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Légitimation de la torture: à quel prix?

14 février 2012 | Julie Vincent - Comédienne et dramaturge | Actualités en société
Une scène de la pièce Le portier de la gare Windsor, présentée au théâtre Singulier-pluriel en janvier 2010. Un texte et une mise en scène signés Julie Vincent .<br />
Photo : Source: François-Régis Fournier Une scène de la pièce Le portier de la gare Windsor, présentée au théâtre Singulier-pluriel en janvier 2010. Un texte et une mise en scène signés Julie Vincent .
La Presse canadienne a obtenu, en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, une lettre du ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, adressée au directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Richard Fadden. Dans cette lettre datée du 7 décembre 2010, le ministre réitère la position canadienne par rapport à la torture... mais il ajoute un nouveau volet à cette politique.

«Dans des circonstances exceptionnelles où il existe une menace à la vie humaine ou la sécurité publique», cette consigne n'aurait pas besoin d'être suivie parce qu'«ignorer cette information seulement à cause de sa source représenterait un risque inacceptable à la sécurité publique». M. Vic Toews donne donc une consigne claire: «Dans des situations où un risque à la sécurité publique sérieux existe et où des vies sont peut-être en jeu, je m'attends et donc j'ordonne au SCRS de faire de la protection de la vie et de la propriété son principe premier et de partager les informations nécessaires — décrites et qualifiées de manière adéquate — aux autorités appropriées.»

Or face à la position qu'a prise le service de renseignement canadien en faveur de la torture dans certains cas, j'éprouve un malaise indicible. L'investigation qui m'a amenée à la rédaction de ma pièce Le portier de la gare Windsor a pu m'informer de façon tangible de la profondeur des traumatismes qu'engendre une telle pratique sur l'individu, sur ses proches, et sur la société qui entérine une telle pratique.

Je suis une femme de théâtre et ici les mots me manquent. La légitimation d'une telle pratique ne devrait jamais être acceptable dans ce pays. Pour exprimer mon malaise, je choisis de citer le psychiatre uruguayen Marcelo Vinar qui a écrit un ouvrage majeur intitulé Exil et Torture: «La torture moderne est programmée intelligemment pour détruire en dépossédant la personne de la constellation qui constitue le noyau de son identité... L'expérience de la torture tente de faire de l'humain l'ombre d'un humain. Il y a toujours un point où elle y réussit, dans l'esprit, dans le corps ou le destin.»

Je n'assimile pas une telle décision, je ne l'accepte pas, elle ne correspond pas à mes valeurs comme citoyenne de ce pays. Je considère et désire que le Québec se dissocie de cette décision et souhaite que nous demeurions une terre d'accueil qui dénonce la pratique de la torture. Je ne suis donc pas éthiquement complice de la décision ambiguë entérinée par le gouvernement canadien qui laisse la porte ouverte à la légitimation de la torture.

Cette décision m'indique aussi une volonté qu'une telle pratique s'inscrive irrémédiablement comme un fait possible dans notre psychologie collective. Je m'en dissocie.

***

Julie Vincent - Comédienne et dramaturge
 
 
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