Françoise David et la lutte des femmes - Celle par qui l'histoire se fait
«Madeleine a beaucoup plaidé, avec succès, pour une solidarité qui dépassait les frontières du Québec»
Françoise David a tiré de grandes leçons de Madeleine Parent. Le mouvement des femmes au Québec aussi.
Françoise David ne pouvait rien refuser à Madeleine Parent. Elle l'avait écrit dans Hommage à une vieille dame indigne, paru à l'intérieur du collectif Madeleine Parent, militante, dirigé par Andrée Lévesque et publié en 2003. Françoise David le confirme au Devoir.
Alors qu'elle était présidente de la Fédération des femmes du Québec, Madeleine Parent lui téléphonait à maintes reprises pour lui demander, «de sa charmante et gentille petite voix», son aide, son appui ou son action en faveur de femmes mal prises. «Je ne pouvais pas la lui refuser parce que, premièrement, ce qu'elle demandait était toujours juste et pertinent. Deuxièmement, elle avait des arguments d'une grande humanité. [...] Et troisièmement, et non le moindre, Madeleine argumentait jusqu'à ce qu'elle gagne!»
Admirative devant la «ténacité incroyable» de Madeleine Parent, François David évoque le long parcours de la militante. «Madeleine était d'une patience, d'une détermination et d'une persévérance infinies», insiste Françoise David. La porte-parole de Québec solidaire suppose que, à l'époque de son action syndicale, soit avant qu'elle ne la connaisse, «il y en a qui ont dû la trouver tannante, parce que, avant de faire changer d'idée Madeleine, il fallait vraiment se lever tôt.»
«Moi, je suis pas mal persévérante dans la vie. Mais elle était encore plus tenace que moi. J'ai appris d'elle aussi à ce niveau-là», ajoute Françoise David.
Un grand apport au mouvement féministe du Québec
Françoise David a commencé à collaborer avec Madeleine Parent au tournant des décennies 80 et 90, alors qu'elle était coordonnatrice du Regroupement des Centres des femmes. Toutes deux engagées dans le Comité canadien d'action sur le statut de la femme, elles se sont rapprochées à un moment où l'Accord du lac Meech divisait profondément les membres québécoises et canadiennes. «Elle avait un grand souci des intérêts du Québec et elle s'est battue à nos côtés», confirme Françoise David. Tout de même, elle précise que Madeleine Parent demeure celle qui l'a initiée au mouvement féministe canadien. «Madeleine a beaucoup plaidé — avec succès — pour une solidarité qui dépassait les frontières du Québec», précise-t-elle.
Une solidarité, aussi, entre les femmes issues de différentes réalités à l'intérieur même du Québec. «Dans les années 90, je trouvais qu'elle nous avait vraiment fait prendre conscience de la diversité, de la pluralité du mouvement des femmes au Québec.» Madeleine Parent bâtissait des ponts entre le mouvement des femmes québécoises francophones et les groupes de femmes anglophones ou immigrantes. Des groupes «avec lesquels, à l'époque, la FFQ et le mouvement des femmes au Québec avaient peu de liens. Madeleine, et c'est ce qui m'a le plus marquée chez elle et dont j'ai beaucoup appris, nous a aidées à combler les deux solitudes.»
«Je pense que le mouvement des femmes du Québec à cette époque-là n'avait pas complètement intégré toutes les problématiques particulières que vivent les femmes immigrantes au Québec, qui sont des femmes qui vivent la même chose que les femmes québécoises, mais qui sont aussi immigrantes, avec tout ce que ça veut dire comme autres discriminations, ajoute-t-elle. Et Madeleine nous en a vraiment fait prendre conscience. Moi, j'ai trouvé que c'était l'apport le plus formidable qu'elle avait eu dans le mouvement des femmes du Québec: cette prise de conscience du fait que les femmes du Québec ne vivent pas toutes les mêmes réalités.»
D'abord celles qui sont le plus mal prises
D'ailleurs, Françoise David croit que Madeleine Parent a incité le mouvement des femmes à établir certaines priorités dans son champ d'action. «Madeleine Parent a toujours apporté le point de vue que, bien sûr, il faut s'occuper de toutes les femmes, mais qu'il faut, tout de même, penser d'abord à celles qui sont le plus mal prises.»
