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    Avenir du français - La langue commune du Québec

    2 avril 2012 | André Braën, professeur à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa et spécialiste des droits linguistiques | Actualités en société
    Dévoilement du buste en bronze de Camille Laurin, père de la loi 101, près de l’édifice de l’Office québécois de la langue française, l’été dernier. <br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dévoilement du buste en bronze de Camille Laurin, père de la loi 101, près de l’édifice de l’Office québécois de la langue française, l’été dernier.
    Premier de deux textes

    Au Canada, et même si le français et l'anglais sont les deux langues officielles des autorités fédérales et de celles du Nouveau-Brunswick, la langue commune est l'anglais. L'utilisation du français reste, sauf exceptions, confinée à la sphère privée. Sa survivance soulève l'indifférence et quelquefois l'hostilité.

    Au Québec même, le statut de la langue française et son avenir constituent un thème récurrent de l'actualité. Le français est la langue officielle du Québec depuis 1974. L'adoption de la Charte de la langue française en 1977 a renforcé ce statut. À ce moment, René Lévesque avait déclaré que l'objectif de la loi 101 était de faire du français la langue commune du Québec de la même façon que l'anglais l'est dans les autres provinces. Est-ce le cas?

    Nous prétendons que non et proposons des mesures, qui n'affectent en rien le statut constitutionnel du Québec, pour que le français devienne la langue commune. À l'aube de la prochaine campagne électorale au Québec, nous mettons au défi les partis politiques qui s'affronteront d'afficher leur position sur le français comme langue commune du Québec. Un parti politique peut fort bien axer sa campagne sur les priorités qu'il se fixe sans pour autant rester silencieux sur cet enjeu fondamental pour l'avenir de la société québécoise.

    Le constat

    Le territoire du Québec est marqué par la diversité linguistique. Il y a d'abord les langues des premiers habitants, qui furent longtemps l'objet d'une assimilation. Aujourd'hui, la plupart des langues autochtones du Canada, même au Québec, où pourtant le taux de rétention est plus élevé, sont en péril, sauf peut-être les cas du cri et de l'inuktitut.

    Puis, il y a la langue de la majorité, c'est-à-dire environ 80 % de la population, qui est le français et qui marque fortement l'identité québécoise. Il y a la langue anglaise, implantée depuis la fin du régime français. Quelque 8 % de la population québécoise, répartie inégalement sur le territoire, est de langue maternelle anglaise. Il y a enfin les langues de l'immigration, parlées par ceux qu'on appelle les allophones et qui représentent 12 % de la population. Leur nombre est appelé à croître.

    Ce pluralisme linguistique conduit inévitablement à l'utilisation d'une langue commune. Or deux locuteurs de langue différente au Québec vont généralement choisir l'anglais pour communiquer entre eux. Le Québec est tout au plus une société bilingue et le français y est resté la langue d'une majorité incapable de l'imposer. À Montréal, en particulier, le phénomène est marquant. Aussi, il importe de consolider l'usage du français sur son territoire naturel et de renforcer, si ce n'est son caractère identitaire, au moins son caractère utilitaire. Comment? En en faisant la langue commune.

    Langue de prestige


    L'anglais est la langue de l'Amérique du Nord, où à peine un locuteur sur 55 y parle le français. De recensement en recensement, la population de langue maternelle française est en recul constant au Canada. L'anglais est la langue de la mondialisation et des nouvelles technologies. Il connaît une expansion phénoménale sur le plan planétaire et est devenu la deuxième langue la plus parlée, après le chinois. Même au Québec, sa présence paraît disproportionnée, compte tenu de la taille de la minorité anglophone.

    L'anglais est la langue de prestige et est souvent associé au succès personnel. La population francophone du Québec semble se préoccuper davantage de l'apprentissage de l'anglais comme langue seconde que de l'enseignement du français dans les écoles. C'est au Québec que le taux de bilinguisme est le plus élevé.

    Il reste que ne pas intervenir sur le statut de la langue française en Amérique du Nord, c'est laisser libre cours aux forces du marché linguistique, totalement dominé par la langue anglaise. Bref, le rapport des forces est tel que l'anglais se promeut tout seul et que c'est le français qui, au Québec, requiert des mesures de soutien et de promotion minimales de la part de l'État.

