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    Sources de financement du réseau - Pour ou contre la hausse des tarifs dans le transport en commun?

    «Si l'usager juge que le transport coûte trop cher, l'offre s'adaptera à la demande»

    14 avril 2012 |Claude Lafleur | Actualités en société
    Ceux qui prennent les transports en commun a? l’heure de pointe engendrent un cou?t supple?mentaire.<br />
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Ceux qui prennent les transports en commun a? l’heure de pointe engendrent un cou?t supple?mentaire.
    Selon Normand Parisien, directeur général de Transport 2000, on devrait geler les tarifs du transport en commun, alors que, pour Jean-Philippe Meloche, de l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal, on devrait plutôt les ajuster, puisque «tout le monde y gagnerait».

    «Selon nous, à Transport 2000, on a trop recouru au principe de l'utilisateur-payeur dans le transport en commun, indique M. Parisien, de telle sorte que, maintenant, on en vient à étouffer la demande.»

    Transport 2000 Québec est une association vouée à la défense des usagers du transport en commun et à la promotion de moyens de transport efficaces et durables. L'organisme à but non lucratif rappelle que, depuis 2006, le gouvernement du Québec a entrepris de réinvestir dans le développement des services de transport en commun, ainsi que d'étendre ce concept aux transports collectifs. Il souligne cependant que, au début des années 1990, le gouvernement s'était plutôt retiré du financement de l'exploitation du transport en commun, provoquant de ce fait «un choc tarifaire qui contribuera potentiellement à neutraliser les effets de la nouvelle politique». En conséquence, la première recommandation de Transport 2000, rapporte M. Parisien, est d'instaurer un gel des tarifs pour une période d'au moins trois ans.

    «Nous sommes réfractaires à l'augmentation des tarifs puisque, dans la région de Montréal, ceux-ci ont augmenté plus rapidement que l'inflation, dit-il. De plus, on sait qu'il y a une relation inverse entre la hausse du prix et la demande d'un bien ou d'un service. On observe ainsi qu'en Amérique du Nord, pour toute hausse d'un point de pourcentage, il y a une baisse de 0,4 % de la demande.»

    Selon la commission de transport de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), la contribution relative des différents partenaires au financement du transport collectif dans le Grand Montréal s'élevait en 2010 à 34 % pour les municipalités, 31 % pour les usagers, 22 % pour le gouvernement du Québec, 7 % pour les automobilistes et 6 % pour le gouvernement du Canada.

    Une hausse de tarifs bénéfique

    Pour Jean-Philippe Melo-che, professeur adjoint à l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal, le fait que les usagers ne paient pas leur «juste part» des coûts du transport en commun génère plusieurs effets néfastes, dont le fait qu'on subventionne ainsi des modes de transport inefficaces.

    Le chercheur observe en effet que, parmi la gamme des systèmes de transport en commun, il y en a qui sont plus coûteux ou moins performants que d'autres. «En exigeant le même tarif partout, pour tout le monde, peu importe la longueur du trajet, qu'importe que ce soit à l'heure de pointe ou hors pointe, on finit par subventionner les moins bons circuits, explique M. Meloche. On finit même, sans s'en rendre comp-te, par créer des incitatifs qui font que le système de transport est moins efficace.»

    À l'Institut d'urbanisme, le professeur Meloche s'intéresse aux questions d'économie urbaine, dont les finances publiques entourant les municipalités. «J'ai récemment produit une étude qui fait un survol de tous les modes de financement du transport en commun, de leur impact en matière d'équité et d'efficacité, dit-il. Autrement dit: quels seraient les modes de financement les plus efficaces?»

    Qui paie choisit!

    L'une des principales con-clusions auxquelles arrive le chercheur est que l'usager qui prend le transport en commun devrait être celui qui en assume une bonne part, puisque «c'est lui qui fait les choix, et souvent les meilleurs choix, résume M. Meloche. Si, par exemple, les tarifs étaient plus élevés aux heures de pointe, certains usagers choisiraient de ne pas se transporter à ce moment-là. De même, ils délaisseraient d'eux-mêmes les mauvais circuits, favoriseraient de la sorte les meilleurs modes de transport, etc.»

    En outre, ceux qui prennent le transport en commun à l'heure de pointe engendrent un coût supplémentaire, observe le chercheur. «Une partie de ce coût, c'est le fait de se coincer les uns les autres, explique-t-il. On fait donc subir un coût à tout le monde... Voilà pourquoi on devrait facturer davantage à ceux qui prennent le transport en commun aux heures de pointe.»

    Une autre façon de considérer les coûts additionnels qui s'imposent aux heures de pointe est le fait que l'achalandage requiert davantage d'équipement. «Disons que nous devons transporter cent personnes à l'aide de véhicules à dix places, pose M. Meloche. Si on doit toutes les transporter en même temps, on a besoin de dix véhicules. Par contre, si nous pouvions faire dix voyages différents — tout le monde ne voyageant pas aux mêmes heures — on n'aurait besoin que d'un véhicule. Actuellement, avec une tarification unique, les usagers n'ont aucun intérêt à chercher à se répartir. »

    «Autrement dit, poursuit-il, en exigeant une tarification appropriée, on envoie un signal aux usagers: " Faites des choix en conséquence de ce que ça coûte. " Si l'usager juge que le transport coûte trop cher, l'offre s'adaptera à la demande.»

    Jean-Philippe Meloche observe en outre que, tout compte fait, ce qui importe le plus pour l'usager, ce n'est pas tant le prix du billet que le temps qu'il consacre à se déplacer en transport en commun. «Le plus coûteux, dit-il, c'est le temps d'attente. Ainsi, si on attend dix minutes pour ensuite prendre le métro durant dix autres minutes, ce sont les dix minutes d'attente qui paraissent les plus longues.» Si donc on cherche à accroître l'utilisation du transport en commun, il faut réduire les temps d'accès et d'attente en augmentant le service et la fréquence.

    «Bref, c'est celui qui utilise le transport en commun qui fait les choix, et les meilleurs choix, à part cela!», estime M. Meloche.

    ***

    Collaborateur du Devoir












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