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Du conditionnement, l'exercice physique

Comment commencer le sport et tenir sa résolution en six étapes faciles

Une séance de spinning au gymnase Le Sanctuaire, à Montréal.<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Une séance de spinning au gymnase Le Sanctuaire, à Montréal.
Matin du 2 janvier. À la télévision, une infopub vante une sorte de chaise pour renforcer ses abdominaux, protéinée par les dernières années d'innovations dans le domaine du fitness, dit-on. Un homme enveloppé sous un manteau de muscles se tortille sur le module et s'échine avec si peu d'aisance qu'il risque de se taper un lumbago avant la fin de l'offre «d'un calculateur d'indice de masse corporelle gratuit si vous appelez dans les 18 prochaines minutes». Parmi les récentes nouveautés apportées au produit ces dix dernières années, on vante notamment le fait qu'il soit «sécuritaire». Eh bien, il n'est pas trop tôt, direz-vous.

Plus tard, le petit écran diffusait une autre infopub promouvant sous un autre nom la même chaise pour abdos. Et à peine étais-je convaincue, ainsi affalée sur le divan, mon corps encore saoul de dinde au beurre, des bienfaits de s'exercer en cuissardes de microfibre, les abdos luisants de sueur devant l'opéra de Sydney, que j'ai découvert sur une troisième chaîne une publicité payée sur une pilule de détoxification des intestins.

L'animateur tentait ainsi de persuader les téléspectateurs ébaubis que les quelques centimètres supplémentaires de leur tour de taille n'avaient rien à voir avec les excès gourmands dans les rillettes et les tourtières de Noël, mais plutôt avec le fait que «vos intestins sont remplis de vieilles matières fécales».

J'ai fermé la télé.

À ces excentriques propositions de remise en forme/amaigrissement englouties pendant les Fêtes s'ajoutent les promotions d'après-Noël dans les gyms, dans les supermarchés d'équipement d'exercices. Les annonceurs savent bien que 26 % de ceux qui ont pris des résolutions du Nouvel An ont inscrit avec plus ou moins de conviction «se remettre en forme/perdre du poids» à leur liste de choses à faire en 2012, tel que l'évalue le récent sondage de fin d'année du Globe and Mail.

Ainsi happée par ces messages payés et les nombreux articles sur les façons de garder la forme en 2012 et de maintenir le rythme, il m'a semblé que choisir une activité physique semblait être devenu une entreprise bien compliquée.

Pourquoi faire simple?

Puisqu'elle baigne dans ce domaine depuis des années et que probablement tous les mois de janvier l'amènent à fredonner la même rengaine, Suzanne Laberge, professeure au Département de kinésiologie de l'Université de Montréal, avait déjà son baluchon tout prêt à déballer lors de mon appel. «La résolution de bouger davantage n'est pas étrangère au bruit médiatique sur l'obésité et les diètes, dit-elle. Les gens intériorisent ces messages et après avoir mangé allègrement pendant les Fêtes, avec beaucoup de plaisir soit dit en passant, ils s'abonnent à un centre de conditionnement physique.»

La vice-présidente du réseau Énergie Cardio, Caroline Pitre, estime que près de la moitié accrochent leurs espadrilles entre le premier et le troisième mois suivant le début de leur inscription, une statistique qui ne semble pas l'émouvoir, même que «le taux d'abandon est moins important qu'avant», ajoute-t-elle.

Pour garder les sportifs dans leurs centres, les gyms déclinent une foule d'activités de groupe, une façon d'aller chercher une clientèle intimidée par leur armée d'appareils aux noms de Transformers comme stairmaster et treadmill, ainsi appelés par le personnel dans la langue de Cunneyworth. Une façon aussi d'élargir l'éventail des propositions.

Les artilleries proposées par les centres sportifs et les infopubs sont rassurantes pendant la lune de miel. Mais le temps d'apprendre à manier les boutons, de découvrir que le programme nommé sans équivoque «Perte de poids» sur l'exerciseur elliptique n'est pas plus bucolique ni magique que le bouton des programmes «Course à la campagne» et «Randonnée dans les montagnes», l'attrait du gym des uns risque de se sublimer pour l'autre moitié.

Pour s'entraîner, les centres de conditionnement physique ne sont pas l'unique solution, mentionne Mme Laberge. «Par exemple, les centres communautaires de son quartier offrent de nombreux cours. Les possibilités sont multiples. Quand tu abandonnes le gym, tu te sens doublement coupable, d'abord de ne plus t'entraîner, puis de perdre de l'argent, une culpabilité encore plus importante pour les gens qui ont des revenus modestes.»

