Un legs - Son engagement force l'admiration
«Elle fut aux premières loges des grands changements sociaux du Québec»
Syndicaliste et féministe, Madeleine Parent a prêté sa voix de militante à de nombreuses causes tout au long de sa vie. L'héritage qu'elle laisse à la société québécoise et canadienne est multiple et considérable. Survol en compagnie d'Andrée Lévesque, qui a dirigé sa biographie, dont le titre, Madeleine Parent, militante, résume bien la carrière de cette femme hors du commun.
Andrée Lévesque a connu Madeleine Parent bien avant de l'avoir rencontrée. «C'était au début des années cinquante et je devais avoir environ 12 ans. À l'école, la religieuse qui était mon enseignante posa un geste que je considérais comme injuste et que j'ai aussitôt dénoncé haut et fort. La religieuse m'a rétorqué: "Toi, tu es une future Madeleine Parent". Comme je ne connaissais pas Madeleine Parent, j'ai demandé à mon père au souper de me dire qui elle était. Il m'a répondu: "Madeleine Parent, c'est juste une communiste". J'ai compris par la suite que, à cette époque, traiter une jeune fille qui avait du caractère, comme moi, de Madeleine Parent était la pire insulte qu'on pouvait faire.»
C'est parce que, dans les années 40 et au début des années 50, Madeleine Parent avait beaucoup dérangé et bousculé l'ordre établi. D'abord, son parcours scolaire fut singulier, puisqu'elle obtint son baccalauréat à l'Université McGill, où elle a découvert le militantisme étudiant. «Elle y fait la rencontre de Léa Roback, qui devient son mentor et l'introduit dans le monde syndical. Et, au lieu de choisir une profession plus traditionnelle, Madeleine Parent devient conseiller syndical, un métier alors réservé aux hommes.»
C'est à titre de syndicaliste que Madeleine Parent se retrouve au coeur des grèves qui secouent alors l'industrie du textile. «Ces combats syndicaux sont les premiers pas de ce qui deviendra plus tard la Révolution tranquille, et l'on peut dire que Madeleine Parent fut aux premières loges des grands changements sociaux du Québec.»
Le militantisme syndical de Madeleine Parent agace et irrite les autorités, au premier chef le premier ministre de l'époque, Maurice Duplessis, qui ira jusqu'à lui causer des démêlés juridiques, ce qui n'ébranle en rien ses convictions militantes. «C'est une femme forte qui sait tenir tête aux grands de ce monde. Elle fait aussi la preuve qu'une femme peut faire bouger les choses. En ce sens, Madeleine Parent a été un modèle pour beaucoup de femmes.»
Réformer le syndicalisme canadien
C'est à cette époque aussi que Madeleine Parent rencontre celui qui deviendra son compagnon de vie, le syndicaliste Kent Rowley. Mais les constants affrontements du couple avec les autorités dérangent les patrons des grands syndicats américains auxquels sont affiliés les syndicats où militent Kent Rowley et Madeleine Parent. Au début des années 50, le couple sera expulsé de ses fonctions syndicales au Québec, ce qui le contraint à s'exiler en Ontario.
Mais le couple a déjà dans sa mire une nouvelle cause. Selon eux, les syndicats canadiens sont trop inféodés aux grands syndicats américains. «À cette époque, environ 80 % des syndicats canadiens étaient affiliés à de grands syndicats américains et seulement 20 % des syndicats canadiens étaient indépendants. Madeleine Parent et Kent Rowley croyaient qu'il fallait recanadianiser le syndicalisme canadien.»
Pour y arriver, le couple fonde, à la fin des années 1960, le Conseil des syndicats canadiens. «Leurs efforts ont tellement porté fruit qu'aujourd'hui c'est l'inverse que nous connaissons. Seulement 20 % des syndicats canadiens sont affiliés à des syndicats américains. D'ailleurs, Madeleine Parent s'est toujours méfiée de l'influence américaine au Québec et au Canada.»
Une retraite active
En 1978, Kent Rowley décède subitement et Madeleine Parent choisit de revenir s'installer au Québec. Elle prend aussi sa retraite du syndicalisme, mais elle n'abandonne pas pour autant son action de militante. Ce seront donc de nouvelles causes qu'elle défendra et appuiera, dont notamment le féminisme. «Elle fut de la fondation du Conseil consultatif canadien de la situation de la femme et y a longtemps siégé comme déléguée du Québec.»
Au fil des ans, elle milita aussi dans le mouvement souverainiste tout comme dans le mouvement pacifiste. Elle prêta aussi sa voix à des causes moins connues. «Elle fut l'une des premières à s'intéresser au sort des femmes immigrantes. Elle se fit l'avocate de la cause des femmes autochtones à une époque où leurs conditions étaient passées sous silence. Au fond, son choix a été souvent de militer pour les causes des minorités des minorités.»
Madeleine Parent était aussi consciente de sa notoriété et savait en user à bon escient. «Elle aimait bien se servir de sa renommée et de sa respectabilité pour faire avancer des causes. Elle savait que son nom apportait une légitimité à une cause. Elle savait aussi qu'une lettre signée par elle ou un coup de téléphone qu'elle donnait obligeait son interlocuteur à lui répondre. Sa notoriété était telle qu'on ne pouvait tout simplement pas faire fi de Madeleine Parent.»
Mais, peu importe les luttes que Madeleine Parent a menées et les victoires qu'elle a su arracher, elle est demeurée modeste. «Peu importe les florilèges et les félicitations, Madeleine Parent disait toujours: "Ce que j'ai fait, je ne l'ai pas fait seule, je l'ai fait avec l'aide des autres".» Ce qui témoigne de la solidarité de cette exceptionnelle militante.
