Migwetch - merci, Madeleine
Un appui donné aux femmes autochtones et immigrantes dans leurs luttes pour l'égalité
Alliée, mentor, inspiration, compagne de toutes les manifestations, disent d'elle les femmes autochtones et immigrantes qui ont côtoyé Madeleine Parent. Mais surtout une amie, au-delà des différences et des générations.
«Chaque année, Madeleine participait aux manifestations, aux assemblées générales, jusqu'aux derniers moments où elle pouvait se déplacer», raconte au Devoir Michèle Audette, actuelle présidente de Femmes autochtones du Québec.
C'est après sa «retraite», au début des années quatre-vingt, que Madeleine Parent s'engage plus étroitement auprès des femmes des Premières Nations et immigrantes.
Les femmes autochtones luttaient alors pour que soit abrogée la Loi sur les Indiens. Discriminatoire, la loi retirait leur statut à celles qui épousaient un non-Indien, alors que les hommes dans la même situation conservaient le leur. Après avoir gagné leur cause, elles durent encore faire des pieds et des mains pour que leurs enfants soient réinscrits.
Grande alliée au fil de ces combats, «Madeleine est devenue une amie», raconte Michèle Rouleau, présidente de l'association Femmes autochtones du Québec de 1987 à 1992. «Il y a peu de femmes non autochtones qui ont fait preuve d'autant de solidarité à l'égard de la cause des femmes indiennes. Elle ne se [contentait] pas de nous donner son appui sur le bout des lèvres. Son soutien [était] réel, elle a travaillé à nos côtés», ajoute-t-elle dans le livre Madeleine Parent, militante.
«Elle était toujours là. Elle prenait l'autobus avec nous pour aller manifester», se souvient Madeleine Montour, une militante de Kanesatake. «Elle nous a ouvert bien des portes», ajoute-t-elle. En effet, grâce à toute une vie de militantisme, Madeleine Parent savait à quelles portes cogner pour aider ses amies. Elle sèmera entre autres les graines de la collaboration entre la Fédération des femmes du Québec et l'association Femmes autochtones du Québec.
«Si fragile»
Michèle Audette a 18 ans la première fois que son chemin croise celui de Madeleine, alors de plusieurs décennies son aînée, au milieu des années 90. «Elle m'a inspirée à faire le saut en politique, dit-elle. Elle voyait en moi une énergie pour poursuivre la lutte de nos mères et de nos grands-mères.» De fil en aiguille, une amitié naît. «J'allais prendre le thé avec elle et nous nous promenions dans son quartier. Elle me parlait des luttes du passé, de Mary Two-Axe Early, de la guerre, des femmes qui ont remplacé les hommes dans les usines. Je lui disais "nukum", ma grand-maman québécoise.»
Elle garde comme souvenir une photographie de Madeleine et elle à la Marche mondiale des femmes, en l'an 2000. «Elle semblait si fragile. Je me disais: "c'est trop, les manifestations". Mais quand elle se levait, elle était si impressionnante!»
La Loi sur les Indiens qui excluait les femmes mariées à des non-Indiens fait encore mal aujourd'hui, entre autres aux enfants issus de ces unions. «Comme métis, on se sent rejeté par sa propre communauté. À Montréal, j'étais exotique aussi», dit Michèle Audette. C'est finalement en s'engageant, encouragée par Madeleine, que la jeune femme trouve sa place.
«La situation s'est améliorée, mais il y a encore du travail à faire», ajoute Madeleine Montour, qui a elle-même épousé un non-Indien. La discrimination perdure. J'ai dû me battre pour que ma fille accède aux bourses d'études supérieures [auxquelles les Indiens inscrits ont droit].»
Inclure et appuyer les femmes immigrantes
Madeleine Parent a également appuyé étroitement le Centre communautaire des femmes sud-asiatiques. «Je considère Madeleine comme mon amie, mon mentor et mon inspiration», écrit sa fondatrice, Shree Mulay, dans le livre Madeleine Parent, militante.
Madeleine Parent souhaitait que les groupes de femmes de toutes origines se rapprochent et travaillent ensemble. «Nous devons les accueillir dans nos rangs», plaidait-elle en 1989, lors d'une longue entrevue publiée dans le périodique Studies in Political Economy. «Nous devons apprendre des injustices qu'elles vivent.» En débarquant au Canada, souvent l'homme trouve un travail, les enfants vont à l'école. Ils apprennent le français et l'anglais, pendant que la femme reçoit peu de soutien, travaille à la maison ou occupe un emploi très précaire, déplorait la grande syndicaliste. Elle soulignait que certaines sont si isolées qu'elles peuvent à peine se rendre au centre-ville seules, faute de parler suffisamment le français ou l'anglais. Elle croyait fermement que «c'est à nous d'aller vers elles, de les écouter et de découvrir quels sont leurs besoins, comment nous pouvons les appuyer».
«Nous devons les encourager à représenter leurs communautés dans nos organisations, estimait cette femme d'action. Ce n'est pas facile. Les femmes habituées à exercer le leadership dans les mouvements féministes doivent apprendre qu'elles doivent le partager avec des femmes qui ont des besoins encore plus grands. Cela renforcera le mouvement.»
