Léa Roback, la Fondation et les causes - «Les causes survivent aux personnes qui les ont portées»
Léa Roback et Madeleine Parent ont partagé les mêmes luttes
Lorraine Pagé, présidente du conseil d'administration de la Fondation Léa-Roback, a côtoyé Madeleine Parent de près durant les dernières années. L'ancienne chef de la CEQ témoigne que la militante n'a jamais abandonné ses luttes ou dévié de ses objectifs, même au crépuscule de sa vie.
Durant ses études à l'Université McGill, de 1937 à 1940, Madeleine Parent a milité pour que des bourses d'études soient accordées aux jeunes issues de familles défavorisées pour leur donner un meilleur accès à l'université. En 2005, Lorraine Pagé raconte qu'«elle était à côté des étudiants pour manifester», lorsque le gouvernement venait de couper 103 millions dans le régime d'aide financière aux études. Pour l'ancienne présidente de la Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ), il s'agit de l'une des preuves, parmi tant d'autres, que Madeleine Parent «était une personne pour qui les choses s'inscrivaient dans la continuité».
«Quand elle épousait une cause, on avait l'impression que c'était à jamais. Elle n'en déviait jamais, évoque Lorraine Pagé. Elle était tenace, combattante, loyale, fidèle.» Ce portrait qu'elle brosse, «non seulement c'était l'image qu'elle pouvait projeter et les leçons qu'on pouvait tirer des luttes qu'elle avait menées, mais c'était aussi, quand on la côtoyait de près, cette Madeleine-là avec laquelle on était en contact», assure Lorraine Pagé. Une constance et une persévérance toutes aussi présentes dans ses relations personnelles et intimes, comme le démontre son amitié indéfectible avec Léa Roback.
Lorraine Pagé, en tant que féministe et syndicaliste, a d'abord fait la connaissance de Madeleine Parent par le biais de l'histoire syndicale, puis en la rencontrant dans diverses manifestations. Mais c'est au sein de la Fondation Léa-Roback, dont Madeleine Parent était membre fondatrice, qu'elle a tissé un lien plus étroit et privilégié avec la militante. «Quand elle participait aux travaux de la Fondation Léa-Roback, Madeleine disait: "C'est ma façon d'être encore l'amie de Léa"», raconte celle qui est aujourd'hui présidente du conseil d'administration de la fondation.
Une rencontre en 1939
En 1939, Madeleine Parent a fait la rencontre déterminante de Léa Roback, plus vieille qu'elle de 15 ans, alors organisatrice syndicale. Les deux femmes ont ensuite partagé les mêmes luttes, tout en se distinguant dans leurs épiques batailles syndicales respectives. Madeleine Parent demeure toujours associée aux conflits de travail à Dominion Textile et Léa Roback à son action, à la même époque, face à la direction de RCA Victor. Lorsque Madeleine Parent est revenue au Québec après son long engagement syndical en Ontario, elle a aussitôt renoué avec Léa Roback, qu'elle a côtoyée de près jusqu'à la mort de cette dernière, le 28 août 2000. «C'étaient des amies de coeur et d'engagement», souligne Lorraine Pagé. D'ailleurs, elles sont unies depuis 1997 dans le nom de la Maison Parent-Roback, un bâtiment qui abrite plusieurs organismes poursuivant l'objectif d'améliorer la situation des femmes. «Léa et Madeleine étaient amies, compagnes de lutte, et, maintenant décédées, elles demeurent unies.»
Au début de son engagement dans la fondation, Lorraine Pagé rapporte que les réunions du conseil d'administration s'effectuaient chez Madeleine Parent, autour de sa table de la salle à manger. C'est entre autres à cet endroit qu'étaient déterminés les noms des récipiendaires des bourses de la fondation accordées en soutien à des femmes militantes et économiquement défavorisées.
Lorraine Pagé se rappelle plus particulièrement un moment intime qu'elle a partagé avec Madeleine Parent, juste avant que cette dernière n'entre dans un centre d'hébergement et ne vende ses meubles à l'encan pour remettre les fonds amassés à la Fondation Léa-Roback. «Elle m'a fait venir à son appartement, qui était presque complètement vidé de ses meubles. Elle était toute frêle, enveloppée dans ses couvertures, étendue dans sa chaise longue, et elle avait demandé à me rencontrer.» Madeleine Parent lui a alors retourné une oeuvre d'art que la CEQ lui avait offerte en hommage. «On était seules. Elle me tenait les mains et me parlait de Léa, de la fondation, de l'action syndicale, des causes à défendre... Elle était dans le dépouillement qu'apporte la fin de la vie, lorsqu'on est malade et qu'on baisse finalement les bras parce que les forces physiques n'y sont plus. Il y avait cette fragilité, mais, en même temps, une force intérieure qui était sûrement la sienne quand elle menait les dures luttes contre Duplessis et qui était encore la sienne à ce moment.»
Toujours présente
Si, dans les derniers mois, voire la dernière année, la maladie avait pris le dessus, Madeleine Parent est demeurée longtemps alerte à propos des luttes à poursuivre. «Il y a des gens, quand ils vieillissent, qui se recroquevillent sur eux-mêmes, qui vivent dans leur petit monde, qui ne sont plus branchés sur le monde actuel. Ce n'était pas du tout le cas de Madeleine, dit Lorraine Pagé. Madeleine avait de gros problème de santé, mais elle a été lucide très très très longtemps. Elle lisait ses journaux. Quand elle n'était plus capable de les lire, elle se les faisait lire. Elle s'informait de ce qui arrivait à la fondation. Elle restait branchée sur la réalité.»
À cet égard, Lorraine Pagé se souvient de l'allocution qu'avait prononcée Madeleine Parent au cégep Marie-Victorin, lorsque cet établissement collégial a organisé une cérémonie, le 1er mars 2006, pour baptiser son aile des techniques humaines du nom de Léa Roback. «Elle est arrivée là avec sa canne, toute frêle, et leur a fait un discours, sur le contexte politique et économique, aussi à jour que celui qu'aurait pu faire un chef syndical à ce moment-là. Elle faisait une analyse rigoureuse de la conjoncture des forces en présence et des causes à défendre. Les gens présents étaient impressionnés de voir ce petit bout de femme aussi alerte intellectuellement et aussi droite dans la réaffirmation de ses convictions.»
Lorraine Pagé se dit marquée par cette femme qui, à tout âge, demeurait «très courtoise et très digne, sans jamais commettre d'excès de langage ou de débordement intempestif, mais avec une ténacité dans la poursuite et l'atteinte des objectifs qu'elle s'était fixés».
Si Lorraine Pagé, lorsqu'elle a pris la tête de la CEQ en 1988, a pu être la première femme à accéder à la présidence d'une centrale syndicale au Québec, elle reconnaît que c'est en grande partie grâce aux luttes conduites auparavant par des femmes de la trempe de Léa Roback et Madeleine Parent. Le décès de cette dernière vient nous rappeler «que les causes survivent aux personnes qui les ont portées et qu'il faut encore poursuivre la course à relais», illustre Lorraine Pagé.
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Collaborateur du Devoir
Durant ses études à l'Université McGill, de 1937 à 1940, Madeleine Parent a milité pour que des bourses d'études soient accordées aux jeunes issues de familles défavorisées pour leur donner un meilleur accès à l'université. En 2005, Lorraine Pagé raconte qu'«elle était à côté des étudiants pour manifester», lorsque le gouvernement venait de couper 103 millions dans le régime d'aide financière aux études. Pour l'ancienne présidente de la Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ), il s'agit de l'une des preuves, parmi tant d'autres, que Madeleine Parent «était une personne pour qui les choses s'inscrivaient dans la continuité».
«Quand elle épousait une cause, on avait l'impression que c'était à jamais. Elle n'en déviait jamais, évoque Lorraine Pagé. Elle était tenace, combattante, loyale, fidèle.» Ce portrait qu'elle brosse, «non seulement c'était l'image qu'elle pouvait projeter et les leçons qu'on pouvait tirer des luttes qu'elle avait menées, mais c'était aussi, quand on la côtoyait de près, cette Madeleine-là avec laquelle on était en contact», assure Lorraine Pagé. Une constance et une persévérance toutes aussi présentes dans ses relations personnelles et intimes, comme le démontre son amitié indéfectible avec Léa Roback.
Lorraine Pagé, en tant que féministe et syndicaliste, a d'abord fait la connaissance de Madeleine Parent par le biais de l'histoire syndicale, puis en la rencontrant dans diverses manifestations. Mais c'est au sein de la Fondation Léa-Roback, dont Madeleine Parent était membre fondatrice, qu'elle a tissé un lien plus étroit et privilégié avec la militante. «Quand elle participait aux travaux de la Fondation Léa-Roback, Madeleine disait: "C'est ma façon d'être encore l'amie de Léa"», raconte celle qui est aujourd'hui présidente du conseil d'administration de la fondation.
Une rencontre en 1939
En 1939, Madeleine Parent a fait la rencontre déterminante de Léa Roback, plus vieille qu'elle de 15 ans, alors organisatrice syndicale. Les deux femmes ont ensuite partagé les mêmes luttes, tout en se distinguant dans leurs épiques batailles syndicales respectives. Madeleine Parent demeure toujours associée aux conflits de travail à Dominion Textile et Léa Roback à son action, à la même époque, face à la direction de RCA Victor. Lorsque Madeleine Parent est revenue au Québec après son long engagement syndical en Ontario, elle a aussitôt renoué avec Léa Roback, qu'elle a côtoyée de près jusqu'à la mort de cette dernière, le 28 août 2000. «C'étaient des amies de coeur et d'engagement», souligne Lorraine Pagé. D'ailleurs, elles sont unies depuis 1997 dans le nom de la Maison Parent-Roback, un bâtiment qui abrite plusieurs organismes poursuivant l'objectif d'améliorer la situation des femmes. «Léa et Madeleine étaient amies, compagnes de lutte, et, maintenant décédées, elles demeurent unies.»
Au début de son engagement dans la fondation, Lorraine Pagé rapporte que les réunions du conseil d'administration s'effectuaient chez Madeleine Parent, autour de sa table de la salle à manger. C'est entre autres à cet endroit qu'étaient déterminés les noms des récipiendaires des bourses de la fondation accordées en soutien à des femmes militantes et économiquement défavorisées.
Lorraine Pagé se rappelle plus particulièrement un moment intime qu'elle a partagé avec Madeleine Parent, juste avant que cette dernière n'entre dans un centre d'hébergement et ne vende ses meubles à l'encan pour remettre les fonds amassés à la Fondation Léa-Roback. «Elle m'a fait venir à son appartement, qui était presque complètement vidé de ses meubles. Elle était toute frêle, enveloppée dans ses couvertures, étendue dans sa chaise longue, et elle avait demandé à me rencontrer.» Madeleine Parent lui a alors retourné une oeuvre d'art que la CEQ lui avait offerte en hommage. «On était seules. Elle me tenait les mains et me parlait de Léa, de la fondation, de l'action syndicale, des causes à défendre... Elle était dans le dépouillement qu'apporte la fin de la vie, lorsqu'on est malade et qu'on baisse finalement les bras parce que les forces physiques n'y sont plus. Il y avait cette fragilité, mais, en même temps, une force intérieure qui était sûrement la sienne quand elle menait les dures luttes contre Duplessis et qui était encore la sienne à ce moment.»
Toujours présente
Si, dans les derniers mois, voire la dernière année, la maladie avait pris le dessus, Madeleine Parent est demeurée longtemps alerte à propos des luttes à poursuivre. «Il y a des gens, quand ils vieillissent, qui se recroquevillent sur eux-mêmes, qui vivent dans leur petit monde, qui ne sont plus branchés sur le monde actuel. Ce n'était pas du tout le cas de Madeleine, dit Lorraine Pagé. Madeleine avait de gros problème de santé, mais elle a été lucide très très très longtemps. Elle lisait ses journaux. Quand elle n'était plus capable de les lire, elle se les faisait lire. Elle s'informait de ce qui arrivait à la fondation. Elle restait branchée sur la réalité.»
À cet égard, Lorraine Pagé se souvient de l'allocution qu'avait prononcée Madeleine Parent au cégep Marie-Victorin, lorsque cet établissement collégial a organisé une cérémonie, le 1er mars 2006, pour baptiser son aile des techniques humaines du nom de Léa Roback. «Elle est arrivée là avec sa canne, toute frêle, et leur a fait un discours, sur le contexte politique et économique, aussi à jour que celui qu'aurait pu faire un chef syndical à ce moment-là. Elle faisait une analyse rigoureuse de la conjoncture des forces en présence et des causes à défendre. Les gens présents étaient impressionnés de voir ce petit bout de femme aussi alerte intellectuellement et aussi droite dans la réaffirmation de ses convictions.»
Lorraine Pagé se dit marquée par cette femme qui, à tout âge, demeurait «très courtoise et très digne, sans jamais commettre d'excès de langage ou de débordement intempestif, mais avec une ténacité dans la poursuite et l'atteinte des objectifs qu'elle s'était fixés».
Si Lorraine Pagé, lorsqu'elle a pris la tête de la CEQ en 1988, a pu être la première femme à accéder à la présidence d'une centrale syndicale au Québec, elle reconnaît que c'est en grande partie grâce aux luttes conduites auparavant par des femmes de la trempe de Léa Roback et Madeleine Parent. Le décès de cette dernière vient nous rappeler «que les causes survivent aux personnes qui les ont portées et qu'il faut encore poursuivre la course à relais», illustre Lorraine Pagé.
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Collaborateur du Devoir







