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    Réseau scolaire - Il faut «oser» enseigner l'égalité

    «Les enfants reçoivent dès leur plus jeune âge des représentations stéréotypées du rôle des femmes et des hommes»

    Francine Duquet, professeure au Département de sexologie de l’UQAM. <br />
    Photo : Martin Brault UQAM Francine Duquet, professeure au Département de sexologie de l’UQAM.
    Enseigner l'égalité à l'école? Sur le chemin qui mène un enfant vers le citoyen qu'il deviendra, l'école est un terrain particulièrement propice pour aborder les rapports entre les sexes et la question de l'égalité.

    En matière d'égalité des sexes, chaque génération affronte de nouveaux défis. «Les années 70 ont été très riches en matière de réflexion sur les stéréotypes sexuels dans les manuels scolaires», rappelle Francine Duquet, professeure au Département de sexologie de l'UQÀM.

    La question est-elle pour autant réglée? Pas du tout, poursuit-elle, puisque les stéréotypes évoluent mais ne disparaissent pas. «Au Québec, nous avons beaucoup travaillé ces aspects-là, mais ce n'est jamais terminé. Cela revient sous d'autres types de clichés. Aujourd'hui, les médias pour les jeunes sont très chargés en matière de stéréotypes sexuels. De nombreux vidéoclips et jeux vidéo, par exemple, puisent dans les codes de la pornographie. Il faut rester alerte.»

    Dangereux messages

    Et, malheureusement, ces représentations atteignent les jeunes dans leur perception des rapports entre les sexes. «Ces modèles ne correspondent pas au stade d'évolution de ces jeunes. Ceux-ci sont confrontés aux mêmes messages que les adultes, mais ils n'ont pas la maturité requise pour les décoder», explique Francine Duquet. Un constat relayé par Jeff Gagnon, spécialiste en éducation au sein du Réseau éducation-médias: «Le problème, c'est le degré auquel les jeunes acceptent ces messages. Ils sont trop réceptifs.»

    Le résultat de leur vulnérabilité est qu'ils entament leur adolescence en ayant déjà un schéma préétabli de ce que veut dire être une femme — ou un homme — et de ce que sont les relations hommes-femmes. Les jeunes ont tendance, selon Francine Duquet, à vouloir imiter une attitude toute faite, dominée par la performance et la séduction, où l'amour se confond avec le sexe. «C'est normal de se préoccuper de sexualité à l'adolescence, mais le problème se pose lorsqu'on leur transmet une vision strictement sexuelle de la séduction.» Une perception biaisée qui influence également, selon elle, leur propre estime de soi, puisqu'ils se sentent forcés de ressembler à une image irréaliste.

    «Oser être soi-même»

    Aborder cette question en classe peut ainsi contribuer à corriger le tir. «La question des rapports égalitaires peut être enseignée à l'école. C'est une valeur sociétale importante au Québec et elle doit traverser l'ensemble des milieux éducatifs», dit Francine Duquet. Depuis plus de 20 ans, elle travaille à la question de la sensibilisation à la sexualité, afin d'«outiller les jeunes à l'égard de l'hypersexualisation et de la sexualité précoce». Elle a notamment conçu le document L'éducation à la sexualité dans le contexte de la réforme, destiné aux établissements d'enseignement, au ministère de l'Éducation et au ministère de la Santé et des Services sociaux.

    Le mot d'ordre: «Oser être soi-même», sans se faire imposer un modèle de féminité ou de masculinité et sans se cantonner dans un rôle prédéfini. «Nous voulons les aider à prendre cette distance et leur faire savoir qu'ils n'ont pas besoin de copier une attitude pour être eux-mêmes. En bout de ligne, nous voulons qu'ils deviennent des adultes bien dans leur peau et dans leur sexualité», souligne Francine Duquet. Le Réseau éducation-médias, quant à lui, propose aux enseignants des outils pédagogiques pour faire comprendre ls médias et des stratégies d'enseignement pour aborder ces questions en classe.

    Et, selon ces spécialistes, la clé de la sensibilisation aux rapports égalitaires réside dans le développement de l'esprit critique. Il ne s'agit pas tant, pour l'enseignant, de dénigrer les médias et les artistes que les jeunes adorent, mais plutôt de leur donner les outils nécessaires pour décortiquer et analyser l'univers médiatique qui les entoure, et de leur montrer comment déconstruire un message pour qu'eux-mêmes arrivent à se questionner sur l'égalité. Un éveil du sens critique qui n'a pas d'âge pour commencer, estime Jeff Gagnon. «Il n'est jamais trop tôt pour aborder ce type de sujet. Qu'on le veuille ou non, les enfants reçoivent dès leur plus jeune âge des représentations stéréotypées du rôle des femmes et des hommes.»

    Pour chaque âge, une méthode

    Pour cela, chaque âge appelle une méthode, une approche et des attentes particulières. «L'action n'est pas la même à 8 ans qu'à 15 ans. Nous l'adaptons en fonction de l'âge et du niveau de développement des jeunes», explique Francine Duquet. Au préscolaire, «nous les amenons à comprendre que ce sont des représentations construites, qui ne correspondent pas nécessairement à la réalité», précise Jeff Gagnon. Les activités, conçues pour un public très jeune, passent par le jeu et l'interaction. Il peut s'agir, par exemple, de découper des images de magazines ou des photos de jouets à classer dans des cerceaux «pour filles», «pour garçons» et «neutre». «L'idée, c'est de les amener à comprendre que tout le monde peut jouer avec tous les jouets et qu'il n'y a pas de jouets exclusivement réservés aux filles ou aux garçons», nous dit Francine Duquet, qui a donné les formations «Vers qui? Vers quoi?» destinées aux enfants d'âge préscolaire.

    Aux élèves du primaire, le Réseau éducation-médias propose par exemple d'observer les attributs de personnages masculins et féminins de bandes dessinées, pour ensuite concevoir un personnage bien à eux et le présenter à la classe, ou encore d'explorer les ressources des jeux de rôle et de l'art dramatique pour leur faire jouer une scène inspirée de séries télé.

    Au secondaire, la sensibilisation aux médias est intégrée dans les différentes disciplines, et chaque enseignant peut proposer à sa sauce une réflexion sur la question. «On peut aborder les rapports égalitaires en histoire, en français, en anglais ou encore dans les cours d'éthique. Il y a différentes portes d'entrée pour réfléchir à la question. Il faut les utiliser.» Chez les jeunes, une façon de démystifier les techniques médiatiques est de les initier à la production de clips, d'affiches ou de bulletins de nouvelles, tout en remettant en question les stéréotypes sexuels qui peuvent y être associés.

    Mais, selon Francine Duquet, la sensibilisation aux rapports égalitaires gagne à dépasser le cadre scolaire. «Cette sensibilisation ne se limite pas à un cours: il faudrait une culture de sensibilisation à la sexualité. Il y a une réflexion collective, sociale, à faire par rapport à ces phénomènes.»

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    Collaboratrice du Devoir
     
     
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