Recensement 2011 - L'Ouest triomphe
Le poids démographique du Québec baisse encore
Les chiffres du recensement en tableaux interactifs
Succès économique, succès politique, et maintenant succès démographique: c'est le triomphe de l'Ouest canadien, cristallisé hier par la publication des premières données du recensement 2011. Celles-ci montrent en effet que le poids démographique des provinces de l'Ouest dépasse celui du Québec et des Maritimes — une première dans l'histoire du pays.
Le recensement indique aussi que le Canada continue globalement de se développer par l'immigration (responsable des deux tiers de la croissance démographique de 5,9 % par rapport au dernier recensement) et en périphérie du coeur des grandes villes, l'étalement urbain ayant encore la cote. Pour le deuxième cycle consécutif de cinq ans, la croissance canadienne est la plus élevée des pays du G8.
L'Ouest (Prairies et Colombie-Britannique) concentre donc maintenant 30,7 % des 33,5 millions de Canadiens, alors que le Québec et les provinces de l'Atlantique représentent 30,6 % de la population. Dans la foulée, le poids démographique du Québec se trouve de nouveau affaibli au terme du grand décompte du 10 mai 2011. Les Québécois représentaient 28,9 % de la population canadienne en 1951; c'est aujourd'hui 23,6 %, soit une diminution de 0,3 % par rapport au recensement de 2006.
«Ce sont des données qui accentuent l'impression d'une marginalisation du Québec à l'intérieur du Canada», estime Robert Bourbeau, professeur au Département de démographique de l'Université de Montréal, en faisant référence au fait que «Stephen Harper a obtenu un mandat majoritaire avec seulement cinq députés au Québec».
Le Québec peut néanmoins voir quelques points positifs dans le recensement, note Jonathan Chagnon, démographe à Statistique Canada. «Le taux de croissance de la population québécoise est passé de 4,3 % à 4,7 % entre les deux derniers recensements, dit-il. C'est le taux le plus élevé en 20 ans. Il y a eu environ 430 000 naissances entre 2006 et 2011, soit près de 60 000 de plus que durant la période 2001-2006. Il y a de plus en plus de migrants internationaux et de résidents non permanents... Le seul problème, ce sont les migrations interprovinciales.»
Sur ce point, le Québec s'en tire mieux que durant la période 1971-2001, mais son solde migratoire demeure négatif. «C'est la principale raison de sa perte de poids démographique à l'échelle nationale», dit M. Chagnon.
Économie
Autre première dans l'histoire: aucune province n'a enregistré de diminution de sa population durant les cinq dernières années. Au sommet de la liste, l'Alberta (+10,8 %), la Colombie-Britannique (+7 %) et la Saskatchewan, laquelle enregistre une croissance de 6,7 % après une baisse de 1,1 % entre 2001 et 2006. Dans ce dernier cas, on impute le revirement aux gains migratoires interprovinciaux et à l'arrivée d'immigrants.
Mais plus largement, ce sont les succès économiques de l'Ouest qui expliquent sa popularité. «Le centre de gravité économique du pays se déplace vers l'Ouest, et la population suit», analyse Frédéric Boily, professeur de science politique à l'Université de l'Alberta.
Une étude du Conference Board du Canada (CBC) publiée en novembre dernier le disait ainsi: «Les provinces de l'Ouest seront de nouveau les chefs de file au chapitre de la croissance au Canada» en 2012, grâce notamment à l'industrie de la potasse et à l'expansion du secteur pétrolier. «L'Alberta s'apprête à connaître une autre période de prospérité économique prolongée», soulignait le CBC. Dans cette province, le taux de chômage est de 4,9 %, contre 8,4 % au Québec.