D'ailleurs, cette philosophie est devenue le «leitmotiv» de la présidence de Françoise David à la FFQ, de 1994 à 2001. «Madeleine avait été syndicaliste avec des ouvrières du textile. Donc, elle avait vraiment ce souci de la femme ordinaire, qui peut être extraordinaire, mais la femme dont on n'entend pas parler, la femme un peu invisible. Moi, je trouve qu'elle a apporté beaucoup ça dans le mouvement des femmes, qu'il soit québécois ou canadien. Et là-dessus, elle et moi, on était complètement sur la même longueur d'onde. Peut-être parce qu'elle venait du syndicalisme et moi aussi.»
Une préoccupation pour ces «différences» qui demeure présente à l'heure actuelle. «Ç'a commencé sous ma présidence, mais je trouve que la FFQ aujourd'hui est rendue encore plus loin. Madeleine n'est pas la seule, bien sûr, à être responsable de cette orientation du mouvement des femmes du Québec, mais elle y a joué un rôle qui marque encore ce mouvement aujourd'hui.»
Un personnage historique
Madeleine Parent a fait avancer le Québec et le Canada, tant dans les revendications syndicales que féministes dont elle s'est fait la porte-étendard. «Ce que je trouve dommage aujourd'hui, c'est que j'ai l'impression que les jeunes n'ont aucune idée de qui est Madeleine Parent, se désole Françoise David. Pourtant, avec les Bourgault, Lévesque, Chartrand et compagnie, c'est un personnage important de notre histoire. Mais ça, c'est aussi un peu l'histoire des femmes, qui, souvent, étaient peut-être un peu moins flamboyantes, mais qui ont eu des rôles tellement majeurs dans l'histoire du Québec.»
Discrimination de la femme, bien sûr, mais aussi une allusion au ton de la voix de Madeleine Parent, que Françoise David n'a jamais entendu s'élever. «Vous savez, il y a les Michel Chartrand de ce monde et il y a les Madeleine Parent de ce monde qui n'en disent pas moins, qui ne le font peut-être pas avec le panache d'un tribun, mais il fallait vraiment entendre Madeleine Parent dénoncer le néolibéralisme, dénoncer toutes les idées patriarcales, dénoncer, et vraiment avec verdeur, les gouvernements qui oppriment les minorités, etc. [...] Elle avait une petite voix très douce — ça prenait un bon micro pour Madeleine — et elle disait des choses très radicales. Ça m'a toujours impressionnée.»
Françoise David insiste: «Une femme comme Madeleine Parent, elle a quelque chose à apporter aujourd'hui à tout le monde, y compris les jeunes. Ne serait-ce que sa persévérance.»
***
Collaborateur du Devoir
Françoise David ne pouvait rien refuser à Madeleine Parent. Elle l'avait écrit dans Hommage à une vieille dame indigne, paru à l'intérieur du collectif Madeleine Parent, militante, dirigé par Andrée Lévesque et publié en 2003. Françoise David le confirme au Devoir.
Alors qu'elle était présidente de la Fédération des femmes du Québec, Madeleine Parent lui téléphonait à maintes reprises pour lui demander, «de sa charmante et gentille petite voix», son aide, son appui ou son action en faveur de femmes mal prises. «Je ne pouvais pas la lui refuser parce que, premièrement, ce qu'elle demandait était toujours juste et pertinent. Deuxièmement, elle avait des arguments d'une grande humanité. [...] Et troisièmement, et non le moindre, Madeleine argumentait jusqu'à ce qu'elle gagne!»
Admirative devant la «ténacité incroyable» de Madeleine Parent, François David évoque le long parcours de la militante. «Madeleine était d'une patience, d'une détermination et d'une persévérance infinies», insiste Françoise David. La porte-parole de Québec solidaire suppose que, à l'époque de son action syndicale, soit avant qu'elle ne la connaisse, «il y en a qui ont dû la trouver tannante, parce que, avant de faire changer d'idée Madeleine, il fallait vraiment se lever tôt.»
«Moi, je suis pas mal persévérante dans la vie. Mais elle était encore plus tenace que moi. J'ai appris d'elle aussi à ce niveau-là», ajoute Françoise David.
Un grand apport au mouvement féministe du Québec
Françoise David a commencé à collaborer avec Madeleine Parent au tournant des décennies 80 et 90, alors qu'elle était coordonnatrice du Regroupement des Centres des femmes. Toutes deux engagées dans le Comité canadien d'action sur le statut de la femme, elles se sont rapprochées à un moment où l'Accord du lac Meech divisait profondément les membres québécoises et canadiennes. «Elle avait un grand souci des intérêts du Québec et elle s'est battue à nos côtés», confirme Françoise David. Tout de même, elle précise que Madeleine Parent demeure celle qui l'a initiée au mouvement féministe canadien. «Madeleine a beaucoup plaidé — avec succès — pour une solidarité qui dépassait les frontières du Québec», précise-t-elle.
