La disparition de l’année 2011 - Steve Jobs
Photo : Agence Reuters
Le décès de Steve Jobs, annoncé par Apple le 5 octobre dernier, a déclenché une déferlante d’hommages. Avec la démesure qui sied au personnage.
À retenir
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Cette série consacrée aux grands événements de 2011 se poursuivra jusqu'au 3 janvier, avec un nouveau texte mis en ligne à chaque jour.
En octobre, l’entrepreneur américain a quitté inopinément l’application «la vie» à l’âge de 56 ans. Un cancer du pancréas l’aura empêché de poursuivre la révolution informatique et sociale qu’il a amorcée en 1976 en créant, avec Steve Wozniak, l’ordinateur Apple I.
Même mort, il est toujours capable de surprendre. Le 10 février prochain, Steve Jobs, père fondateur d’Apple, tout comme des outils de communication et de création en «i» — iMac, iBook, iPod, iPad et iPhone —, va être honoré à titre posthume à l’occasion de... la 54e cérémonie des Grammy Awards.
L’annonce a été faite par les organisateurs de cette grand-messe de la musique, la plus prestigieuse au monde, quelques jours à peine avant Noël. Le légendaire homme d’affaires y sera glorifié, aux côtés de la chanteuse Diana Ross et du musicien brésilien Tom Jobim. Motif? Il a «contribué à créer des produits et des technologies qui ont transformé la façon dont nous consommons la musique, la télévision, les films et les livres», ont-ils résumé par voie de communiqué.
Près de trois mois après la mort du charismatique gourou de l’informatique, l’oraison funèbre, même si elle a perdu en intensité, est toujours audible pour Steve Jobs, dont le décès, annoncé par Apple le 5 octobre dernier, a déclenché une déferlante d’hommages. Avec la démesure qui sied au personnage.
Le départ a été prématuré, mais pas surprenant. Trois mois plus tôt, l’homme qui en 1976, dans un garage de Los Altos en Californie, pas très loin de Palo Alto, avec son pote Steve Wozniak, a façonné le premier ordinateur Macintosh, avait annoncé dans une lettre au conseil d’administration son retrait de la compagnie dont il avait repris les rênes en 1997. À cause de la maladie, un cancer du pancréas découvert en 2004 et qui depuis tout ce temps l’avait amaigri et considérablement affaibli.
Dans un discours bien senti, Barack Obama a déploré la mort de «l’un des plus grands inventeurs américains, assez courageux pour penser différemment, assez audacieux pour croire qu’il pouvait changer le monde et assez talentueux pour le faire».
Ce faisant, le président américain est venu alimenter un incroyable concert d’éloges adressés en 48 heures par une ribambelle d’hommes et de femmes d’État, d’artistes, de bonzes de l’économie mondiale, d’artistes et même de quidams qui ont exprimé leur tristesse sur la Toile, mais qui ont également convergé aux quatre coins du globe devant les magasins Apple pour y déposer des gerbes de fleurs, des messages d’amour, des photos, des poèmes...
L’émotion était plus perceptible en ces lieux que dans une ligne de code binaire. Les critiques d’Apple, qui aiment présenter la multinationale comme une Église — la Sainte Église de la Pomme — et Steve Jobs comme un demi-dieu, ont souri en coin.
Démocratiser l'informatique
Au-delà des dogmes et de l’irrationalité du consommateur, les pleureurs sont venus confirmer le génie de Jobs qui, dans un garage californien au milieu des années 70, a rêvé de démocratiser l’informatique, a souhaité rendre l’ordinateur personnel accessible à tous — ou presque — et qui, en 30 ans, avec le perfectionnisme qui le caractérisait, a réussi son pari en mariant composantes électroniques, design et surtout marketing dans un tout qui désormais fait école.