«Forcément, ces disparités économiques créent une ligne de fracture entre l'Est et l'Ouest, de plus en plus accentuée», dit Frédéric Boily. L'Ontario demeure certes un joueur immense: 38,4 % de la population nationale y vit. Mais la province a enregistré sa plus faible croissance de population (6,6 %) depuis le recensement de 1986, et ses pertes migratoires au profit des autres provinces ont été deux fois plus importantes durant les cinq dernières années que les cinq précédentes. Statistique Canada évoque les «changements structurels dans l'économie canadienne» pour expliquer la perte de vitesse de l'Ontario. «Politiquement, tout ça vient dire au gouvernement qu'il a de moins en moins besoin de l'Est pour gouverner», estime
M. Boily. Comme il l'écrivait dans la revue Options politiques en juin 2011: «The West is in»...
Banlieues
Les données dévoilées hier indiquent par ailleurs que le Canada est de plus en plus urbain, 69,1 % de sa population vivant dans une des 33 régions métropolitaines délimitées par Statistique Canada. Les régions entourant Montréal, Toronto et Vancouver concentrent 35 % de toute la population canadienne et ont enregistré une croissance démographique élevée (7,9 %) depuis 2006 grâce à l'immigration.
Sauf que ces villes grandissent par la banlieue, confirme le recensement. «Les régions métropolitaines grossissent, mais surtout par leur périphérie, indique Jonathan Chagnon. C'est un signe clair que l'étalement urbain se poursuit au Canada.» À l'inverse, la population rurale, à 18,9 %, ne cesse de diminuer.
***
Montréal: l'étalement s'étend
Montréal suit la tendance de l'étalement urbain, phénomène observé et mesuré dans la métropole depuis plusieurs années. Le recensement 2011 confirme donc que la Rive-Sud et la Rive-Nord «croissent de façon plus rapide» que la municipalité centrale. Preuve que l'étalement s'étend, le recensement de 2006 révélait une croissance soutenue le long du fleuve et de la rivière des Mille-Îles: en 2011, la croissance dans ces secteurs a ralenti... pour s'intensifier plus loin dans les banlieues. Sainte-Marthe-sur-le-Lac enregistre par exemple une hausse de population de 38,7 %. Seul point positif: on note que certains secteurs de Montréal enregistrent une «croissance soutenue», nommément Ville-Marie, le Vieux-Port, l'Île-des-Soeurs et Saint-Laurent.
***
Formulaire obligatoire
Les données dévoilées hier sont toutes tirées du recensement — le «formulaire court» obligatoire — auquel tous les Canadiens ont dû répondre en mai 2011. Statistique Canada publiera la suite des résultats obtenus par le recensement en mai (âge et sexe), en septembre (familles et ménages) et en octobre (langue). Les données obtenues par l'Enquête nationale sur les ménages — le formulaire long, distribué dans 30 % des foyers et qui était pour la première fois non obligatoire — seront quant à elles diffusées au printemps 2013.
Le recensement indique aussi que le Canada continue globalement de se développer par l'immigration (responsable des deux tiers de la croissance démographique de 5,9 % par rapport au dernier recensement) et en périphérie du coeur des grandes villes, l'étalement urbain ayant encore la cote. Pour le deuxième cycle consécutif de cinq ans, la croissance canadienne est la plus élevée des pays du G8.
L'Ouest (Prairies et Colombie-Britannique) concentre donc maintenant 30,7 % des 33,5 millions de Canadiens, alors que le Québec et les provinces de l'Atlantique représentent 30,6 % de la population. Dans la foulée, le poids démographique du Québec se trouve de nouveau affaibli au terme du grand décompte du 10 mai 2011. Les Québécois représentaient 28,9 % de la population canadienne en 1951; c'est aujourd'hui 23,6 %, soit une diminution de 0,3 % par rapport au recensement de 2006.
«Ce sont des données qui accentuent l'impression d'une marginalisation du Québec à l'intérieur du Canada», estime Robert Bourbeau, professeur au Département de démographique de l'Université de Montréal, en faisant référence au fait que «Stephen Harper a obtenu un mandat majoritaire avec seulement cinq députés au Québec».
Le Québec peut néanmoins voir quelques points positifs dans le recensement, note Jonathan Chagnon, démographe à Statistique Canada. «Le taux de croissance de la population québécoise est passé de 4,3 % à 4,7 % entre les deux derniers recensements, dit-il. C'est le taux le plus élevé en 20 ans. Il y a eu environ 430 000 naissances entre 2006 et 2011, soit près de 60 000 de plus que durant la période 2001-2006. Il y a de plus en plus de migrants internationaux et de résidents non permanents... Le seul problème, ce sont les migrations interprovinciales.»
Sur ce point, le Québec s'en tire mieux que durant la période 1971-2001, mais son solde migratoire demeure négatif. «C'est la principale raison de sa perte de poids démographique à l'échelle nationale», dit M. Chagnon.