    C'est une responsabilité fondamentale du gouvernement de la seule province majoritairement francophone, qui exige de sa part des efforts financiers constants. Ce n'est pas une honte, c'est simplement le contexte et le bon sens qui l'exigent. Enfin, il faut rappeler que consolider le statut de la langue française au Québec ne signifie pas l'exclusion ou la disparition des droits linguistiques des peuples autochtones et de la minorité anglophone.

    Un sentiment de culpabilité

    La loi 101 reçoit l'appui de la majorité francophone du Québec. Mais c'est la loi probablement la plus détestée au Canada anglais, qui l'associe bien injustement à la répression. On a longtemps ridiculisé la «police de la langue» pendant qu'on se désolait du sort misérable réservé à la minorité anglophone du Québec. L'affirmation nationale des francophones est considérée comme un repli sur soi ou encore comme une réaction à caractère ethnique et un refus à l'ouverture au monde, qui, lui — bien sûr! — parle l'anglais. Ce sont évidemment là des faussetés, mais elles ont produit des effets importants chez les Québécois.

    Ainsi et depuis longtemps, un sentiment de culpabilité est entretenu au sein de la population francophone lorsque celle-ci insiste sur ses particularismes. La minorité anglophone, quant à elle, croit qu'elle est persécutée et qu'elle n'a pas sa place au sein de la société québécoise. Le francophone s'inquiète davantage des récriminations de certains membres de la communauté anglophone que de l'état de la langue française chez lui.

    Au Canada, celui qui réclame le respect de ses droits constitutionnels et le droit de parler en français est souvent perçu comme un «chiâleux», puisque, de toute façon, on sait qu'il est bilingue. Au Québec, celui qui réclame de parler en français est un «séparatisse». Aussi, c'est avec beaucoup de précaution qu'un gouvernement québécois interviendra dans le domaine linguistique.

    Il doit rassurer une majorité tout en n'effrayant pas sa minorité. Il n'osera pas adopter des mesures vigoureuses d'affirmation du français, par crainte des réactions du Canada anglais, et se contentera de demi-mesures. Il brandira (faussement) la clause nonobstant pour justifier le laisser-aller en matière linguistique au Québec. La loi 101 est quotidiennement bafouée et l'Office de la langue française évite les mesures coercitives et insiste toujours sur la persuasion... 35 ans après son adoption.

    Une véritable politique d'intégration est nécessaire

    Sur le plan linguistique, le Québec doit pratiquer, à l'égard de sa minorité anglophone, une politique d'ouverture et d'intégration. Une véritable politique d'intégration doit avoir pour objectif de réaliser l'unité des différents groupes linguistiques qui composent la population du Québec. Par l'adoption de mesures spéciales, elle leur permettra de conserver leur langue et leurs caractéristiques propres, mais aussi elle fera appel à l'utilisation d'une langue commune qui constitue ce facteur d'intégration.

    Au Québec, cette langue doit être le français. Le français langue commune signifie un changement des habitudes pratiquées par les groupes linguistiques et l'État québécois. Sans un fondement juridique, aucune garantie linguistique n'existe. Ce sont la Constitution et la loi qui garantissent des droits linguistiques aux membres de la minorité anglophone du Québec, et l'utilisation du français comme langue commune n'en met aucun en péril.

    Et, pour rassurer la minorité, nous suggérons la création au Québec, sur le modèle du Bureau des affaires francophones de l'Ontario, d'un organisme chargé de recevoir et d'analyser les plaintes de la minorité. Du même coup, nous suggérons aussi que l'État québécois remette aux communautés autochtones tous les instruments requis pour leur permettre de promouvoir les langues ancestrales.

    La politique actuelle du gouvernement du Québec et de ses institutions en est une de bilinguisme, où l'individu se voit offrir le choix par l'État québécois d'être servi en français ou en anglais. Cette politique est absurde, puisqu'elle met sur un pied d'égalité deux langues qui ne le sont pas du tout. Cette politique maintient l'existence de deux solitudes au Québec et aliène la participation de la minorité anglophone à la vie de la société québécoise. Elle favorise indûment l'utilisation de l'anglais, incite l'immigration à s'y joindre, puisque c'est la langue commune du Canada, et dévalorise sur son propre territoire la langue française.

    ***

    André Braën, professeur à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa et spécialiste des droits linguistiques
     
     
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