Confédération des syndicats nationaux - Pour une reprise en force du débat citoyen
Les associations étudiantes « pourraient nous conseiller dans le dossier du renouveau syndical ! »
Retraites, Plan Nord et mobilisation contre la hausse des droits de scolarité ; voilà les dossiers chauds de l’heure pour Louis Roy. « La CSN est pour la gratuité scolaire, indique-t-il d’emblée. Nous avons dû expliquer notre position dans les régions du Québec dernièrement, parce que l’idée que chacun doit faire sa juste part est imprégnée chez bien des gens. Mais la juste part n’est jamais remise en question pour les entreprises, les gens qui mettent de l’argent dans les paradis fiscaux. Il y a beaucoup de travail à faire sur cette question. »
Plusieurs croient que les syndicats conseillent les associations étudiantes dans leurs actions. Louis Roy affirme que ce n’est pas le cas.
« Les associations étudiantes nous avaient demandé de ne pas porter le flambeau, mais d’être à leurs côtés pendant la grève. C’est ce que nous faisons, parce que l’enjeu touche les étudiants, mais aussi toute la société. Nous les soutenons plus que nous les conseillons », explique-t-il.
Louis Roy a été impressionné par la « diversité », « la créativité » et « l’intelligence » des actions des associations étudiantes. « Ce sont elles en fait qui pourraient nous conseiller dans le dossier du renouveau syndical ! Je crois que, si les syndicats en avaient fait autant, on aurait peut-être moins de problèmes aujourd’hui avec des gens qui refusent de participer à des grèves ! »
Le président de la CSN découvre toutefois, avec ce long conflit étudiant, un « gros problème démocratique » au Québec.
« Le 22 mars, 200 000 personnes ont manifesté dans les rues de Montréal. Le gouvernement a tassé ça du revers de la main. Les gens ne trouvent plus le chemin pour influencer les politiciens en dehors des périodes électorales. Il y a une réflexion à faire pour renouveler les actions démocratiques citoyennes », croit Louis Roy.
Retraites
Le président de la CSN est aussi très inquiet du financement des retraites des Québécois. « Le gouvernement fédéral donnera accès au Régime de pensions du Canada à 67 ans plutôt qu’à 65 ans. Ça donnera un coup, surtout pour les gens à faibles revenus. Aussi, cela aura un effet d’entraînement sur les régimes privés », affirme Louis Roy.
À ses yeux, cette mesure ne réglera rien. « Le grand problème, dit M. Roy, c’est que 60 % des Québécois sont couverts seulement par la Régie des rentes du Québec et par le Régime de pensions du Canada. C’est encore plus vrai pour les jeunes et encore plus pour les jeunes femmes. Ces gens auront beaucoup de difficulté à mettre de l’argent de côté pour leur retraite, alors que la population est endettée en moyenne à 150 % de son revenu annuel. La retraite à 67 ans ne changera pas grand-chose pour ces gens qui devront vivre environ 20 ans avec un revenu très mince. »
La CSN demande depuis deux ans au gouvernement de mettre en place un comité tripartite avec les patrons et les organisations syndicales. L’objectif serait de réfléchir aux piliers de la retraite, soit les régimes publics, les régimes privés complémentaires et l’épar-gne personnelle.
« Le Conseil du patronat est d’accord pour créer ce comité. On ne peut pas se déresponsabiliser par rapport aux retraites. D’autant plus que, dans un système comme le nôtre, si les gens n’ont pas d’argent pour vivre, c’est le gouvernement qui assu- mera. Aussi, la consommation va diminuer, donc les entreprises ne seront pas gagnantes. Les retraites, c’est un sujet d’intérêt collectif. Il doit faire l’objet d’un débat social », affirme Louis Roy.
Pourtant, le gouvernement du Québec a annoncé, lors de son dernier budget, la mise en place d’un régime volontaire d’épargne-retraite.
« L’employeur ne sera pas obligé de contribuer au régime, donc on le déresponsabilisera, affirme M. Roy. De plus, les gens pourront se retirer du régime, donc c’est une mesure inutile. On n’aura pas d’assurance non plus sur la façon dont sera géré cet argent, puisque ce sera confié aux banques des entreprises. La CSN propose plutôt de créer de plus gros régimes sectoriels. Nous souhaitons aussi que les cotisations soient obligatoires pour les employeurs et pour les employés. »
Plan Nord
La CSN s’inquiète aussi du Plan Nord.
« Le Plan Nord est une idée intéressante, dans le sens qu’il faut planifier ce qu’on fera du bien commun. Par contre, nous avons beaucoup de craintes lorsque nous regardons comment c’est parti », affirme Louis Roy.
Il croit qu’il faut se demander, comme société, quelles ressources on veut exploiter, de quelles façons et pour quels objectifs.
« Je ne sens pas de vision globale en ce moment. Je sens plutôt qu’on est en train de revenir à une exploitation éhontée des ressources naturelles avec des bénéfices à court terme pour les entreprises. Est-ce qu’on s’interroge sur les problèmes que cela causera dans 30 ans ? Si les projets polluent la nappe phréatique et que la planète entière manque d’eau potable, serons-nous plus avancés ? », questionne-t-il.
Pour Louis Roy, les redevances ne régleront pas tout.
« Il ne faut pas perdre le contrôle sur ce qui se fait. Le gouvernement ne sera jamais en mesure d’influencer les projets s’il n’en est pas copropriétaire. Il faut ouvrir la réflexion à l’ensemble de la société pour développer une vision de développement qui tienne compte des humains. »
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