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    Les dépanneurs en mode survie

    Le nombre de dépanneurs québécois a chuté de presque 7 % entre 2008 et 2009, pendant que les ventes des établissements stagnaient, selon l’Association canadienne et québécoise des dépanneurs en alimentation.<br />
    Photo: Valérian Mazataud - Le Devoir Le nombre de dépanneurs québécois a chuté de presque 7 % entre 2008 et 2009, pendant que les ventes des établissements stagnaient, selon l’Association canadienne et québécoise des dépanneurs en alimentation.




    Pour voir le documentaire Web de l'ONF et consulter notre dossier sur les dépanneurs
    Pas facile de travailler plus pour gagner plus quand on est déjà ouvert sept jours sur sept de 8h à 23h. Confronté au faible prix de la bière et à la contrebande de tabac, le «dep» du coin en prend un coup et s'inquiète pour son avenir.

    Quand on demande à Yan Shz quand il a pris des vacances pour la dernière fois, ça le fait rire. Il n'en a jamais pris depuis qu'il est arrivé au Québec il y a sept ans. Tout juste s'est-il accordé un peu de repos entre la vente de son ancien dépanneur dans Montréal-Nord et son nouveau commerce de la rue Masson.

    Pour Guy Leroux, porte-parole de l'Association canadienne et québécoise des dépanneurs en alimentation (ACDA), la situation du propriétaire du dépanneur Gem est assez représentative de celle de ses 1700 membres au Québec. «Notre modèle d'affaires est sous pression, on étouffe sous les règlements.» Même son de cloche du côté de l'Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec (AMDEQ) et de son directeur des affaires, Raymond Guillet. «On a toujours une crainte pour l'avenir. Avec des marges nettes de 1 à 3 %, ça ne prend pas grand-chose pour basculer.»

    Selon l'ACDA, entre 2008 et 2009, le nombre de dépanneurs québécois a chuté de presque 7 % alors que les ventes stagnaient. Aujourd'hui, ils seraient moins de 5800 à travers la province.

    Prix minimum

    Principale accusée, la bière, pilier historique du dépanneur, dont la marge semble aussi gelée qu'une caisse de 12 depuis l'instauration du prix minimum en 1994. Tous les 1er avril, la Régie des alcools des courses et des jeux, fixe le prix minimum de la bière en fonction de son degré d'alcool. Ainsi, pour l'année à venir, la caisse de 24 Budweiser Light ne pourra pas se négocier en dessous de 22,40 $ (21,77 $ en 2011). C'était le moment d'en profiter, Provigo la bradait à 22,99 $ jusqu'au 28 mars.

    «Le prix minimum est devenu le prix de référence sur le marché», constate Yves Servais, directeur général de l'AMDEQ, qui reproche aux grandes chaînes d'épicerie d'utiliser la bière comme produit d'appel, quitte à ne réaliser aucune marge, et moyennant de généreuses ristournes accordées par les grandes brasseries aux plus gros vendeurs.

    Dépanneurs et brasseurs militent pour un meilleur ajustement du prix minimum de la bière, actuellement calqué sur l'indice des prix à la consommation. «Cette année, le prix a été augmenté de 2,9 %, alors que si on s'était basé sur le panier d'épicerie québécois, la hausse aurait été du double», estime M. Servais. Résultat, il n'est pas rare que la bière se vende 7 $ de moins que son prix coûtant, un tarif impossible à suivre pour un dépanneur indépendant qui ne bénéficie pas de ristournes. «On réalise 1 à 3 % de marge sur la bière au lieu de 10 à 15 %», un détail qui a son importance quand on sait que la vente d'alcool représente souvent le tiers du chiffre d'affaires des dépanneurs.

    Alors, les petits commerçants se tournent vers les microbrasseries et les bières importées. Certains s'en font une spécialité, comme Soukiet Lee, propriétaire du dépanneur Laurier. «Les gens viennent ici de loin pour se procurer nos bières de collection», assure ce débonnaire Vietnamien de 42 ans.

    Contrebande

    Si le prix de la bière a tendance à stagner, c'est loin d'être le cas du tabac. Entre 1994 et 2012, le prix moyen de la cartouche de 200 cigarettes est passé de 46,93 $ à 69,06 $. Du pain béni pour les contrebandiers selon Guy Leroux, qui estime que 30 % du marché est contrôlé par les trafiquants (20 % selon Revenu Québec), dont les produits peuvent être cinq à dix fois moins cher.

    De plus, selon les chiffres de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, le taux de tabagisme au Québec est en diminution constante depuis 2003, et est passé de 26 % à 23,3 %. En 2009, il se vendait au Québec deux milliards de cigarettes de moins qu'en 2003. De quoi déprimer les dépanneurs qui misent un autre bon tiers de leurs chiffres d'affaires sur le tabac.

    Reste la loterie, qui peut représenter jusqu'à 20 % des ventes. Rien à signaler de ce côté-là, mais Loto-Québec vient tout de même de mettre le pied dans la porte avec son nouveau site de paris sportifs en ligne, qui pourrait à terme couper l'herbe sous le pied de ces minicasinos du coin de la rue.

    «Nos membres fonctionnent désormais en mode survie, font plus d'heures et se paient moins cher», déplore Guy Leroux. Pour combler le manque à gagner, les dépanneurs se tournent vers le prêt à manger, les produits bio et locaux, alors que de nouveaux gros vendeurs émergents. Ainsi, en 2009, 60 % des boissons énergétiques au Canada étaient vendues en dépanneur.

    Pour Raymond Guillet cependant, c'est autre chose qui sauvera le légendaire commerce. «Nous avons remplacé le lien social qu'offrait le coiffeur ou le magasin général d'antan. Tôt le matin, on croise les habitués qui ont tissé des liens privilégiés avec leur commerçant.»
     
     
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