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    La tyrannie du corps et la déroute de la mère

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    Photo: Photo tirée de 24 poses féministes





    Pour voir le documentaire Web de l'ONF et consulter notre dossier sur le féminisme
    En entrevue, les jeunes féministes disent craindre que le gouvernement Harper remette en question le droit à l'avortement. Plusieurs soulignent que la hausse des droits de scolarité a plus d'impact financier sur les femmes et qu'encore trop souvent, elles gagnent moins que les hommes. Mais c'est du thème du corps et de la maternité qu'elles parlent le plus.

    Véronique Pascal est en quelque sorte devenue féministe en travaillant dans des boutiques de vêtements. «Ça fait drôle, hein, une féministe qui vend des robes de princesse? Bien pour moi ça a du sens.» Son premier conte urbain donnait la parole à une vendeuse de vêtements pour filles. «Ça m'inspire énormément, ça me donne un accès privé au rapport au corps. Moi, n'étant pas du tout complexée — je suis grande, bâtie —, on dirait que je ne donne pas de complexes aux autres, alors j'ai accès à toutes sortes de confidences.»

    Et les confidences désolent. «Il y a eu une révolution sexuelle et elle a été récupérée par le capitalisme. On est libres... de devenir des objets pour les hommes.» Les implants mammaires, souligne-t-elle, sont de plus en plus répandus alors qu'on sait qu'ils donnent moins de sensibilité. «Les femmes sont libres de changer leur corps pour plaire aux hommes et elles ont l'impression que ce sont des décisions qui leur permettent de s'affirmer.»

    Ce n'est pas pour rien que le sujet les passionne, selon l'historienne Micheline Dumont. «Personnellement, je trouve que c'est une des choses qu'on n'a pas réussi à faire. On n'a pas réussi à désaliéner les femmes par rapport aux exigences de la beauté, dit-elle. Toutes les grandes questions qui divisent les féministes aujourd'hui (la prostitution, la pornographie, l'hypersexualisation des petites filles, le voile islamique) sont des questions qui concernent le corps des femmes. Le noyau dur est là.»

    Denyse Baillargeon renchérit. «La question du corps des femmes est loin d'être réglée, observe-t-elle. C'est sûr que si on se compare avec les années 1970, je sens qu'il y a un relâchement. C'est comme si le mouvement féministe avait baissé la garde.»

    La professeure en études féministes Hélène Charron n'est pas d'accord. «Ce n'est pas la faute du féminisme. C'est le capitalisme qui est plus fort que les féministes! dit-elle. Le monde s'est transformé depuis les années 1970. Déjà à l'époque, les femmes étaient objectivées, mais le phénomène est allé en s'accentuant à mesure que les plateformes médiatiques se sont élargies.»

    La cofondatrice du site Je suis féministe, Marianne Prairie, parle d'un «sexisme banalisé, rampant». «On peut-tu arrêter de se servir des stéréotypes pour vendre de la bière? Passer à autre chose? Il me semble qu'on devrait être créatifs, pas prendre les gens pour des épais!» lance la jeune femme qui faisait partie du groupe les Moquettes Coquettes, il y a quelques années. Elle déplore en outre que les hommes aussi soient stéréotypés dans la publicité. «Ça marche dans les deux sens. Pour les gars, c'est la même chose.»

    La «contradiction» travail-famille

    Mais le thème du corps ne domine pas les discussions partout. Aucune des 30 propositions reçues pour le colloque étudiant féministe de l'Université Laval ne porte sur ce sujet, signale Hélène Charron. Les étudiantes à la maîtrise ou au doctorat veulent plutôt parler de violence, d'identité sexuelle (le courant «queer»), mais surtout de la conciliation travail-famille.

    Hélène Charron préfère parler de «contradiction» plutôt que de «conciliation» travail-famille. «Si tu veux avancer en carrière et occuper les espaces les plus prestigieux, tu ne peux pas vraiment t'occuper de tes enfants et de la maison. Ça ne marche pas. C'est pas juste une histoire de trouver la bonne combinaison, les bonnes mesures de conciliation travail-famille. Les jeunes femmes et un nombre grandissant de jeunes hommes réalisent qu'il y a quelque chose qui ne marche pas.»

    Marianne Prairie, qui est mère d'un jeune enfant, en parle couramment sur son blogue.

    «Il va falloir que ça change. Parce que tout le monde est en train de s'arracher la tête pour arriver à travailler, avoir une famille puis avoir un minimum de vie personnelle. C'est un problème féministe, mais c'est un problème aussi pour la société en général.»

    La maternité a été tout un choc pour cette jeune féministe. «Ça m'a confrontée [d'avoir un enfant] parce que je me suis rendu compte à quel point les rôles selon le genre étaient construits», dit-elle. La jeune femme n'a toutefois «vraiment» rien à redire contre les jeunes pères de son entourage. «Les pères sont aussi présents que les mères pour le congé parental. Pour plusieurs de mes amies, c'est 50-50.»

    L'ancienne présidente du Conseil du statut de la femme Marie Lavigne qualifie les progrès d'immenses. «Les gars le prennent le congé [parental], et c'est pas pour aller à la chasse!» Il n'en reste pas moins que les femmes doivent encore se battre «dans des milliers de petits gestes et d'attitudes», dit-elle. «Tu ne peux pas changer des milliers d'années en 30 ans.»

    L'historienne Micheline Dumont se souvient d'avoir entendu Françoise David dire qu'elle était devenue féministe lorsqu'elle avait eu son fils. La maternité, dit-elle, est tout un détonateur. «Dès qu'une femme se confronte au marché du travail et à la maternité, c'est là qu'elle se bute aux obstacles qui vont lui ouvrir la conscience sur tout le reste», dit-elle.
     
     
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