La recette a été — et reste encore — d’une efficacité redoutable. «Quand les gens entendent la sonnerie de leur iPhone, cela active dans le cortex insulaire du cerveau l’endroit qui généralement enregistre l’amour et la dépendance», résumait récemment dans les pages du New York Times l’expert en marketing Martin Lindstrom pour expliquer l’attachement viscéral des consommateurs pour la marque à la pomme et que Jobs a minutieusement orchestré depuis l’apparition du iMac, la boule bleue, premier outil de production et de communication érigé en objet de désir.
C’est l’innovation déplacée dans le champ du prosélytisme. C’est le concept de démarcation du consommateur par l’objet que l’on vient ici, paradoxalement, de massifier. Et c’est aussi ce qui vaut aujourd’hui à Apple des liquidités évaluées à 28 milliards de dollars tout comme l’admiration de ses pairs pour ce magasin en ligne, l’Apple Store, qui approvisionne en applications des consommateurs captifs ayant succombé à la logique redoutable du micro-paiement. Le tout pour alimenter des appareils tactiles, instinctifs et attirants dont la prolifération, dans toutes les strates de la population, confirmée par les chiffres de vente des derniers «i», est facile à envisager.
Pour toutes ces raisons, la mort du gourou, qui a cultivé la différence jusque dans son «costume» de chef d’entreprise — un jean bleu toujours accompagné d’un col roulé noir — pour mieux vendre cette différence à tous, laisse un vide angoissant chez les croyants les plus fanatiques de la pomme, dont quelques-uns sont désormais capables de tout pour compenser cette absence. Un doute? À Budapest, une statue de bronze à l’image de Jobs, la première, a été inaugurée il y a quelques jours dans un parc, pas très loin de la compagnie informatique Graphisoft, qui est à l’origine de l’hommage. Un hommage qui confirme que, même si le gourou n’est plus là, son culte, lui, se poursuit.
***
Disparitions de l’année: les finalistes
-Oussama ben Laden. Après une traque de plus de 10 ans, le chef spirituel du réseau terroriste al-Qaïda a été abattu le 2 mai dernier à Abbottabad, au Pakistan, par un commando américain. Sa dépouille a été jetée en haute mer.
-Vaclav Havel. Dramaturge, essayiste, artisan de la paix, premier président de la République tchèque, l’illustre homme d’État s’est éteint le 18 décembre. Coïncidence étrange, sa mort est annoncée en même temps que celle du plus odieux des dictateurs, Kim Jong-il en Corée du Nord.
-Elizabeth Taylor. À 78 ans, la grande Liz est sortie côté jardin en mars dernier. Elle aura marqué durablement l’âge d’or du cinéma hollywoodien tout comme l’univers matrimonial en se mariant huit fois avec sept hommes différents.
-Joe Frazier. Il n’a pas fait le poids devant la mort. En novembre, à Philadelphie, le boxeur américain, icône du ring dans les années 60 et 70, s’est envolé. Il a été le premier à faire tomber Muhammad Ali.
-Amy Winehouse. Jazz, blues, soul, vodka et volutes de fumée ont accompagné l’ascension de cette jeune chanteuse à la voix semblant sortir d’une autre époque. Le 23 juillet, l’artiste a été trouvée morte dans son appartement de Londres. Surdose d’alcool après une période d’abstinence. Elle avait 28 ans.
Disparitions de l’année au Québec: les finalistes
-Gil Courtemanche. Journaliste, romancier, chroniqueur, humaniste et fin observateur du présent, l’homme s’est éteint en août dernier.
-Alys Robi. Elle a marqué son époque, celle du Montréal des cabarets et des nuits folles. Elle a connu la gloire avant de sombrer dans la dépression. Le rideau est tombé sur la chanteuse populaire en mai. Elle avait 88 ans.
-Claude Léveillée. Cette année, Frédéric est devenue orphelin. Le 9 juin, le pianiste, chanteur et compositeur est arrivé au bout de sa partition, à l’âge de 78 ans.
