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Affaire Shafia - Pour que la mort de Rona, Zainab, Sahar et Geeti ne soit pas vaine

Fatima Houda-Pepin - Députée de La Pinière à l'Assemblée nationale  7 février 2012  Actualités en société
Christian Tiffet, Femmes de l'ombre, 2012.<br />
Photo : Illustration Christian Tiffet - Le Devoir
Christian Tiffet, Femmes de l'ombre, 2012.
Le verdict est tombé, le 29 janvier dernier, à Kingston, dans le procès de Mohamed Shafia (59 ans), de sa deuxième épouse, Tooba Yahya (42 ans) et de leur fils, Hamed (21 ans), un procès qui nous a tenus en haleine pendant trois mois.

Le verdict était clair et non équivoque, rendu par un jury unanime, après 15 heures de délibérations. Les trois accusés sont déclarés coupables de quatre meurtres prémédités et condamnés à 25 ans de prison, sans possibilité de libération conditionnelle. Leur crime sordide: avoir planifié et perpétré l'assassinat de quatre femmes de leur famille, dont les corps ont été repêchés au fond des écluses de Kingston Mills, en Ontario, le 30 juin 2009.

Le crime parfait ou presque, un crime déguisé en accident, qui a emporté quatre femmes, dans la fleur de l'âge: les trois filles de Mohamed Shafia et de sa deuxième épouse, Tooba, soit Zainab (19 ans), Sahar (17 ans) et Geeti (13 ans) ainsi que Rona Amir Mohamed (53 ans), sa première épouse, qu'il a fait venir au Canada en la faisant passer pour une cousine, pour cacher son statut de polygame. Le «délit» de ces victimes innocentes: avoir aspiré à la liberté et cru en nos institutions pour les protéger de la tyrannie d'un patriarche déchu.

Les accusés ont tout nié, prétendant n'avoir jamais entendu parler de crimes d'honneur avant d'arriver au Canada. Pourtant, le 21 juillet 2009, à la veille de leur arrestation, Mohamed Shafia, dans un aveu sans équivoque, affirme à son fils Hamed: «Même si on me hisse sur la potence, rien n'est plus cher que mon honneur. Rien n'est plus grand que notre honneur. Fais un homme de toi, ne sois pas une femme. Ta mère est un homme.»

Ceux qui ont suivi ce drame savent que Tooba Yahya a «fait un homme d'elle» à la barre des accusés et que Hamed a été impassible tout au long du procès, démontrant ainsi à son père chéri «qu'il n'était pas une femme».

Je salue le juge Robert Maranger pour le courage de ses propos, quand il a clairement identifié la source de ces crimes haineux: «la raison manifeste de ces meurtres honteux, exécutés de sang-froid, est que les quatre victimes tout à fait innocentes ont offensé votre conception tordue de l'honneur. Une notion fondée sur la domination et le contrôle des femmes, une notion malade de l'honneur qui n'a absolument pas sa place dans aucune société civilisée». On ne peut pas mieux dire!

Facteurs aggravants

Pour que la mort tragique de Rona, Zainab, Sahar et Geeti ne soit pas vaine, nous devons reconnaître que des femmes issues de certaines communautés vivent dans des situations de vulnérabilité extrême. Leur statut précaire est souvent aggravé par l'absence, autour d'elles, d'un réseau d'appui, et par la méconnaissance de certains codes de communication, notamment la langue, la culture institutionnelle et, plus encore, par la méconnaissance de leurs propres droits.

Rona, Zainab, Sahar et Geeti nous ont pourtant crié leur désespoir, mais nous n'avons pas su les écouter, elles ont pris leur courage à deux mains pour nous alerter, mais nous n'avons pas su leur venir en aide.

Toutes les femmes immigrantes en situation de détresse n'aboutissent pas dans le fond d'un canal, mais elles sont malheureusement nombreuses à vivre les affres de la domination, de l'humiliation, de l'exclusion, voire de la haine. Il n'est pas rare de constater que, dans certaines communautés, les interdits qu'on leur impose dans le contexte de l'immigration sont encore plus sévères que dans leurs propres pays d'origine.