Économie
Autre première dans l'histoire: aucune province n'a enregistré de diminution de sa population durant les cinq dernières années. Au sommet de la liste, l'Alberta (+10,8 %), la Colombie-Britannique (+7 %) et la Saskatchewan, laquelle enregistre une croissance de 6,7 % après une baisse de 1,1 % entre 2001 et 2006. Dans ce dernier cas, on impute le revirement aux gains migratoires interprovinciaux et à l'arrivée d'immigrants.
Mais plus largement, ce sont les succès économiques de l'Ouest qui expliquent sa popularité. «Le centre de gravité économique du pays se déplace vers l'Ouest, et la population suit», analyse Frédéric Boily, professeur de science politique à l'Université de l'Alberta.
Une étude du Conference Board du Canada (CBC) publiée en novembre dernier le disait ainsi: «Les provinces de l'Ouest seront de nouveau les chefs de file au chapitre de la croissance au Canada» en 2012, grâce notamment à l'industrie de la potasse et à l'expansion du secteur pétrolier. «L'Alberta s'apprête à connaître une autre période de prospérité économique prolongée», soulignait le CBC. Dans cette province, le taux de chômage est de 4,9 %, contre 8,4 % au Québec.
«Forcément, ces disparités économiques créent une ligne de fracture entre l'Est et l'Ouest, de plus en plus accentuée», dit Frédéric Boily. L'Ontario demeure certes un joueur immense: 38,4 % de la population nationale y vit. Mais la province a enregistré sa plus faible croissance de population (6,6 %) depuis le recensement de 1986, et ses pertes migratoires au profit des autres provinces ont été deux fois plus importantes durant les cinq dernières années que les cinq précédentes. Statistique Canada évoque les «changements structurels dans l'économie canadienne» pour expliquer la perte de vitesse de l'Ontario. «Politiquement, tout ça vient dire au gouvernement qu'il a de moins en moins besoin de l'Est pour gouverner», estime
M. Boily. Comme il l'écrivait dans la revue Options politiques en juin 2011: «The West is in»...
Banlieues
Les données dévoilées hier indiquent par ailleurs que le Canada est de plus en plus urbain, 69,1 % de sa population vivant dans une des 33 régions métropolitaines délimitées par Statistique Canada. Les régions entourant Montréal, Toronto et Vancouver concentrent 35 % de toute la population canadienne et ont enregistré une croissance démographique élevée (7,9 %) depuis 2006 grâce à l'immigration.
Sauf que ces villes grandissent par la banlieue, confirme le recensement. «Les régions métropolitaines grossissent, mais surtout par leur périphérie, indique Jonathan Chagnon. C'est un signe clair que l'étalement urbain se poursuit au Canada.» À l'inverse, la population rurale, à 18,9 %, ne cesse de diminuer.
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Montréal: l'étalement s'étend
Montréal suit la tendance de l'étalement urbain, phénomène observé et mesuré dans la métropole depuis plusieurs années. Le recensement 2011 confirme donc que la Rive-Sud et la Rive-Nord «croissent de façon plus rapide» que la municipalité centrale. Preuve que l'étalement s'étend, le recensement de 2006 révélait une croissance soutenue le long du fleuve et de la rivière des Mille-Îles: en 2011, la croissance dans ces secteurs a ralenti... pour s'intensifier plus loin dans les banlieues. Sainte-Marthe-sur-le-Lac enregistre par exemple une hausse de population de 38,7 %. Seul point positif: on note que certains secteurs de Montréal enregistrent une «croissance soutenue», nommément Ville-Marie, le Vieux-Port, l'Île-des-Soeurs et Saint-Laurent.
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Formulaire obligatoire
Les données dévoilées hier sont toutes tirées du recensement — le «formulaire court» obligatoire — auquel tous les Canadiens ont dû répondre en mai 2011. Statistique Canada publiera la suite des résultats obtenus par le recensement en mai (âge et sexe), en septembre (familles et ménages) et en octobre (langue). Les données obtenues par l'Enquête nationale sur les ménages — le formulaire long, distribué dans 30 % des foyers et qui était pour la première fois non obligatoire — seront quant à elles diffusées au printemps 2013.










