Holocauste - Victimes et héros
Joël Lion - Consul général d'Israël pour le Québec et les provinces atlantiques
30 janvier 2012
Actualités en société
Vendredi le 27 janvier était la Journée internationale du souvenir de l'Holocauste. Nous commémorons ce jour-là la mémoire des victimes des nazis et de leurs collaborateurs des autres nations européennes. Le 27 janvier 1945, les soldats de l'Armée rouge délivraient le plus grand camp de concentration et d'extermination du IIIe Reich: Auschwitz.
Ce camp symbolisera à jamais l'horreur de l'Holocauste et de la solution finale: les chambres à gaz, les fours crématoires, les expériences médicales du Dr Mengele.
Entre 1942 et 1945, plus d'un million de personnes seront exterminées dans cette usine de la mort. Parmi elles, 960 000 Juifs dont 232 000 enfants. En quatre ans, un total de 11 millions d'êtres humains, dont 6 millions de Juifs parmi lesquels 1,5 million d'enfants, furent systématiquement exterminés, annihilant ainsi une culture millénaire.
Les nazis n'ont pas inventé l'antisémitisme. Il existait depuis l'Antiquité et a traversé le Moyen Âge, le Siècle des lumières, la révolution industrielle, et il persiste encore aujourd'hui, comme nous en avons été témoins à Québec dernièrement. L'antisémitisme désigne un sentiment systématique d'aversion pour les Juifs en tant que peuple ou «race» supposément inférieur. Il peut prendre la forme d'une opinion ou d'une attitude hostile, de discrimination, de racisme, de persécution. L'antisémitisme constitue une négation du droit à la différence.
Le philosophe Theodor W. Adorno en propose une définition large dans un aphorisme célèbre, expliquant que «l'antisémitisme, c'est la rumeur qui court à propos des Juifs». Mais aujourd'hui, les membres de la nation juive ne sont plus sans défense, car depuis 1948, il existe une terre de refuge: l'État d'Israël. [...]
Les héros...
En pleine pénombre de l'Holocauste, des étincelles de sincérité et de courage ont jailli, transformant de simples citoyens en véritables héros. Certains sauveurs furent des hommes d'Église qui considéraient la résistance au nazisme et l'aide aux Juifs victimes du génocide nazi comme un impératif religieux.
Certains étaient animés d'idéaux humanitaires, d'autres encore, par exemple de nombreux policiers ou gendarmes, militaires ou employés civils dans les pays occupés, étaient révoltés par ce que leurs fonctions pouvaient les amener à commettre; de simples agriculteurs et des ouvriers se sont joints à eux.
À notre connaissance, 22 216 individus ont sauvé des Juifs au péril de leur vie, mais en tant que diplomate représentant l'État souverain de la nation juive, je voudrais saluer spécialement la mémoire de mes collègues diplomates brésiliens, britanniques, allemands, roumains, suisses, salvadoriens, uruguayens, iraniens, turcs, portugais, japonais, chinois et suédois qui sauvèrent des centaines de milliers de Juifs.
Raoul Wallenberg
Cette année, nous célébrerons le centième anniversaire de naissance du diplomate suédois Raoul Wallenberg. Wallenberg, né au sein d'une famille de banquiers suédois, aurait pu vivre une vie de luxe et de plaisirs, mais il choisit de sauver la vie de milliers de personnes qui lui étaient totalement étrangères.
Au printemps 1944, on commençait à entendre parler des horreurs de l'Holocauste et des témoignages sur les exterminations massives au camp d'Auschwitz avaient été authentifiés.
Les États-Unis décidèrent de créer le War Refugee Board afin de venir en aide aux Juifs d'Europe et cherchèrent en Suède quelqu'un pour mener une mission de sauvetage à Budapest. Raoul Wallenberg se porta volontaire pour tenter de sauver les Juifs de Hongrie de la mort après l'invasion nazie de mars 1944.
Une des premières tâches de Wallenberg à la tête de la légation suédoise à Budapest consista à concevoir un soi-disant laissez-passer suédois de protection, document qui n'avait aucune force juridique en vertu du droit international. Toutefois, Wallenberg, qui, après avoir servi en Allemagne et en France occupée, comprenait parfaitement la bureaucratie nazie, savait que l'aspect officiel des documents, avec timbres, signatures et armoiries de la Suède, seraient respectés.
Il ne se contenta pas d'émettre ces documents de protection et il ouvrit des «maisons suédoises» où les Juifs pourraient se cacher. Protégées uniquement par un drapeau et l'assurance de Wallenberg que ces bâtiments étaient en territoire suédois, 15 000 Juifs y ont trouvé refuge.
Le 17 janvier 1945, Wallenberg fut escorté par des soldats soviétiques à leur quartier général militaire à l'est de Budapest. En chemin, il dit à un de ses collègues qu'il n'était pas certain s'il allait être l'hôte des Russes ou leur prisonnier. Raoul Wallenberg disparut ce jour-là, et à ce jour, nous ne connaissons pas le sort qui lui a été réservé.