Des femmes et des amies de tous les horizons qui lui disent: «Merci, Madeleine.»
«Chaque année, Madeleine participait aux manifestations, aux assemblées générales, jusqu'aux derniers moments où elle pouvait se déplacer», raconte au Devoir Michèle Audette, actuelle présidente de Femmes autochtones du Québec.
C'est après sa «retraite», au début des années quatre-vingt, que Madeleine Parent s'engage plus étroitement auprès des femmes des Premières Nations et immigrantes.
Les femmes autochtones luttaient alors pour que soit abrogée la Loi sur les Indiens. Discriminatoire, la loi retirait leur statut à celles qui épousaient un non-Indien, alors que les hommes dans la même situation conservaient le leur. Après avoir gagné leur cause, elles durent encore faire des pieds et des mains pour que leurs enfants soient réinscrits.
Grande alliée au fil de ces combats, «Madeleine est devenue une amie», raconte Michèle Rouleau, présidente de l'association Femmes autochtones du Québec de 1987 à 1992. «Il y a peu de femmes non autochtones qui ont fait preuve d'autant de solidarité à l'égard de la cause des femmes indiennes. Elle ne se [contentait] pas de nous donner son appui sur le bout des lèvres. Son soutien [était] réel, elle a travaillé à nos côtés», ajoute-t-elle dans le livre Madeleine Parent, militante.
«Elle était toujours là. Elle prenait l'autobus avec nous pour aller manifester», se souvient Madeleine Montour, une militante de Kanesatake. «Elle nous a ouvert bien des portes», ajoute-t-elle. En effet, grâce à toute une vie de militantisme, Madeleine Parent savait à quelles portes cogner pour aider ses amies. Elle sèmera entre autres les graines de la collaboration entre la Fédération des femmes du Québec et l'association Femmes autochtones du Québec.
«Si fragile»
Michèle Audette a 18 ans la première fois que son chemin croise celui de Madeleine, alors de plusieurs décennies son aînée, au milieu des années 90. «Elle m'a inspirée à faire le saut en politique, dit-elle. Elle voyait en moi une énergie pour poursuivre la lutte de nos mères et de nos grands-mères.» De fil en aiguille, une amitié naît. «J'allais prendre le thé avec elle et nous nous promenions dans son quartier. Elle me parlait des luttes du passé, de Mary Two-Axe Early, de la guerre, des femmes qui ont remplacé les hommes dans les usines. Je lui disais "nukum", ma grand-maman québécoise.»
Elle garde comme souvenir une photographie de Madeleine et elle à la Marche mondiale des femmes, en l'an 2000. «Elle semblait si fragile. Je me disais: "c'est trop, les manifestations". Mais quand elle se levait, elle était si impressionnante!»
La Loi sur les Indiens qui excluait les femmes mariées à des non-Indiens fait encore mal aujourd'hui, entre autres aux enfants issus de ces unions. «Comme métis, on se sent rejeté par sa propre communauté. À Montréal, j'étais exotique aussi», dit Michèle Audette. C'est finalement en s'engageant, encouragée par Madeleine, que la jeune femme trouve sa place.
«La situation s'est améliorée, mais il y a encore du travail à faire», ajoute Madeleine Montour, qui a elle-même épousé un non-Indien. La discrimination perdure. J'ai dû me battre pour que ma fille accède aux bourses d'études supérieures [auxquelles les Indiens inscrits ont droit].»
Inclure et appuyer les femmes immigrantes
Madeleine Parent a également appuyé étroitement le Centre communautaire des femmes sud-asiatiques. «Je considère Madeleine comme mon amie, mon mentor et mon inspiration», écrit sa fondatrice, Shree Mulay, dans le livre Madeleine Parent, militante.
Madeleine Parent souhaitait que les groupes de femmes de toutes origines se rapprochent et travaillent ensemble. «Nous devons les accueillir dans nos rangs», plaidait-elle en 1989, lors d'une longue entrevue publiée dans le périodique Studies in Political Economy. «Nous devons apprendre des injustices qu'elles vivent.» En débarquant au Canada, souvent l'homme trouve un travail, les enfants vont à l'école. Ils apprennent le français et l'anglais, pendant que la femme reçoit peu de soutien, travaille à la maison ou occupe un emploi très précaire, déplorait la grande syndicaliste. Elle soulignait que certaines sont si isolées qu'elles peuvent à peine se rendre au centre-ville seules, faute de parler suffisamment le français ou l'anglais. Elle croyait fermement que «c'est à nous d'aller vers elles, de les écouter et de découvrir quels sont leurs besoins, comment nous pouvons les appuyer».
«Nous devons les encourager à représenter leurs communautés dans nos organisations, estimait cette femme d'action. Ce n'est pas facile. Les femmes habituées à exercer le leadership dans les mouvements féministes doivent apprendre qu'elles doivent le partager avec des femmes qui ont des besoins encore plus grands. Cela renforcera le mouvement.»
Des femmes et des amies de tous les horizons qui lui disent: «Merci, Madeleine.»