Les travailleuses sociales et communautaires, les infirmières, les médecins, les psychologues, les policiers et les intervenants sociaux et éducatifs ne manquent pas, généralement, de volonté pour leur venir en aide, mais ils n'ont pas les outils adéquats pour décoder, comprendre, prévenir et agir dans des situations de débordement du fanatisme religieux et du relativisme culturel.

Ne pas avoir peur de dénoncer


Comme société démocratique et État de droit, nous ne pouvons continuer à fermer les yeux sur la violence conjugale et familiale sous prétexte qu'elle s'exprime à l'intérieur d'une communauté, d'une religion d'une tradition ou d'un système patriarcal. Les droits des femmes sont des droits de la personne, et les droits de la personne ne se mesurent pas à l'aune de la race, de la couleur, de la religion ou de l'origine ethnique.

Il faut donc dénoncer, publiquement et fermement — au-delà de la peur et des risques de se faire accuser de racisme ou d'islamophobie — toute manifestation de haine à l'égard des femmes, une haine qui s'exprime, de plus en plus ouvertement, avec une fixation maladive sur le contrôle de leur corps, de leur sexualité, de leur liberté de mouvement et d'action. Rona, Zainab, Sahar et Geeti ont payé ce désir de liberté au prix de leur vie. Ne les oublions pas.

Il faut faire plus, et ça urge, à commencer par un geste simple: mettre sur pied des tables de concertation des différents intervenants pour développer une approche commune face à la gestion de la diversité culturelle, ethnique et religieuse. Une collaboration avec les organismes communautaires qui oeuvrent sur le terrain permettrait de bien documenter et mieux comprendre les drames que vivent des femmes et des jeunes filles aux prises avec le poids de traditions et de pratiques culturelles d'un autre âge.

Dans une société pluraliste, les institutions publiques gagneraient à offrir une formation qualifiante aux membres de leur personnel pour leur permettre de réussir leurs interventions, lorsqu'ils sont confrontés à des situations de conflits de valeurs ou de chocs des cultures, particulièrement en ce qui a trait aux relations hommes-femmes.

Pour avoir consacré, moi-même, une dizaine d'années de ma vie professionnelle à la formation de policiers, d'infirmières, de travailleuses sociales, d'enseignantes et enseignants, de gestionnaires de ressources humaines, d'orienteurs professionnels et de dirigeants d'entreprises, en matière de gestion de la diversité, je suis à même d'en évaluer les bénéfices et la plus-value pour les professionnels concernés, pour les organisations et pour la société tout entière.

***

Fatima Houda-Pepin - Députée de La Pinière à l'Assemblée nationale
 
 
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  • Minona Minona - Inscrite
    7 février 2012 09 h 14
    Il y a plus à craindre que les mots.
    "Il faut donc dénoncer, publiquement et fermement — au-delà de la peur et des risques de se faire accuser de racisme ou d'islamophobie — toute manifestation de haine à l'égard des femmes..."

    Je ne m'explique pas cette frilosité à dénoncer la misogynie culturelle et religieuse juste à cause de cette peur pathologique et collective que nous avons de nous faire traiter de racistes ou d'islamophobes. C'est complètement surréaliste: nous sommes prêts à ignorer volontairement la souffrance de femmes et d'adolescentes, parfois en danger de mort, juste parce que nous craignons des mots!!!

    De toute façon, notre attitude pleutre ne prévient en rien les accusations gratuites qui continuent de pleuvoir sur l'ensemble des québécois de souche (à cette occasion, les immigrants haineux sont d'ailleurs bien aise de s'exclure eux-mêmes du peuple québécois), quant ce n'est pas sur l'ensemble des occidentaux.

    Puisque nous nous faisons déjà traiter collectivement de racistes, d'islamophobes et d'intolérants même lorsque nous gardons un profil bas, . pourquoi alors ne pas nous autoriser à nous indigner devant l'inacceptable? Nous avons la chance de vivre dans un pays où nous pouvons exprimer librement nos opinions, (sous un pseudonyme si nous le désirons), et la pire chose qui puisse nous arriver est de nous faire insulter sur un forum. Dans certains pays, une opinion qui déplaît peut valoir à la personne qui l'exprime la censure, la prison, la torture ou la mort!