-Pierre Dansereau. L’écosystème social a perdu cette année une composante importante. L’un des plus grands pionniers des sciences de l’environnement est mort à quelques jours de son 100e anniversaire.
-Gaston L’Heureux. Figure emblématique de la télévision populaire et populiste, animateur de l’émission Avis de recherche, l’homme s’est éteint en janvier à 67 ans. Paralysé et diabétique, il s’était retiré de la vie publique en 2007.
Même mort, il est toujours capable de surprendre. Le 10 février prochain, Steve Jobs, père fondateur d’Apple, tout comme des outils de communication et de création en «i» — iMac, iBook, iPod, iPad et iPhone —, va être honoré à titre posthume à l’occasion de... la 54e cérémonie des Grammy Awards.
L’annonce a été faite par les organisateurs de cette grand-messe de la musique, la plus prestigieuse au monde, quelques jours à peine avant Noël. Le légendaire homme d’affaires y sera glorifié, aux côtés de la chanteuse Diana Ross et du musicien brésilien Tom Jobim. Motif? Il a «contribué à créer des produits et des technologies qui ont transformé la façon dont nous consommons la musique, la télévision, les films et les livres», ont-ils résumé par voie de communiqué.
Près de trois mois après la mort du charismatique gourou de l’informatique, l’oraison funèbre, même si elle a perdu en intensité, est toujours audible pour Steve Jobs, dont le décès, annoncé par Apple le 5 octobre dernier, a déclenché une déferlante d’hommages. Avec la démesure qui sied au personnage.
Le départ a été prématuré, mais pas surprenant. Trois mois plus tôt, l’homme qui en 1976, dans un garage de Los Altos en Californie, pas très loin de Palo Alto, avec son pote Steve Wozniak, a façonné le premier ordinateur Macintosh, avait annoncé dans une lettre au conseil d’administration son retrait de la compagnie dont il avait repris les rênes en 1997. À cause de la maladie, un cancer du pancréas découvert en 2004 et qui depuis tout ce temps l’avait amaigri et considérablement affaibli.
Dans un discours bien senti, Barack Obama a déploré la mort de «l’un des plus grands inventeurs américains, assez courageux pour penser différemment, assez audacieux pour croire qu’il pouvait changer le monde et assez talentueux pour le faire».
Ce faisant, le président américain est venu alimenter un incroyable concert d’éloges adressés en 48 heures par une ribambelle d’hommes et de femmes d’État, d’artistes, de bonzes de l’économie mondiale, d’artistes et même de quidams qui ont exprimé leur tristesse sur la Toile, mais qui ont également convergé aux quatre coins du globe devant les magasins Apple pour y déposer des gerbes de fleurs, des messages d’amour, des photos, des poèmes...
L’émotion était plus perceptible en ces lieux que dans une ligne de code binaire. Les critiques d’Apple, qui aiment présenter la multinationale comme une Église — la Sainte Église de la Pomme — et Steve Jobs comme un demi-dieu, ont souri en coin.
Démocratiser l'informatique
Au-delà des dogmes et de l’irrationalité du consommateur, les pleureurs sont venus confirmer le génie de Jobs qui, dans un garage californien au milieu des années 70, a rêvé de démocratiser l’informatique, a souhaité rendre l’ordinateur personnel accessible à tous — ou presque — et qui, en 30 ans, avec le perfectionnisme qui le caractérisait, a réussi son pari en mariant composantes électroniques, design et surtout marketing dans un tout qui désormais fait école.
La recette a été — et reste encore — d’une efficacité redoutable. «Quand les gens entendent la sonnerie de leur iPhone, cela active dans le cortex insulaire du cerveau l’endroit qui généralement enregistre l’amour et la dépendance», résumait récemment dans les pages du New York Times l’expert en marketing Martin Lindstrom pour expliquer l’attachement viscéral des consommateurs pour la marque à la pomme et que Jobs a minutieusement orchestré depuis l’apparition du iMac, la boule bleue, premier outil de production et de communication érigé en objet de désir.
