndicats du Québec - « Il faut arrêter de naviguer à vue »

Réjean Parent dresse le bilan d’une présidence

Réjean Parent prend une petite pause, entre ses nombreux voyages à travers le Québec visant à préparer le congrès de la CSQ, prévu du 26 au 29 juin prochain, afin de jeter un coup d’œil sur le chemin qu’il a traversé.
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir Réjean Parent prend une petite pause, entre ses nombreux voyages à travers le Québec visant à préparer le congrès de la CSQ, prévu du 26 au 29 juin prochain, afin de jeter un coup d’œil sur le chemin qu’il a traversé.
Réjean Parent quittera son poste à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) en juin prochain. Il n’aime pas réaliser des bilans et, jusqu’à maintenant, il a refusé toutes les entrevues lui demandant d’en dresser un sur sa présidence. Il a finalement accepté de se prêter à l’exercice avec Le Devoir.

«Le rétroviseur, j’ai de la misère avec ça. Je regarde dans le pare-brise, confie Réjean Parent, un brin inconfortable avec l’idée de tracer immédiatement un bilan de ses neuf ans à la tête de la CSQ. Je suis un coureur à relais. Je m’apprête à transmettre le témoin et habituellement, dans ce temps-là, on ne baisse pas d’intensité. On court un cran plus fort. Aller dans les estrades pour commenter ma course, c’est compliqué un peu. »


N’empêche, Réjean Parent prend une petite pause, entre ses nombreux voyages à travers le Québec visant à préparer le congrès de la CSQ, prévu du 26 au 29 juin prochain, afin de jeter un coup d’oeil sur le chemin qu’il a traversé. « S’il y a un constat, c’est que j’ai exercé ma présidence dans un bassin qui n’invitait pas beaucoup à la baignade, s’exclame-t-il dans son langage coloré. J’ai neuf ans de présidence de centrale avec le gouvernement Charest. Il s’est peut-être montré un peu modéré dans les dernières années, mais c’était tout de même un environnement politique très hostile au mouvement syndical. On vit depuis trois ans avec le budget Bachand et des orientations de désengagement dans les services publics. »

 

Unité syndicale


Dans ce climat difficile, il considère que « la menace » s’est tout de même « transformée en opportunité ». Ainsi, il se dit fier d’avoir contribué au resserrement de l’unité syndicale. Il s’enorgueillit surtout de la création du Secrétariat intersyndical des services publics (SISP), qui a pour mission de défendre et de faire la promotion de l’accès à des services publics de qualité pour l’ensemble des Québécois. Fondé en 2005 par la CSQ, le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) et le Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), le SISP regroupe plus de 300 000 membres depuis que la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) et l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) se sont jointes au regroupement. « Ça m’apparaît être la création d’un outil très intéressant pour les syndicats dans le secteur public et il faut continuer de le raffermir », juge M. Parent.


Il se dit aussi grandement satisfait du dernier front commun, mis en branle lors des négociations dans le secteur public et parapublic en 2010, qui fut l’un des « plus importants depuis les années 70 ». Selon lui, ce front commun a permis, contrairement à ce qui s’est produit dans plusieurs autres provinces et pays, de « préserver un espace de service public, de continuer à faire progresser les conditions de travail et les conditions d’exercice de nos membres ».


Bien qu’il aurait apprécié que cette unité syndicale soit encore plus forte au moment de quitter ses fonctions, il prévient que l’un des grands défis que devra relever son successeur consistera en la poursuite de cette consolidation. « Je pense que les grandes campagnes de maraudage, il faudrait que ça devienne une chose du passé. La priorité des syndicats, ça ne doit pas être tant de s’arracher des membres entre nous que d’aller syndiquer ceux qui ne sont pas organisés, dans un contexte où l’on sait qu’il y a des attaques majeures, qui viennent du politique ou du patronat, pour essayer de compliquer la syndicalisation. »

 

Plus de 190 000 membres


Réjean Parent admet d’ailleurs éprouver « une certaine fierté » que le mouvement syndical ait réussi « à faire en sorte qu’émerge une loi » permettant aux responsables des services de garde en milieu familial de se syndiquer. La signature de la première entente collective dans ce milieu a donné à la CSQ 13 000 nouveaux affiliés. Lorsque Réjean Parent a pris la tête de la CSQ, l’un de ses objectifs était d’ailleurs d’accroître le membership de la centrale. Pari réussi, affirme-t-il, alors que la centrale dépasse aujourd’hui les 190 000 membres.


Du côté de l’éducation, secteur dans lequel oeuvrent près de 130 000 membres de la CSQ, M. Parent prétend que le « syndicalisme de propositions », dont il se décrit com-me un partisan, a permis d’aller chercher « un règlement qui se qualifie parmi les meilleurs règlements des quarante dernières années. Je ne parle pas de la rémunération, je parle des conditions d’exercice. Et ça, c’est intéressant. »


À son avis, « peu importe le ministère, [la CSQ] jouit d’une crédibilité. On ne nous écoute pas tout le temps, mais on ne peut pas dire que nous n’avons pas de bonnes idées. » Il évoque le projet de loi 56 sur l’intimidation et la violence à l’école, qui reprend certaines suggestions mises de l’avant par la CSQ, même si certaines améliorations doivent être apportées, selon M. Parent.

 

Ministres et ministères


Le président de la CSQ admet avoir fait le constat sur le tard que, lorsque « les ministres changent régulièrement, ce sont les chevaux qui mènent les cavaliers et non les cavaliers qui mènent les chevaux. Je regarde le ministère de l’Éducation en ce moment et je ne suis pas sûr que la ministre soit en selle. » Une situation qu’il trouve « déplorable » : « Il y a des chapelles qui sont installées [au ministère] et qui mettent de l’avant des plans de travail, de fausses solutions qui créent ensuite des problèmes dans le milieu. […] Je pense que parfois les ministres nous écoutent, mais les ministères ne nous entendent pas tout le temps, parce qu’ils sont installés dans leur pilotage automatique. »


Réjean Parent croit que, pour trouver les bons remèdes au système d’éducation, « il faut de plus en plus arrêter de naviguer à vue et s’appuyer sur la recherche, dans un contexte où tout n’est pas généralisable partout ».


Pour la suite des choses, il souhaite qu’une femme lui succède à la tête de la CSQ, car les femmes représentent environ 80 % des membres de la centrale. Ce qui demeure certain, c’est que la personne qui prendra la relève ne manquera pas de travail. « On a traversé des années de vaches maigres et je pense qu’il s’en profile d’autres, lorsqu’on regarde la gestion politique de M. Harper, à Ottawa. Sa gestion conservatrice vient nous rejoindre, même si notre employeur, c’est plutôt le gouvernement du Québec. »


Si Réjean Parent demeure flou quant à ses plans d’avenir, il assure que ce qui l’« anime le plus, c’est de continuer à communiquer. Comment ça pourra se concrétiser, se matérialiser, on verra… Je n’ai jamais couru après rien. Je n’ai pas couru pour devenir président de centrale, pas plus que pour être président de syndicat. J’avais quatre ans de ma vie à donner au syndicat. J’en ai finalement donné 32. »

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