Une solidarité, aussi, entre les femmes issues de différentes réalités à l'intérieur même du Québec. «Dans les années 90, je trouvais qu'elle nous avait vraiment fait prendre conscience de la diversité, de la pluralité du mouvement des femmes au Québec.» Madeleine Parent bâtissait des ponts entre le mouvement des femmes québécoises francophones et les groupes de femmes anglophones ou immigrantes. Des groupes «avec lesquels, à l'époque, la FFQ et le mouvement des femmes au Québec avaient peu de liens. Madeleine, et c'est ce qui m'a le plus marquée chez elle et dont j'ai beaucoup appris, nous a aidées à combler les deux solitudes.»
«Je pense que le mouvement des femmes du Québec à cette époque-là n'avait pas complètement intégré toutes les problématiques particulières que vivent les femmes immigrantes au Québec, qui sont des femmes qui vivent la même chose que les femmes québécoises, mais qui sont aussi immigrantes, avec tout ce que ça veut dire comme autres discriminations, ajoute-t-elle. Et Madeleine nous en a vraiment fait prendre conscience. Moi, j'ai trouvé que c'était l'apport le plus formidable qu'elle avait eu dans le mouvement des femmes du Québec: cette prise de conscience du fait que les femmes du Québec ne vivent pas toutes les mêmes réalités.»
D'abord celles qui sont le plus mal prises
D'ailleurs, Françoise David croit que Madeleine Parent a incité le mouvement des femmes à établir certaines priorités dans son champ d'action. «Madeleine Parent a toujours apporté le point de vue que, bien sûr, il faut s'occuper de toutes les femmes, mais qu'il faut, tout de même, penser d'abord à celles qui sont le plus mal prises.»
D'ailleurs, cette philosophie est devenue le «leitmotiv» de la présidence de Françoise David à la FFQ, de 1994 à 2001. «Madeleine avait été syndicaliste avec des ouvrières du textile. Donc, elle avait vraiment ce souci de la femme ordinaire, qui peut être extraordinaire, mais la femme dont on n'entend pas parler, la femme un peu invisible. Moi, je trouve qu'elle a apporté beaucoup ça dans le mouvement des femmes, qu'il soit québécois ou canadien. Et là-dessus, elle et moi, on était complètement sur la même longueur d'onde. Peut-être parce qu'elle venait du syndicalisme et moi aussi.»
Une préoccupation pour ces «différences» qui demeure présente à l'heure actuelle. «Ç'a commencé sous ma présidence, mais je trouve que la FFQ aujourd'hui est rendue encore plus loin. Madeleine n'est pas la seule, bien sûr, à être responsable de cette orientation du mouvement des femmes du Québec, mais elle y a joué un rôle qui marque encore ce mouvement aujourd'hui.»
Un personnage historique
Madeleine Parent a fait avancer le Québec et le Canada, tant dans les revendications syndicales que féministes dont elle s'est fait la porte-étendard. «Ce que je trouve dommage aujourd'hui, c'est que j'ai l'impression que les jeunes n'ont aucune idée de qui est Madeleine Parent, se désole Françoise David. Pourtant, avec les Bourgault, Lévesque, Chartrand et compagnie, c'est un personnage important de notre histoire. Mais ça, c'est aussi un peu l'histoire des femmes, qui, souvent, étaient peut-être un peu moins flamboyantes, mais qui ont eu des rôles tellement majeurs dans l'histoire du Québec.»
Discrimination de la femme, bien sûr, mais aussi une allusion au ton de la voix de Madeleine Parent, que Françoise David n'a jamais entendu s'élever. «Vous savez, il y a les Michel Chartrand de ce monde et il y a les Madeleine Parent de ce monde qui n'en disent pas moins, qui ne le font peut-être pas avec le panache d'un tribun, mais il fallait vraiment entendre Madeleine Parent dénoncer le néolibéralisme, dénoncer toutes les idées patriarcales, dénoncer, et vraiment avec verdeur, les gouvernements qui oppriment les minorités, etc. [...] Elle avait une petite voix très douce — ça prenait un bon micro pour Madeleine — et elle disait des choses très radicales. Ça m'a toujours impressionnée.»
Françoise David insiste: «Une femme comme Madeleine Parent, elle a quelque chose à apporter aujourd'hui à tout le monde, y compris les jeunes. Ne serait-ce que sa persévérance.»
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Collaborateur du Devoir







