Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?

    Enfance vulnérable - Un urgent plaidoyer pour les enfants

    17 février 2012 |Gilles Julien - Pédiatre social, président et fondateur de la Fondation du Dr Julien | Actualités en société
    «La prise en charge exclusive des services aux enfants par l’État est une erreur, affirme le Dr Gilles Julien. Elle a causé un effet direct et pervers, celui de la démobilisation des familles et des communautés.»<br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «La prise en charge exclusive des services aux enfants par l’État est une erreur, affirme le Dr Gilles Julien. Elle a causé un effet direct et pervers, celui de la démobilisation des familles et des communautés.»
    Récemment, le Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) a repris le contrôle du centre La Transition, une ressource privée de supervision et d'hébergement pour les jeunes enfants dans le quartier Hochelaga. Bien payée par le Centre jeunesse de Montréal et sans compétence évidente, cette «business d'enfants» jugeait de la qualité des relations parents-enfants, hébergeait des enfants extrêmement vulnérables et faisait même rapport au tribunal dans des affaires familiales extrêmement délicates qui normalement relèvent de professionnels de grande compétence. On y aurait également décelé des fraudes importantes. Le reportage diffusé à l'émission Enquête hier soir à Radio-Canada apportait un éclairage intéressant sur cette triste affaire.

    Or, il y a trois ans, mon équipe a été interpellée par plusieurs familles au sujet de ce centre aux pratiques douteuses. J'avais personnellement été étonné que le DPJ sous-contracte au privé un mandat qui lui revient en propre. Nous avions alors rencontré les propriétaires pour en savoir plus, puis le DPJ par la suite, pour dénoncer cette situation tout à fait inacceptable. Ce n'est que trois ans plus tard que le contrat avec les propriétaires frauduleux a été résilié. Peut-on parler d'éthique et de protection des enfants dans une telle situation?

    Une réflexion s'impose

    Les dommages collatéraux, personne n'en parle. Les droits bafoués par ces situations, personne ne s'en préoccupe. Pour les responsabilités de ces négligences et de ces incompétences, personne ne répond présent. Est-ce normal qu'encore une fois ce soient les enfants et les familles les plus vulnérables qui en font les frais, et ce, dans une société qui se vante de la qualité de ses systèmes?

    Cette situation déplorable démontre qu'une réflexion profonde s'impose au sujet des enfants du Québec, de leur place, de leurs succès et de la valeur qu'ils représentent dans notre société moderne. Une action renouvelée, plus globale, doit se mettre en place dès maintenant pour rattraper le temps perdu et offrir à tous les enfants des chances égales de réussite. Pour bien définir ces actions, il faut tenir compte des constats actuels, de certains bons coups et aussi de ratés évidents.

    Les occasions ratées


    D'entrée de jeu, la prise en charge exclusive des services aux enfants par l'État est une erreur. Elle a causé un effet direct et pervers, celui de la démobilisation des familles et des communautés.

    De là découle l'instauration subtile, mais réelle, du «travail en silos». On a raté la jonction de la santé et des sciences sociales; on a isolé les écoles des services de santé locaux. La médecine, pour les besoins de la cause, a divisé les besoins de l'enfant en différents systèmes, en oubliant souvent les liens essentiels entre eux. La protection de la jeunesse est devenue une propriété exclusive basée sur la délation.

    Force est de constater que le résultat final est peu reluisant et que les coûts en sont exorbitants. Dans un tel contexte, il y a très peu de place pour le changement et encore moins pour l'innovation. Quand avez-vous vu les recommandations ou le bon coup d'un enseignant, d'un médecin d'hôpital, d'une travailleuse sociale de la DPJ ou d'une infirmière de CLSC, faire son chemin à travers les différents niveaux de hiérarchie pour changer le système? Ils sont pourtant les mieux habilités pour faire avancer la compréhension des besoins des enfants, à l'inverse des pseudospécialistes qui écrivent les recommandations et les réformes sur leur table à dessin, isolés de la vraie vie et du monde.

    Il reste tout de même des personnes qui travaillent d'arrache-pied auprès des enfants pour améliorer leur sort. La vraie force du Québec réside dans ces gens sur le terrain qui souhaitent non seulement mieux faire, mais travailler ensemble, en consensus pour faire réussir tous les enfants.

    Les pistes de solution


    Repenser le contrat social, voilà le véritable enjeu, en redonnant les enfants aux communautés en ce qui concerne les responsabilité et l'imputabilité, en misant sur les forces vives de la société pour les soutenir, ce qui comprend les gouvernements, mais aussi la société civile et les entrepreneurs. Ce n'est plus l'État qui prend charge et qui décide pour les enfants, mais bien la famille et la communauté d'abord, avec l'aide des grandes institutions de l'État.

    En ce sens, agir immédiatement avec une approche de services intégrés offre beaucoup plus de chances de réussite tout en évitant d'exclure les enfants vulnérables des différents systèmes (la garderie, l'école, etc.). L'approche de la pédiatrie sociale en communauté démontre qu'agir dans les milieux vulnérables, autour des enfants, avec un modèle de proximité et d'intégration des services permet de mobiliser les forces vives de la communauté et des institutions et d'agir en concertation. L'enfant a accès à un lieu d'expertise dans son quartier, pour préciser ses besoins et définir un plan d'action qui lui assurera une trajectoire de succès. Cette façon de faire inclut toutes les personnes significatives dans la vie de l'enfant. L'effet sur sa santé et son succès est puissant et persistant avec un rapport coût-bénéfice avantageux.

    Tous ensemble pour les enfants

    Je soutiens également la création d'une commission populaire de surveillance de la qualité des soins aux enfants. Cet organe pourrait soutenir les initiatives et la créativité locales pour assurer l'intégration des pratiques et des services offerts aux enfants dans la communauté. On pourrait ainsi s'inspirer de la fonction du «commissaire des droits des enfants» présent dans certains pays et qui assure cette autorité auprès des gouvernements et de la population, pour un maximum de clarté et d'efficacité.

    «Tous ensemble pour les enfants» devient ainsi une mission commune, rassembleuse et passionnante pour la réussite équitable de tous les enfants. Elle appartient à tous, chacun à sa façon, enfant après enfant, pour le meilleur de notre monde.

    ***

    Gilles Julien - Pédiatre social, président et fondateur de la Fondation du Dr Julien
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel