Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

#chroniquefd - Hommage au papier

À force d'avoir le nez collé dessus, il avait fini par oublier son importance. Mais le présent et les gros sabots de la révolution numérique en marche sont venus changer sa perception.

L'écrivain français Érik Orsenna, auteur institutionnel membre «de l'Académie française», comme il aime l'exposer avec ostentation sur la page couverture de ses livres, a décidé dans sa dernière création littéraire, Sur la route du papier (Stock), de rendre un hommage entier et vibrant à cette noble matière sur le dos de laquelle il tente «depuis près de soixante ans [...], pas à pas et gomme aidant, de faire avancer [ses] histoires». Un hommage en forme de tour du monde. Inspirant et dépaysant.

Le papier est fragile. Il est aussi menacé. Et pour ces deux raisons, Orsenna a voulu aujourd'hui faire ce qu'il a toujours oublié de faire: le remercier pour services rendus, avant que...

Son projet ambitieux se répand sur plus de 300 pages qui transportent le lecteur — et son équivalent féminin — en Chine, au Japon, en Turquie, au Congo, au Brésil, en Russie et même, attachez vos tuques, à Montréal, à Trois-Rivières et à La Tuque, justement, où la «soupe de fibres qu'on étale puis qu'on assèche» est ainsi célébrée par l'homme de lettres.

«Je savais le papier nécessaire, écrit-il en conclusion de son livre. J'ignorais l'étendue des services qu'il rend à la connaissance, à la création, à la mémoire, à la confiance, à la santé, au commerce.» Joli.

La balade est bien sûr instructive. Elle permet de plonger dans les origines du papier, mis au monde quelque part au nord de l'empire du Milieu un siècle et demi avant Jésus-Christ, mais aussi de découvrir que les musulmans, en se l'appropriant, ont transformé ce support en «oeuvre du diable» que les chrétiens ne voulaient surtout pas utiliser. «En 1221, un décret de l'empereur Frédéric interdit l'emploi de la substance impie pour tous les actes administratifs», expose Orsenna.

Troisième volume de la collection «Petit précis de la mondialisation» composée jusqu'à maintenant d'Un voyage aux pays du coton et de L'Avenir de l'eau, publiés dans les dernières années, cet hommage au papier remet également les pendules à l'heure quant à sa mort annoncée: le marché de cette matière, portée par le Brésil, l'Indonésie, le Chili et bien sûr l'Amérique du Nord, rappelle le célébrant globe-trotter, ne va pas si mal que ça dans son ensemble, et particulièrement dans les secteurs du papier d'emballage et du papier hygiénique, deux composantes que la troisième, celle du papier pour l'édition, aime généralement ignorer. Sans doute pour mieux se morfondre sur son sort.

Ce voyage sur la route du papier donne l'occasion à l'Immortel — c'est comme ça qu'on nomme les membres de l'Académie française — d'exposer une nouvelle fois les clichés habituels à l'endroit du Québec sur quatre paragraphes qui contiennent leur dose de grands espaces, de draveurs, de Félix Leclerc et de quelques mots posés sur papier qui font terriblement sourire.

Pérégrinations en territoire québécois

On en fait passer une poignée, d'une soupe de fibre asséchée à une autre: «À Boréalis, tout nouveau tout beau musée du papier» de Trois-Rivières, écrit-il, un choc vous attend, «le regard de Valérie Bourgeois, la jolie directrice: il est du même bleu clair que celui des chiens de traîneau huskies». La belle a certainement dû aimer se reconnaître sur le grain du papier.

De ses pérégrinations en territoire québécois, l'homme va ramener également deux découvertes. La première: c'est de La Tuque que provient l'ensemble des bâtonnets de bois tenant les crèmes glacées Häagen-Dazs. Oui, oui! «Savez-vous qu'ils ne sont faits que de bouleau?» La deuxième: le Québec pourrait être un acteur important dans la course à l'espace par l'entremise d'un câble et d'un ascenseur accroché après.

Explications? L'idée a l'air un peu folle, mais elle est sérieusement dans l'air. Le hic, c'est que ce câble devra être très long et le carbone, assez solide pour assurer sa construction, ce qui en fait un projet trop cher pour être viable. Et «c'est là qu'intervient la nanocellulose», expose Orsenna après avoir rencontré un spécialiste du bois à Trois-Rivières. Cette nanocomposante issue de la pâte du bois et dont la production a commencé au début de l'année annonce en effet, en raison de son étonnante résistance, un avenir meilleur tant dans les secteurs de la peinture et des textiles que dans ceux de l'automobile et de l'aérospatiale.

Du coup, elle trouve aussi sa place sur le papier de ce livre, papier «sur lequel les écrivains racontent et s'épanchent» et qui n'est pas près de disparaître puisqu'il semble finalement vouloir «prouver» chaque jour, dans la mutation en cours, «sa capacité propre à raconter des histoires».

Sur Twitter: @FabienDeglise
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel