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Politiques linguistiques - L'Office québécois de la langue française souffle ses 50 chandelles

«Actuellement, on est confronté à un défi d'affichage important»

Aujourd’hui, 98 % des 3000 plaintes envoyées annuellement à l’Office québécois de la langue française se règlent sans l’intervention des tribunaux.<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Aujourd’hui, 98 % des 3000 plaintes envoyées annuellement à l’Office québécois de la langue française se règlent sans l’intervention des tribunaux.
Au cours des dernières décennies, la situation du français a beaucoup évolué au Québec. Créé dans la foulée de la Révolution tranquille, l'Office québécois de la langue française (OQLF) a joué un rôle important dans cette évolution. Toujours à l'œuvre, l'organisation souffle cette année ses cinquante chandelles.

Sorte de chien de garde de la Charte de la langue française, l'OQLF a pour mission de veiller à ce que le français soit la langue normale et habituelle du travail, des communications, du commerce et des affaires au Québec. Il doit aider à définir et à élaborer les programmes de francisation prévus par la loi et établir les programmes de recherche nécessaires à l'application de celle-ci. Il doit également surveiller l'évolution de la situation linguistique au Québec et faire appliquer la politique linguistique québécoise, en agissant d'office ou après la réception de plaintes.

«Aujourd'hui, le mandat de l'Office est assez vaste, note Martin Bergeron, porte-parole de l'OQLF. Il s'est considérablement élargi au fil des ans. Au départ, l'Office avait pour mission l'amélioration, la correction et l'enrichissement de la langue française parlée et écrite. Il faut se rappeler que, lors de sa création, la situation du français au Québec n'était pas du tout la même qu'aujourd'hui.»

Des responsabilités croissantes

À l'époque, l'utilisation de termes anglophones était effectivement plus répandue dans certains domaines qu'elle ne l'est aujourd'hui. De cette réalité est née la première mission de l'Office: franciser les milieux de travail au Québec, faire la promotion des canadianismes de bon aloi et lutter contre les anglicismes.

«Dans les années 1960, on ne pouvait absolument pas entrer dans un garage pour faire réparer sa voiture et s'exprimer en français. On ne parlait pas de pare-brise, d'essuie-glace, de pare-choc et de pneu, on parlait de windshield, de wiper, de bumper et de tire. C'était comme ça dans quelques domaines. L'Office a entrepris de grands chantiers terminologiques et, depuis, la situation a beaucoup évolué», précise Louise Marchand, présidente-directrice générale de l'OQLF.

Puis, en 1974, l'adoption de la Loi sur la langue officielle, laquelle vise à renforcer le statut et l'usage du français au Québec, confère de nouvelles responsabilités à l'Office, devenu la Régie de la langue française. Il est alors chargé de mettre en oeuvre ses dispositions.

Mais c'est en 1977 que le rôle de l'Office est considérablement élargi, lorsqu'est sanctionnée la Charte de la langue française. Celle-ci impose l'usage exclusif du français dans l'affichage public et la publicité commerciale, étend les programmes de francisation à toutes les entreprises employant cinquante personnes ou plus et restreint l'accès à l'école anglaise aux seuls enfants dont l'un des parents a reçu son enseignement primaire en anglais au Québec.

«La Charte fait non seulement du français la langue officielle au Québec, mais elle vient également garantir des droits linguistiques aux citoyens et aux travailleurs. C'est à l'Office qu'est confié le rôle de veiller à ce que la Charte soit appliquée», précise M. Bergeron.

Francisation des entreprises

Une quinzaine d'années plus tard, en 1993, un autre changement important survient: la refonte du chapitre sur la francisation des entreprises. Cette refonte prévoit que les certificats de francisation des entreprises enregistrées auprès de l'Office doivent être revus tous les trois ans afin d'assurer le maintien de l'utilisation du français en entreprise.

«Ç'a été un changement majeur, parce que ça conférait à l'Office un rôle plus proactif. Plutôt que de se contenter de répondre aux plaintes, l'Office devait intervenir au minimum tous les trois ans auprès des entreprises de 50 employés ou plus», indique le porte-parole de l'OQLF.

Puis, en 2002, l'Office de la langue française et la Commission de la protection de la langue française sont fusionnés au sein de l'Office québécois de la langue française. Le traitement des plaintes et le suivi de la situation linguistique sont alors confiés à l'OQLF.

«Après l'intégration de la Commission à l'Office, on a séparé le traitement des plaintes et la francisation en deux directions distinctes. Au milieu des années 2000, toutefois, on a décidé de joindre les deux pour nous permettre de mieux gérer les plaintes qui étaient dirigées contre des entreprises qui étaient déjà inscrites à l'Office. Ça nous a permis de réduire le délai de traitement des plaintes tout en augmentant le taux de correction sans l'intervention des tribunaux. Aujourd'hui, environ 98 % des 3000 plaintes que nous recevons annuellement se règlent sans l'intervention des tribunaux», affirme M. Bergeron.

Importantes réalisations

Au plan de la terminologie comme au plan de l'aménagement linguistique, les cinquante premières années de l'OQLF ont été fertiles en réalisations. La croissance importante du taux de francisation des entreprises établies au Québec est sans doute l'une des réussites les plus tangibles de l'organisme.

«Il y a dix ans, sur 4902 entreprises inscrites, 71,4 % obtenaient leur certification, c'est-à-dire qu'elles se conformaient aux objectifs de la Charte, soutient M. Bergeron. Aujourd'hui, 5981 entreprises sont inscrites auprès de l'Office et 84,7 % d'entre elles sont certifiées. Ça veut dire que la condition du français dans les entreprises s'améliore et, dans le contexte actuel d'ouverture des marchés, c'est une très bonne nouvelle.»

Outre le taux de francisation des entreprises, la création d'une banque de terminologie, aujourd'hui devenue Le grand dictionnaire terminologique, figure parmi les plus importantes réalisations de l'Office. Interrogé près de 70 millions de fois par année, et ce, à travers le monde, il est devenu l'un des outils les plus appréciés de la francophonie.

L'avenir

Si l'OQLF peut se targuer d'avoir largement contribué à la francisation des entreprises et à l'avancement de la qualité du français en sol québécois, l'organisme a tout de même encore beaucoup à faire.

«Actuellement, on est confronté à un défi d'affichage important et on a vraiment pris le dossier à bras-le-corps l'an dernier. On a décidé de faire en sorte que l'affichage soit de plus en plus francisé et qu'on corrige davantage les écarts que l'on retrouve», affirme Mme Marchand.

L'intégration des nouveaux arrivants constitue également un défi important pour l'Office. Faire en sorte que les immigrants s'expriment en français plutôt qu'en anglais lorsqu'ils interagissent dans l'espace public se révèle être une des principales préoccupations de l'OQLF.

«Longtemps, les gens qui ne parlaient ni français ni anglais à la maison ont eu tendance à s'exprimer en anglais lorsqu'ils se retrouvaient dans l'espace public, indique Mme Marchand. Pour la première fois, on constate que la substitution d'une langue tierce vers le français est passée au-delà de 50 %. Cela signifie que de plus en plus de gens parlent le français à l'extérieur de la maison. C'est une belle réussite, mais il ne faut pas s'asseoir là-dessus.»

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Collaboratrice du Devoir
 
 
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