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Au temps du maccarthysme et du duplessisme - Hors des syndicats américains, le salut!

«Droit syndical, droit du travail et droits des femmes [vont] de pair»

Congrès de la CSN en 1994. De gauche à droite: Madeleine Parent, Céline Lamontagne, Léopold Beaulieu, Claudette Carbonneau, Gérald Larose, Pierre Paquette, Nicole Cousineau et Roger Valois. <br />
Photo : Alain Chagnon Congrès de la CSN en 1994. De gauche à droite: Madeleine Parent, Céline Lamontagne, Léopold Beaulieu, Claudette Carbonneau, Gérald Larose, Pierre Paquette, Nicole Cousineau et Roger Valois.
Hors normes, Madeleine Parent a commencé sa carrière de syndicaliste à la fin des années 30. Ses actions ont inspiré une génération de femmes syndicalistes.

«Madeleine a été une pionnière. En raison de ce qu'elle a fait, mais aussi du contexte politique extrêmement répressif dans lequel elle a agi. C'était l'époque du maccarthysme aux États-Unis et du duplessisme au Québec», indique Claudette Carbonneau, présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) de 2002 à 2011.

«Madeleine a choisi son camp et ne lui a jamais dérogé. Je crois que ce qui la décrit le mieux, c'est la continuité», affirme Monique Simard, qui a été première vice-présidente de la CSN de 1983 à 1991. Elle a très bien connu Madeleine Parent dès les années 70.

Un syndicalisme très dur

Née à Montréal en 1918, Madeleine Parent s'est mariée, puis elle a divorcé pour se remarier au syndicaliste Kent Rowley. Elle n'a pas eu d'enfant.

«Elle n'aurait pas eu le temps! Elle était totalement dévouée à la cause avec Kent. C'était l'engagement d'une vie, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Cette sensibilité remontait à très tôt dans sa vie, lorsqu'elle voyait les domestiques traitées injustement par les religieuses au couvent. C'était comme une mission pour elle», affirme Monique Simard, qui a participé à l'écriture de sa biographie, Madeleine Parent, militante.

Il fallait effectivement se sentir investi d'une mission, dans les années 1940 et 1950, pour être syndicaliste. «C'était honni à l'époque. Ce n'était pas la majorité des gens qui étaient syndiqués. Il n'y avait pas de cadre de travail. Il n'y avait pas de prélèvements automatiques sur les salaires pour les cotisations, donc les syndicats n'avaient pas d'argent. Il y avait de l'intimidation patronale. Il n'y avait pas d'aide sociale, pas de filet social du tout. Les gens risquaient tout pour se syndiquer; ils pouvaient se faire congédier. Les organisateurs syndicaux avaient tout ce poids sur leurs épaules. C'était extrêmement lourd», explique Mme Simard.

Le fait qu'elle était une femme syndicaliste était aussi atypique, à cette époque où le syndicalisme était particulièrement dur. Très engagée dans les mouvements de grèves dans le domaine du textile durant les années 40 et 50, Madeleine Parent a d'ailleurs été jetée plusieurs fois en prison.

«Sorcière»?

«Maurice Duplessis en faisait une obsession. Il l'a poursuivie pour sédition! Il faut le faire!», s'exclame Mme Simard, aujourd'hui directrice générale du programme français de l'Office nationale du film (ONF).

«On l'a traînée devant les tribunaux, on l'a accusée de tout. Son choix de vie entraînait un engagement et un prix personnel à payer extrêmement importants. Le gouvernement Duplessis et une certaine frange de l'Église se servaient de tout ce qu'elle avait de hors normes, comme le fait qu'elle était divorcée et qu'elle n'avait pas d'enfant, pour discréditer le genre de travail qu'elle faisait. On en a fait notre sorcière de Salem», affirme Mme Carbonneau.

Autant d'années d'âpres luttes avaient inévitablement laissé des marques. «Madeleine Parent est restée paranoïaque toute sa vie, mais c'était fondé, affirme Mme Simard. On faisait circuler toutes sortes de rumeurs sur elle. On disait qu'elle était débarquée d'un sous-marin russe! On l'avait espionnée, emprisonnée... Elle est toujours restée méfiante.»

Le volet ontarien

Si on parlait de sous-marin russe, c'est parce qu'à l'époque le syndicalisme était souvent lié au communisme.

«Lorsqu'elle était à McGill, Madeleine s'est engagée dans des groupes syndicalistes, socialistes et communistes, raconte Mme Simard. Le Parti communiste était très fort à l'époque au Canada. Après la Deuxième Guerre mondiale, avec la chasse aux sorcières, les syndicats américains et canadiens, qui étaient en majorité des filiales de syndicats américains, ont voulu se débarrasser des communistes.»

Madeleine Parent et ses amis faisaient partie de ceux qu'on voulait chasser. Son mari s'est donc installé en Ontario et elle est allée le rejoindre. Ils y ont fondé, en 1969, la Confédération des syndicats canadiens.

«Pour eux, ça n'avait pas de bon sens d'être dominé par les syndicats américains. Ils n'auraient pas joint les rangs de la CSN non plus, qui s'est déconfessionnalisée en 1960 seulement. Il n'était pas question pour Madeleine et Kent d'aller chez les curés! Ils sont donc repartis à zéro avec cette organisation de gens assez radicaux, proche du Parti communiste. lls ont syndiqué notamment des travailleurs des mines du Nord de l'Ontario et des gens des raffineries de l'Est de Montréal», indique Mme Simard.

«En se battant contre le syndicalisme d'obédience américaine, Madeleine et Kent ont vraiment travaillé à développer un syndicalisme canadien», affirme Mme Carbonneau.

Pour une société juste

Devenue veuve en 1978, Madeleine Parent est revenue vivre à Montréal en 1983, lorsqu'elle a pris sa retraite. C'est alors qu'elle s'est beaucoup engagée dans le mouvement des femmes.

C'est à ce moment-là que Claudette Carbonneau a connu Mme Parent. Les deux femmes siégeaient à l'exécutif de Solidarité populaire Québec, la première comme représentante de la CSN, la deuxième comme représentante du mouvement des femmes.

«Madeleine a toujours eu le souci de sortir les femmes de la marginalité. Dans le milieu syndical, elle a beaucoup travaillé auprès des femmes ouvrières, qui étaient beaucoup moins organisées que les hommes et beaucoup plus exploitées. Elle faisait un combat pour améliorer leurs conditions de travail, mais c'était aussi un combat pour l'autonomie et la dignité. Lorsqu'elle s'est engagée dans le mouvement des femmes, c'était pour que toutes les femmes des différentes couches de la société, qu'elles soient pauvres, autochtones, immigrantes ou handicapées, y trouvent leur place. C'était un trait fondateur de Madeleine», affirme Mme Carbonneau.

Monique Simard est du même avis. «Pour elle, le droit syndical, le droit du travail et les droits des femmes allaient de pair. Elle avait une pensée assez complète et intégrée de ce que devait être une société juste, où on n'abuse pas des plus faibles.»

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Collaboratrice du Devoir
 
 
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