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Une militante - «La douceur aura été l'une de ses forces»

Une douce et opiniâtre rebelle en lutte constante contre les injustices

Dès son plus jeune âge, Madeleine Parent quitte le couvent qu'elle fréquente, parce qu'elle n'arrive pas à supporter les traitements réservés aux plus pauvres par les bonnes sœurs. Étudiante à McGill, elle milite en faveur de l'accès à l'université pour les enfants des familles démunies. Plus tard, elle joint les rangs du mouvement syndical, au sein duquel elle mène des luttes épiques en faveur de la justice sociale. Et, plus tard encore, elle n'a de cesse, au terme de sa carrière de syndicaliste, de défendre inlassablement plusieurs causes, dont bon nombre portent sur la condition féminine.

Professeure titulaire au Département d'histoire de l'Université de Montréal, Denise Baillargeon caresse, vers la fin des années 1970, le projet de préparer un mémoire de maîtrise sur les Ouvriers unis du textile d'Amérique, un syndicat qu'a dirigé Madeleine Parent au début de sa carrière, entre les années 1940 et 1950. À cette fin, elle fixe un rendez-vous à la militante syndicale, dont elle garde ce souvenir sur le plan personnel: «Madeleine surprenait vraiment quand on la rencontrait pour la première fois, parce que c'était une femme menue, très digne, extrêmement bien mise et bien coiffée; on aurait facilement pu l'associer à quelqu'un de la bourgeoisie. Elle ne projetait pas du tout l'image d'une personne qui était une rebelle et une revendicatrice.»

Le comportement était conforme à l'image projetée: «Même quand elle parlait, elle avait une voix toute douce; elle pouvait se montrer fervente mais sans jamais monter le ton. Ce n'était pas une femme qui se mettait en colère et, dans ce sens-là, c'était complètement l'anti-Michel Chartrand et un modèle complètement à l'opposé; mais, tout comme lui, elle était animée par des convictions absolument inébranlables; c'était une femme qui était extrêmement déterminée.»

Une activiste prend place en milieu antisyndical

Dès le secondaire, Madeleine Parent a choisi d'épouser la cause des moins bien nantis, toutes catégories confondues: «À McGill, elle va militer dans des groupes qui sont progressistes, auprès de gens qui tout au long de leur vie ont combattu pour davantage de justice sociale. Sa grande cause, c'était de constater qu'il y avait des gens qui étaient bien moins favorisés que d'autres, ce que d'emblée elle trouvait inacceptable», ce dont témoigne la professeure.

Elle s'engage dans le syndicalisme à sa sortie de l'université: «Elle se dirige vers le Conseil des métiers du travail de Montréal. En fait, elle a côtoyé Léa Roback durant son séjour à McGill.» Elle souligne le contraste entre ces deux personnalités: «Léa est une gueularde très expressive, une extravertie que j'ai connue chez Madeleine Parent; cette dernière, de nature réservée, la regardait parfois avec un petit sourire moqueur.»

Elle rencontre par la suite Kent Rowley, un syndicaliste qui deviendra son mari: «Celui-ci a décidé de syndicaliser les ouvriers du textile à Valleyfield, et c'est là qu'il va se rendre compte qu'il y a beaucoup d'ouvrières dans ce secteur; il fait donc venir Madeleine à cet endroit. C'est à ce moment que s'amorce pour les deux une carrière dans la syndicalisation des ouvriers du textile au Québec: ils vont mener des luttes féroces, parce qu'ils avaient notamment affaire à Dominion Textile, une entreprise absolument intransigeante par rapport aux syndicats. Ils auront à vivre les grèves de 1946-1947 à Lachute et de 1952 à Louiseville; ce furent vraiment des luttes épiques.»

Denise Baillargeon continue de les suivre dans leur parcours professionnel: «Le syndicat américain pour lequel ils travaillaient leur montre finalement la porte de sortie. Ils tentent alors de bâtir une organisation syndicale canadienne indépendante des centrales américaines, d'abord dans le textile. Vers la fin des années 1960, ils proposent la création d'une centrale syndicale canadienne, qui n'a jamais eu une très grande envergure mais qui a connu une certaine résonance; le tout s'inscrit dans la montée d'un certain nationalisme canadien face à l'emprise des États-Unis.» Ils ont fondé, à partir de l'Ontario où ils se sont en partie établis, la Confédération des syndicats canadiens.

Une femme engagée en terre québécoise

La militante prend finalement sa retraite de la vie syndicale et elle revient au Québec en 1983; son mari, Kent Rowley, était décédé en 1978.

Denise Baillargeon s'intéresse à cette période de sa vie: «On se rend compte, avec le recul, qu'il y avait des causes qu'elle avait déjà embrassées depuis un certain temps. Madeleine a été une féministe très tôt; elle l'a été sans vraiment le savoir, parce que la condition des ouvrières l'a toujours préoccupée. D'ailleurs, elle était très consciente qu'il fallait passer par les femmes pour rejoindre même les hommes syndiqués; quand elle donnait des conférences dans des syndicats alliés ou amis, elle parlait souvent de l'importance d'intégrer les femmes à la lutte.»

Elle rapporte un autre fait: «Quand le Comité canadien d'action pour le statut de la femme a été créée en 1972, elle va se retrouver au sein de cet organisme. Et là, c'est la cause des droits des femmes autochtones qui va l'occuper; elle trouve absolument inadmissible qu'une femme autochtone qui marie un blanc perde son statut; encore une fois, c'est une question de justice sociale qui entre en ligne de compte, et elle va mener cette bataille en leur compagnie durant de très longues années.»

Après s'être portée également à la défense des femmes immigrantes, elle s'active toujours: «Elle sera de plusieurs manifestations, dont celle pour le droit à l'avortement. Bien sûr, elle sera à la Marche du pain et des roses et, en 2001, elle a marché à Québec à la manif contre le Sommet des Amériques, à l'âge de 83 ans.»

De tout cet engagement découle cette conclusion: «Ce qui caractérise sa vie, c'est véritablement le militantisme; c'est une femme qui a toujours été militante; elle ne poussait pas pour qu'il y ait de la violence, loin de là, mais elle était déterminée, elle ne lâchait pas son point de vue et ne dérogeait pas à ses idées. Michel Chartrand a été un grand indigné jusqu'à la fin de sa vie; je pense que Madeleine en a aussi été une. Finalement, la douceur aura été l'une de ses forces, précisément parce qu'elle paraissait si douce, qu'elle avait l'air d'une petite bourgeoise, d'une femme tellement tranquille, d'une dame éminemment respectable. Mais, tout à coup, on se rendait compte qu'elle était toujours plutôt à gauche dans ses idées et révoltée par rapport à toute la situation des travailleurs ou des femmes.»

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Collaborateur du Devoir
 
 
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