    Devant l'injustice, le silence est encore plus à craindre que les mots.
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  • Jihad Nasr - Inscrit
    7 février 2012 10 h 55
    Halte aux exagérations et aux inventions
    Il est bizarre de prétendre que les Québécois sont accusés d'être des racistes, d'islamophobes et d'intolérants et qu'on leur demande de tenir profil bas et de se taire. Arrêtez d'inventer des histoires, ainsi que Mme Fatima Houda-Pépin. Ce que vos concitoyens de religion musulmane souhaitent c'est qu'on arrête le discours paternaliste et le ton condescendant à leur égard.

    L'an dernier, une ministre fédérale a rencontré à Montréal un groupe de dignitaires et figures de la communauté musulmane. Elle a déclaré que le gouvernement fédéral serait tenté d’introduire la notion du crime d'honneur dans le code criminel! L'imam du Centre islamique libanais de Montréal, Sayyed Nabil Abbas, a répliqué qu'il n'y a pas en islam (religion) ce type de notion et qu'un crime est un crime. En d'autres termes, il y a des lois, appliquez-les.

    C'est ce que vos concitoyens musulmans pensent et souhaitent, ni plus ni moins.
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  • Alysse - Abonné
    7 février 2012 11 h 14
    Plus jamais...
    Dénoncer publiquement les manifestations de haine à l'égard des femmes, quelle que soit leur pays d'origine devrait être une préoccupation de toute société qui se dit "civilisée". La mort des femmes Shaffia est horrible et nous hantera longtemps j'espère.J'endosse tous les propos de madame Houde Pépin mais je ne peux pas oublier nos enfants et nos soeurs québécoises, mortes d'avoir voulu quitter un conjoint violent, possessif et contrôlant. Euphémisme, au Québec, on appelle ça un "drame conjugal" et les sentences sont généralement assez douces. On mise sur la maladie mentale ou sur un moment d'égarement, ce n'est pas culturel... on va soigner le "malade". Je n'ai besoin de nommer personne...
    Visiter des urgences d'hôpitaux le lundi matin est souvent révélateur de la violence qui se pratique à l'égard des québécoises.
    Je souhaite que la mort de ces magnifiques femmes Shafia serve aussi à une
    réflexion sur les "drames conjugaux" bien québécois mais pas "culturels"...
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  • Mbotemingi - Abonné
    7 février 2012 11 h 29
    Merci pour ce texte
    Vous avez raison Mme Pépin, toutefois je ne veux pas accuser la DPJ, car elle ne peut agir si la plainte est retirée. Des femmes se font tuer tous les jours, pas nécessairement pour des raisons religieuses ou par méconnaissance de nos lois. Des hommes tuent des femmes. Toutefois, dans le cas Schafia, c'est encore pire car cet homme s'est pris pour Dieu et il devrait être déchu de la nationalité canadienne.
    Il est certain que les nouveaux arrivants ne connaissnet pas notre Constitution, notre Charte des droit et libertés. Pourtant, quand ils prêtent serment de respecter nos lois, n'ont-ils pas appris nos lois ? À tout le moins notre Constituion qui affirme la liberté des femmes et l'égalité en droit, elles ont les même droits que les hommes.

    Je vous demsnde, vous qui connaissez si bien notre système d'imposer un cours aux nouveaux arrivants sur la Constitution, en outre les informer que les femmes ont les mêmes droits que les hommes dans ce pays. En cas de refus de ce principe, les immigrants devraient être informés qu'ils perdront tous les avantages que procurent le fait d'être canadien.

    Estelle
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  • Minona Minona - Inscrite
    7 février 2012 13 h 31
    Je n'invente rien.
    @Jihad Nasr

    "Il est bizarre de prétendre que les Québécois sont accusés d'être des racistes, d'islamophobes et d'intolérants et qu'on leur demande de tenir profil bas et de se taire. Arrêtez d'inventer des histoires..."