Connais-toi toi-même

Bien que pour cet article j'aie voulu éviter le ton «Garder la forme en dix étapes faciles», au téléphone, en bonne élève, Suzanne Laberge a sorti de son sac six trucs pour aider madame et monsieur à accomplir leur résolution 2012. Des étapes toutes simples, mais puisque les choses les plus évidentes ont besoin d'être répétées pour être enregistrées, il serait égoïste de vous en priver.

1. Trouver une activité qu'on aime. Tennis, boulingrin, aviron, volley-ball, course à pied... Mme Laberge suggère de retourner en arrière et de s'inspirer des activités prisées à l'école et au collège. À défaut de pouvoir se rappeler ses cours d'éducation physique, elle propose de marcher. Une activité accessible, la marche ne demande presque rien, même pas quelques années de moins. En plus, elle permet de faire travailler toutes les parties du corps.

2. Être réaliste. La chercheuse refuse de mettre l'abandon sur le dos du manque de motivation et prétexte qu'il est important de considérer les responsabilités et les ressources de chacun. Le gym quatre fois par semaine n'est peut-être pas la solution pour une mère monoparentale de trois enfants, pas plus que la marche nordique ne sied à quelqu'un qui aspire à avoir la silhouette des locataires d'Occupation double. Évaluer sa condition physique en tenant compte de ce qu'il est possible de réaliser.

3. Varier les activités. Explorer les sports de groupe, en duo, en solo, et songer à la danse, tiens.

4.Trouver un sport accessible. Il suffit d'avoir une voiture à déneiger et 30 minutes de route à se taper pour remettre son entraînement à une autre fois. Puisque l'habitude se perd assez rapidement, opter pour la proximité.

5. Chercher un partenaire, pour se motiver.

6. Planifier. «C'est le seul moyen de tenir le rythme», confirme Mme Laberge. Caroline Pitre a un bon truc: «Inscrire à son agenda deux, trois, quatre plages d'exercice et les respecter, comme on le ferait pour un rendez-vous chez le médecin ou au garage.» Elle les appelle ses «rendez-vous avec soi-même».

«Si vous pratiquez une activité qui vous plaît, c'est certain à 99,9 % qu'après l'effort vous allez être content et vous serez détendu. Vous vous sentirez bien parce que vous aurez pensé à vous», conclut Mme Laberge. Sur ce point, le programme du gouvernement québécois «Vas-y, fais-le pour toi» ne savait si bien dire.

Dans les petits pots, les meilleures étiquettes

Récemment, le blogue 80beats du magazine Discover écrivait qu'en déballant la collation faible-en-gras-mois-de-100-calories, peu d'entre nous étaient conscients de la quantité d'énergie demandée pour les brûler.

Des chercheurs ont effectué une petite étude auprès d'ados américains démontrant qu'en inscrivant sur l'étiquette quelque chose du genre «Saviez-vous qu'en buvant une bouteille de cette boisson gazeuse, il faut 50 minutes de jogging pour éliminer les calories de son système?», leur consommation de soda avait diminué de moitié alors que les mentions nutritionnelles habituelles à l'endos du produit n'avaient eu qu'un impact négligeable sur la consommation.

Pour le plaisir de la chose, avec l'aide des calculatrices de calories pas très scientifiques dénichées sur le Web, je vous ai traficoté quelques étiquettes à coller sur les produits lors de votre prochaine épicerie.

«Saviez-vous qu'il vous faut vadrouiller la maison pendant 45 minutes pour brûler les 230 calories d'une portion de yogourt Liberté Méditerranée aux cerises noires?»

«Pêcher pendant 25 minutes élimine de votre système cette délicieuse cuillérée de Nutella.»

«La moutarde de baseball ne contient aucune calorie. Allez-y gaiement.»

«Inscrivez tout de suite un match d'Ultimate Frisbee à votre horaire puisqu'il vous faudra courir dans le champ comme un damné pendant près d'une heure pour donner l'impression que vous n'avez jamais ingéré ce juteux Big Mac!»

Et finalement: «Rendez-vous en ski alpin à cette vente de garage à dix minutes de chez vous pour vous procurer ce vieil abRoller-Rocket-Twist-Sculptor. Vous brûlerez 99 calories en moins de dix minutes, ou argent remis!»
 
 
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