«Madeleine Parent impressionne par l'étendue et l'éventail de son militantisme, mais c'est la profondeur de son engagement, qui n'a jamais défailli, qui force le respect et l'admiration.»
***
Collaborateur du Devoir
Andrée Lévesque a connu Madeleine Parent bien avant de l'avoir rencontrée. «C'était au début des années cinquante et je devais avoir environ 12 ans. À l'école, la religieuse qui était mon enseignante posa un geste que je considérais comme injuste et que j'ai aussitôt dénoncé haut et fort. La religieuse m'a rétorqué: "Toi, tu es une future Madeleine Parent". Comme je ne connaissais pas Madeleine Parent, j'ai demandé à mon père au souper de me dire qui elle était. Il m'a répondu: "Madeleine Parent, c'est juste une communiste". J'ai compris par la suite que, à cette époque, traiter une jeune fille qui avait du caractère, comme moi, de Madeleine Parent était la pire insulte qu'on pouvait faire.»
C'est parce que, dans les années 40 et au début des années 50, Madeleine Parent avait beaucoup dérangé et bousculé l'ordre établi. D'abord, son parcours scolaire fut singulier, puisqu'elle obtint son baccalauréat à l'Université McGill, où elle a découvert le militantisme étudiant. «Elle y fait la rencontre de Léa Roback, qui devient son mentor et l'introduit dans le monde syndical. Et, au lieu de choisir une profession plus traditionnelle, Madeleine Parent devient conseiller syndical, un métier alors réservé aux hommes.»
C'est à titre de syndicaliste que Madeleine Parent se retrouve au coeur des grèves qui secouent alors l'industrie du textile. «Ces combats syndicaux sont les premiers pas de ce qui deviendra plus tard la Révolution tranquille, et l'on peut dire que Madeleine Parent fut aux premières loges des grands changements sociaux du Québec.»
Le militantisme syndical de Madeleine Parent agace et irrite les autorités, au premier chef le premier ministre de l'époque, Maurice Duplessis, qui ira jusqu'à lui causer des démêlés juridiques, ce qui n'ébranle en rien ses convictions militantes. «C'est une femme forte qui sait tenir tête aux grands de ce monde. Elle fait aussi la preuve qu'une femme peut faire bouger les choses. En ce sens, Madeleine Parent a été un modèle pour beaucoup de femmes.»
Réformer le syndicalisme canadien
C'est à cette époque aussi que Madeleine Parent rencontre celui qui deviendra son compagnon de vie, le syndicaliste Kent Rowley. Mais les constants affrontements du couple avec les autorités dérangent les patrons des grands syndicats américains auxquels sont affiliés les syndicats où militent Kent Rowley et Madeleine Parent. Au début des années 50, le couple sera expulsé de ses fonctions syndicales au Québec, ce qui le contraint à s'exiler en Ontario.
Mais le couple a déjà dans sa mire une nouvelle cause. Selon eux, les syndicats canadiens sont trop inféodés aux grands syndicats américains. «À cette époque, environ 80 % des syndicats canadiens étaient affiliés à de grands syndicats américains et seulement 20 % des syndicats canadiens étaient indépendants. Madeleine Parent et Kent Rowley croyaient qu'il fallait recanadianiser le syndicalisme canadien.»
Pour y arriver, le couple fonde, à la fin des années 1960, le Conseil des syndicats canadiens. «Leurs efforts ont tellement porté fruit qu'aujourd'hui c'est l'inverse que nous connaissons. Seulement 20 % des syndicats canadiens sont affiliés à des syndicats américains. D'ailleurs, Madeleine Parent s'est toujours méfiée de l'influence américaine au Québec et au Canada.»
Une retraite active
En 1978, Kent Rowley décède subitement et Madeleine Parent choisit de revenir s'installer au Québec. Elle prend aussi sa retraite du syndicalisme, mais elle n'abandonne pas pour autant son action de militante. Ce seront donc de nouvelles causes qu'elle défendra et appuiera, dont notamment le féminisme. «Elle fut de la fondation du Conseil consultatif canadien de la situation de la femme et y a longtemps siégé comme déléguée du Québec.»
Au fil des ans, elle milita aussi dans le mouvement souverainiste tout comme dans le mouvement pacifiste. Elle prêta aussi sa voix à des causes moins connues. «Elle fut l'une des premières à s'intéresser au sort des femmes immigrantes. Elle se fit l'avocate de la cause des femmes autochtones à une époque où leurs conditions étaient passées sous silence. Au fond, son choix a été souvent de militer pour les causes des minorités des minorités.»
Madeleine Parent était aussi consciente de sa notoriété et savait en user à bon escient. «Elle aimait bien se servir de sa renommée et de sa respectabilité pour faire avancer des causes. Elle savait que son nom apportait une légitimité à une cause. Elle savait aussi qu'une lettre signée par elle ou un coup de téléphone qu'elle donnait obligeait son interlocuteur à lui répondre. Sa notoriété était telle qu'on ne pouvait tout simplement pas faire fi de Madeleine Parent.»
Mais, peu importe les luttes que Madeleine Parent a menées et les victoires qu'elle a su arracher, elle est demeurée modeste. «Peu importe les florilèges et les félicitations, Madeleine Parent disait toujours: "Ce que j'ai fait, je ne l'ai pas fait seule, je l'ai fait avec l'aide des autres".» Ce qui témoigne de la solidarité de cette exceptionnelle militante.
«Madeleine Parent impressionne par l'étendue et l'éventail de son militantisme, mais c'est la profondeur de son engagement, qui n'a jamais défailli, qui force le respect et l'admiration.»
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Collaborateur du Devoir