    Des commentaires racistes envers les québécois ou les occidentaux, j'en lis plusieurs fois par semaine sur Internet et je n'ai pas besoins d'aller les chercher sur d'obscurs sites islamistes, je n'ai qu'à visiter les blogues des principaux quotidiens. Je trouve toujours assez cocasse d'ailleurs de lire des commentaires qui s'en prennent au racisme en lançant des insultes plus racistes encore.

    J'admets volontiers qu'il n'y a pas que des nouveaux arrivants qui y participent, nombreux sont les idiots utiles "de souche" qui se font une joie d'expier leur faute de l'être en nous méprisant. S'ils tiennent absolument à se sentir personnellement coupables pour l'islamophobie des autres, pour la guerre du golfe ou même pour les croisades, grand bien leur fasse.

    Par ailleurs, je n'ai pas écris qu'on nous demandait de nous taire et de garder profil bas mais bien que "...nous nous faisons déjà traiter collectivement de racistes, d'islamophobes et d'intolérants même lorsque nous gardons un profil bas."
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  • Jean-Francois Lachance - Inscrit
    8 février 2012 13 h 56
    regarder la paille du voisin et refuser de voir la poutre
    Voici ce qui retient mon attention :
    Je salue le juge Robert Maranger pour le courage de ses propos...
    «la raison manifeste de ces meurtres honteux, exécutés de sang-froid, est que les quatre victimes tout à fait innocentes ont offensé votre conception tordue de l'honneur. Une notion fondée sur la domination et le contrôle des femmes, une notion malade de l'honneur qui n'a absolument pas sa place dans aucune société civilisée»

    Cette déclaration de la part de madame Houda Pépin reste foncièrement vrai. On ne peut pas mieux dire...

    Vraiment ?
    Le meurtre peut importe le sang qui coule ou les raisons qui le motive reste le meurtre. La singularité des gestes posés ne repose que sur la trame de fond. Oui il s'agit d'une motif culturel religieux reposant sur des valeurs archaïques.

    Aussi archaïque soit-elle un tel geste est d'abord et avant tout une manifestation de la folie humaine à l'état pur et ce peut importe les origines des coupables.

    Pourtant, le même système de justice dit " civilisé " a délibérément excusé le geste d'un autre énergumène tout aussi phénoménal. Le docteur Turcotte tue de sang froid deux de ses propres enfants, avant de feindre de s'enlever la vie (ok on s'entends que s'il était médecin, il devait s'y connaître étant soi peu en toxico...) pauvre petit il était dans un état de crise et s'en sort sans dossier. Ce nigaud de première aurait-il au droit au même privilège étant, pauvre, sans éducation ou immigrant.... ? En laissant cette affaire en suspends on est en droit en tant que citoyen de se poser sérieusement la question sans pour autant se faire taxer de gauchiste.
    Le même beau système a eu à plusieurs reprises de la part des filles de Shafia des messages clairs démontrant l'autorité tyrannique du père. Encore une fois, l'état a failli à son devoir sous prétexte qu'elle n'était pas informé..
    Notre belle société produit une grande quantité de drames familiaux, pourtant à ce que je
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  • Marie-France Legault - Inscrit
    15 février 2012 09 h 48
    Un cas de rage
    et de vengeance extrême....voilà ce que pensent plusieurs citoyens silencieux...
    Le Dr. Turcotte savait ce qui peut faire le PLUS mal à une femme qui est MÈRE...la femme a des entrailles....
    ce que certains hommes ignorent ou veulent ignorer
    c'est qu'il y a un LIEN indéfectible entre la mère et l'enfant...
    qui dure toute la vie...
    le cordon ombilical a été coupé à la naissance
    mais pas le LIEN affectif entre la mère et l'enfant...

    Je ne crois pas à "une folie passagère"
    et je ne suis pas la seule...
    je crois à une RAGE profonde et enracinée...

    Étant médecin, le monsieur sait JOUER avec les concepts,
    les abstractions, les ambivalences...
    le jury s'y est laissé prendre...
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