C’est l’innovation déplacée dans le champ du prosélytisme. C’est le concept de démarcation du consommateur par l’objet que l’on vient ici, paradoxalement, de massifier. Et c’est aussi ce qui vaut aujourd’hui à Apple des liquidités évaluées à 28 milliards de dollars tout comme l’admiration de ses pairs pour ce magasin en ligne, l’Apple Store, qui approvisionne en applications des consommateurs captifs ayant succombé à la logique redoutable du micro-paiement. Le tout pour alimenter des appareils tactiles, instinctifs et attirants dont la prolifération, dans toutes les strates de la population, confirmée par les chiffres de vente des derniers «i», est facile à envisager.
Pour toutes ces raisons, la mort du gourou, qui a cultivé la différence jusque dans son «costume» de chef d’entreprise — un jean bleu toujours accompagné d’un col roulé noir — pour mieux vendre cette différence à tous, laisse un vide angoissant chez les croyants les plus fanatiques de la pomme, dont quelques-uns sont désormais capables de tout pour compenser cette absence. Un doute? À Budapest, une statue de bronze à l’image de Jobs, la première, a été inaugurée il y a quelques jours dans un parc, pas très loin de la compagnie informatique Graphisoft, qui est à l’origine de l’hommage. Un hommage qui confirme que, même si le gourou n’est plus là, son culte, lui, se poursuit.
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Disparitions de l’année: les finalistes
-Oussama ben Laden. Après une traque de plus de 10 ans, le chef spirituel du réseau terroriste al-Qaïda a été abattu le 2 mai dernier à Abbottabad, au Pakistan, par un commando américain. Sa dépouille a été jetée en haute mer.
-Vaclav Havel. Dramaturge, essayiste, artisan de la paix, premier président de la République tchèque, l’illustre homme d’État s’est éteint le 18 décembre. Coïncidence étrange, sa mort est annoncée en même temps que celle du plus odieux des dictateurs, Kim Jong-il en Corée du Nord.
-Elizabeth Taylor. À 78 ans, la grande Liz est sortie côté jardin en mars dernier. Elle aura marqué durablement l’âge d’or du cinéma hollywoodien tout comme l’univers matrimonial en se mariant huit fois avec sept hommes différents.
-Joe Frazier. Il n’a pas fait le poids devant la mort. En novembre, à Philadelphie, le boxeur américain, icône du ring dans les années 60 et 70, s’est envolé. Il a été le premier à faire tomber Muhammad Ali.
-Amy Winehouse. Jazz, blues, soul, vodka et volutes de fumée ont accompagné l’ascension de cette jeune chanteuse à la voix semblant sortir d’une autre époque. Le 23 juillet, l’artiste a été trouvée morte dans son appartement de Londres. Surdose d’alcool après une période d’abstinence. Elle avait 28 ans.
Disparitions de l’année au Québec: les finalistes
-Gil Courtemanche. Journaliste, romancier, chroniqueur, humaniste et fin observateur du présent, l’homme s’est éteint en août dernier.
-Alys Robi. Elle a marqué son époque, celle du Montréal des cabarets et des nuits folles. Elle a connu la gloire avant de sombrer dans la dépression. Le rideau est tombé sur la chanteuse populaire en mai. Elle avait 88 ans.
-Claude Léveillée. Cette année, Frédéric est devenue orphelin. Le 9 juin, le pianiste, chanteur et compositeur est arrivé au bout de sa partition, à l’âge de 78 ans.
-Pierre Dansereau. L’écosystème social a perdu cette année une composante importante. L’un des plus grands pionniers des sciences de l’environnement est mort à quelques jours de son 100e anniversaire.
-Gaston L’Heureux. Figure emblématique de la télévision populaire et populiste, animateur de l’émission Avis de recherche, l’homme s’est éteint en janvier à 67 ans. Paralysé et diabétique, il s’était retiré de la vie publique en 2007.
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