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    Le 8 mars, ça sert à quoi?

    Ma foi, pendant des années, même les plus convaincues, comme moi, se sont demandées si elles arriveraient jamais à franchir le mur du silence. Chaque année, il fallait inventer un événement, un message, trouver un abus à dénoncer, monter aux barricades, se serrer les coudes et espérer que notre message serait entendu dans le désert. Surtout qu'il n'était jamais facile à livrer, le fameux message. Les femmes réclamaient l'égalité et, disons-le franchement, les premières années, cette «prétention» des femmes n'était pas reçue de gaieté de cœur.

    Les hommes qui partageaient nos vies étaient installés confortablement dans leurs célèbres privilèges, comme des générations d'autres hommes avant eux, et ils n'avaient pas vraiment l'intention de se laisser déloger du sommet de la montagne pour permettre aux femmes, ces pauvres petites choses, de jouir de la vue spectaculaire qu'on pouvait avoir de là-haut. «Tu en as de la chance d'être en bas ma chérie. Je me tue au travail pour te donner tout ce dont tu as besoin, tu devrais te contenter de m'être reconnaissante.» C'était le discours à la mode.

    Les femmes ont tenu leur bout. Tout doucement, elles ont grignoté la montagne. Elles se sont d'abord assuré que leurs filles seraient instruites, car elles avaient bien constaté que l'accès à la montagne était à ce prix. Finie l'époque des études réservées aux garçons seulement. Les filles privées d'études pendant longtemps ont pris d'assaut les classes qui ouvraient enfin leurs portes. À nous les diplômes. Enfin.

    Pendant ce temps, les mères ont continué le combat sur le terrain. Elles ont pris leurs distances d'avec la religion catholique qui les avait condamnées «à perpétuité» dans leur rôle de pourvoyeuses d'enfants. Elles ont tendu l'oreille à ce que la science leur proposait en matière de régulation des naissances et l'arrivée de «la pilule» sur le marché leur a permis d'envisager leur vie autrement. Elles ont récupéré leur propre corps, ce qui n'était pas une mince affaire.

    La politique leur a rendu un peu de leur dignité en leur reconnaissant des droits fondamentaux qui les sortaient enfin de leur classement parmi les fous et les incapables.

    Elles ont appris à traiter avec les banques, à faire des chèques et à posséder un compte personnel. Elles ont été les premières à dire que les garçons aussi devaient faire participer aux travaux ménagers... Mon chéri, descends de ta montagne, il y a plein de choses à faire en bas.

    Elles savent d'instinct que tout n'est jamais gagné définitivement et que des centaines de fois encore elles devront expliquer pourquoi elles ne renonceront plus jamais à être des êtres humains à part entière, différentes peut-être, mais égales pour toujours.

    Hier, le 8 mars 2012, j'ai eu l'impression que nous avions franchi une étape importante. Moi, qui ai été l'une des premières à parler du 8 mars et de sa signification pour les femmes du monde entier alors que j'animais Appelez-moi Lise à la télévision de Radio-Canada, j'ai senti hier pour la première fois que la Journée internationale de la femme avait fait sa place au Québec. Elle a nourri ses racines et la plante se porte bien.

    Pour la première fois, en ce 8 mars 2012, l'état de la situation des femmes a été traité largement dans pratiquement tous les journaux. Les femmes ont pu s'exprimer librement et les éditorialistes ont marqué le coup en faisant la démonstration que les dossiers des femmes sont assez importants pour qu'on les examine de près. Ça faisait du bien.

    On pourrait être rassurées, nous les femmes, et se dire que c'est gagné. Ce serait la pire erreur. Autant il est important de constater que les problèmes auxquels les femmes font face encore aujourd'hui sont dignes d'une information importante et sérieuse dans nos moyens de communication, autant il est essentiel de bien réaliser que c'est le 8 mars qui a permis cette ouverture.

    Qu'en sera-t-il de nos dossiers le 15 mars ou le 6 avril ou le 18 mai? Serons-nous renvoyées dans les bas de page avec les faits divers ou pire, dans des pages «dites féminines» comme autrefois, entre le courrier du coeur et les recettes d'endives au jambon? Ou entre les derniers modèles de sous-vêtements excitants et la dernière crème adoucissante pour la peau?

    Pour moi, la grosse nouvelle de cette année, c'est qu'il semble que le pont soit construit et solide entre ma génération et celle de nos petites-filles. Il paraît que la relève est là et qu'elle a des idées nouvelles sur le féminisme, des idées qu'elle entend bien défendre à sa façon. J'accueille la relève avec enthousiasme et je l'assure de tout mon appui. «Go go go!», les filles. On vous espérait depuis si longtemps.
     
     
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