Il nous faut tous oeuvrer ensemble pour combattre l'antisémitisme en recrudescence; il faut nous souvenir à tout jamais de ce qui s'est passé pendant l'Holocauste afin d'éviter que cela se reproduise.
***
Joël Lion - Consul général d'Israël pour le Québec et les provinces atlantiques
Ce camp symbolisera à jamais l'horreur de l'Holocauste et de la solution finale: les chambres à gaz, les fours crématoires, les expériences médicales du Dr Mengele.
Entre 1942 et 1945, plus d'un million de personnes seront exterminées dans cette usine de la mort. Parmi elles, 960 000 Juifs dont 232 000 enfants. En quatre ans, un total de 11 millions d'êtres humains, dont 6 millions de Juifs parmi lesquels 1,5 million d'enfants, furent systématiquement exterminés, annihilant ainsi une culture millénaire.
Les nazis n'ont pas inventé l'antisémitisme. Il existait depuis l'Antiquité et a traversé le Moyen Âge, le Siècle des lumières, la révolution industrielle, et il persiste encore aujourd'hui, comme nous en avons été témoins à Québec dernièrement. L'antisémitisme désigne un sentiment systématique d'aversion pour les Juifs en tant que peuple ou «race» supposément inférieur. Il peut prendre la forme d'une opinion ou d'une attitude hostile, de discrimination, de racisme, de persécution. L'antisémitisme constitue une négation du droit à la différence.
Le philosophe Theodor W. Adorno en propose une définition large dans un aphorisme célèbre, expliquant que «l'antisémitisme, c'est la rumeur qui court à propos des Juifs». Mais aujourd'hui, les membres de la nation juive ne sont plus sans défense, car depuis 1948, il existe une terre de refuge: l'État d'Israël. [...]
Les héros...
En pleine pénombre de l'Holocauste, des étincelles de sincérité et de courage ont jailli, transformant de simples citoyens en véritables héros. Certains sauveurs furent des hommes d'Église qui considéraient la résistance au nazisme et l'aide aux Juifs victimes du génocide nazi comme un impératif religieux.
Certains étaient animés d'idéaux humanitaires, d'autres encore, par exemple de nombreux policiers ou gendarmes, militaires ou employés civils dans les pays occupés, étaient révoltés par ce que leurs fonctions pouvaient les amener à commettre; de simples agriculteurs et des ouvriers se sont joints à eux.
À notre connaissance, 22 216 individus ont sauvé des Juifs au péril de leur vie, mais en tant que diplomate représentant l'État souverain de la nation juive, je voudrais saluer spécialement la mémoire de mes collègues diplomates brésiliens, britanniques, allemands, roumains, suisses, salvadoriens, uruguayens, iraniens, turcs, portugais, japonais, chinois et suédois qui sauvèrent des centaines de milliers de Juifs.
Raoul Wallenberg
Cette année, nous célébrerons le centième anniversaire de naissance du diplomate suédois Raoul Wallenberg. Wallenberg, né au sein d'une famille de banquiers suédois, aurait pu vivre une vie de luxe et de plaisirs, mais il choisit de sauver la vie de milliers de personnes qui lui étaient totalement étrangères.
Au printemps 1944, on commençait à entendre parler des horreurs de l'Holocauste et des témoignages sur les exterminations massives au camp d'Auschwitz avaient été authentifiés.
Les États-Unis décidèrent de créer le War Refugee Board afin de venir en aide aux Juifs d'Europe et cherchèrent en Suède quelqu'un pour mener une mission de sauvetage à Budapest. Raoul Wallenberg se porta volontaire pour tenter de sauver les Juifs de Hongrie de la mort après l'invasion nazie de mars 1944.
Une des premières tâches de Wallenberg à la tête de la légation suédoise à Budapest consista à concevoir un soi-disant laissez-passer suédois de protection, document qui n'avait aucune force juridique en vertu du droit international. Toutefois, Wallenberg, qui, après avoir servi en Allemagne et en France occupée, comprenait parfaitement la bureaucratie nazie, savait que l'aspect officiel des documents, avec timbres, signatures et armoiries de la Suède, seraient respectés.
Il ne se contenta pas d'émettre ces documents de protection et il ouvrit des «maisons suédoises» où les Juifs pourraient se cacher. Protégées uniquement par un drapeau et l'assurance de Wallenberg que ces bâtiments étaient en territoire suédois, 15 000 Juifs y ont trouvé refuge.
Le 17 janvier 1945, Wallenberg fut escorté par des soldats soviétiques à leur quartier général militaire à l'est de Budapest. En chemin, il dit à un de ses collègues qu'il n'était pas certain s'il allait être l'hôte des Russes ou leur prisonnier. Raoul Wallenberg disparut ce jour-là, et à ce jour, nous ne connaissons pas le sort qui lui a été réservé.
Il nous faut tous oeuvrer ensemble pour combattre l'antisémitisme en recrudescence; il faut nous souvenir à tout jamais de ce qui s'est passé pendant l'Holocauste afin d'éviter que cela se reproduise.
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Joël Lion - Consul général d'Israël pour le Québec et les provinces atlantiques
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