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Pour la cause des femmes - Elle a été de tous les combats

«Une travailleuse acharnée, curieuse, toujours en train de lire et d'apprendre»

Lynn McDonald est professeure émérite au Département de sociologie et d’anthropologie de l’Université de Guelph et a été présidente du Comité canadien d’action sur le statut de la femme de 1979 à 1981.<br />
Photo : Université de Guelph Lynn McDonald est professeure émérite au Département de sociologie et d’anthropologie de l’Université de Guelph et a été présidente du Comité canadien d’action sur le statut de la femme de 1979 à 1981.
Figure quasi mythique du mouvement syndical au Québec, Madeleine Parent s'est lancée dans la cause des femmes avec la même passion qui l'avait amenée, jeune diplômée de McGill issue de la classe moyenne, à se lancer dans l'organisation syndicale. Après sept décennies de lutte pour la justice sociale, elle a non seulement changé le cours de l'histoire syndicale au Québec, mais elle a aussi joué un rôle capital dans l'orientation du mouvement des femmes au Canada.

Née à Montréal en 1918, Madeleine Parent a fait ses études à une époque où les femmes étaient absentes du corps professoral et reléguées aux postes d'assistanat, mais elle a vu évoluer la condition des femmes: du droit de vote acquis en 1940 au droit à l'avortement, en passant par la capacité juridique de la femme mariée.

Elle a été de tous les combats. Équité salariale, droit à l'avortement, congé de maternité, services de garde, pensions, défense des droits des femmes immigrantes et autochtones: sa lutte a traversé le siècle et a accompagné la cause féministe dans toute son évolution. «Elle avait une perspective globale, locale, mondiale, et toujours remplie de sagesse», avance Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ). Et c'est justement cette faculté de voir l'universel dans l'injustice humaine qui l'a toujours menée à l'avant-garde des revendications.

Elle s'engage

Son engagement prend forme pendant la Seconde Guerre mondiale au moment où, avec l'essor du mouvement ouvrier, le nombre des femmes sur le marché du travail quintuple. Alors qu'elle était organisatrice syndicale, Madeleine Parent a été sensibilisée aux problèmes des travailleuses, souvent victimes d'un double type d'injustice: parce qu'elles étaient ouvrières et parce qu'elles étaient femmes. Depuis, elle s'est battue sans relâche pour l'amélioration des conditions de travail des ouvrières et fut l'apôtre du droit des femmes à la Confédération des syndicats canadiens (CSC), qu'elle avait fondée avec Kent Rowley, veillant à apporter À tous les débats le point de vue des travailleuses.

«Elle comprenait les exigences des femmes», soutient France Dutilly, coordonnatrice du collectif régional Madeleine-Parent de la Montérégie, de 1998 à 2011. «Pour elle, les femmes devaient trouver leur place dans la société et devaient s'instruire.»

Elle est une pionnière

Après sa retraite de la CSC, c'est notamment en participant au Comité canadien d'action sur le statut de la femme (CCASF) qu'elle a influencé le mouvement des femmes au Canada. Si elle a toujours répondu à l'appel, c'est avant tout en coulisses qu'elle a exercé son influence, rappelle Lynn McDonald, professeure de sociologie à l'Université de Guelph et ancienne présidente du CCASF: «Sans jamais avoir dirigé le CCASF, elle a probablement fait plus que toute autre pour déterminer les orientations des politiques de l'organisation.»

Son action a porté autant sur des questions législatives que sur des programmes d'aide gouvernementaux, ou encore sur des engagements ponctuels contre des situations de discrimination, comme la mobilisation contre l'expulsion d'une réfugiée ou la défense d'une mère nigériane condamnée à la lapidation. «Elle a beaucoup travaillé sur les questions économiques, précise Lynn McDonald. Elle était réellement une pionnière sur la question de l'équité salariale», qui fut, dans les années 70, l'un de ses plus grands combats. «La notion de salaire égal pour un travail de valeur égale était inscrite dans une résolution de l'ONU, peu appliquée et peu connue, qu'elle s'était attachée à faire passer dans la législation. Elle était toujours très informée et très respectée.»

Et si ses efforts se sont massivement tournés vers les femmes immigrantes et autochtones, c'est aussi dans le souci de s'ouvrir aux plus faibles, aux doublement discriminées. Elle a par exemple défendu l'accès des femmes immigrantes à une aide financière pour suivre des cours de langue et pour ne pas être confinées à des emplois de second ordre.

Elle rassemble


Madeleine Parent est devenue membre de la FFQ en 1983. L'une de ses plus grandes forces, selon France Dutilly, fut sa faculté de rassembler et de créer des ponts entre les différentes communautés. En facilitant les rencontres du FFQ avec les minorités visibles et en poussant à y inclure les revendications des femmes immigrantes, c'est bien une vision du féminisme qu'elle a défendue.

«Elle a contribué au rapprochement de personnes qui avaient des causes communes, elle a aidé les femmes à travailler entre elles», souligne France Dutilly. Pour la défense des droits des femmes autochtones, elle avait apporté, aux côtés du CCASF, son soutien à Mary Pitawanakwat, discriminée dans la fonction publique, et à Mary Two-Axe Early, représentante du groupe Droits égaux pour femmes indiennes, opposé à la Loi sur les Indiens, qui privait les femmes de leur statut d'Indienne dès lors qu'elles épousaient un non-Indien. «Elle nous a beaucoup aidées pour la création d'un protocole de solidarité entre la FFQ et Femmes autochtones du Québec, poursuit France Dutilly. Elle comprenait très bien les enjeux, nous a conseillées et nous a enseigné à nous rapprocher de leurs réalités, dans le respect et l'humilité.»

Elle est un exemple

Dans son combat, elle fut une pionnière. Elle est aujourd'hui un exemple. «Le type de lutte mené aujourd'hui par la FFQ est inspiré de la façon dont Madeleine a contribué au mouvement. L'idée selon laquelle les femmes ne sont pas toutes pareilles mais qu'elles peuvent toutes vivre dans la dignité, par exemple, est une vision de Madeleine Parent», souligne Alexa Conradi. Pour celles qui ont combattu avec elle, Madeleine Parent a donné au mouvement féministe l'expérience de ses luttes menées aux côtés des ouvriers et des ouvrières. Elle est, selon Alexa Conradi, «une figure de proue et de sagesse, animée d'un sens de la justice. Elle est une leçon d'histoire.»

Par ses qualités d'éloquence et d'organisation, l'héritage laissé par Madeleine Parent recouvre aussi bien les gains sociaux pour lesquels elle s'est battue que l'exemple du combat. Au-delà des progrès acquis, elle a assuré la relève et mené, auprès des nouvelles générations de militantes, un travail didactique d'enseignement du contexte politique, des tactiques de lobbying et des stratégies d'organisation. «Elle était un exemple de rigueur, toujours très bien documentée, éloquente. Elle avait une grande simplicité et une grande douceur, mais elle était convaincue, rappelle France Dutilly. Elle avait énormément d'expérience pour monter et préparer un dossier. Avant chaque intervention, elle lisait tous les documents. Pour elle, il n'y avait jamais de limites à l'apprentissage. Elle était une travailleuse acharnée, curieuse, toujours en train de lire et d'apprendre.»

Leçon apprise, donc, et c'est maintenant sans elle, mais forte de sa mémoire, que se poursuivra la marche.

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Collaboratrice du Devoir
 
 
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