Robert, à bras ouverts
Le guide spirituel de Radio-Canada
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Donnant une swing bien personnelle au mot «accueil», Robert Houle campe un personnage à mi-chemin entre Luis Mariano et Bobino, un croisement entre le music-hall et le talk-show.
À retenir
-
«La gentillesse est le langage qu'un sourd peut entendre et qu'un aveugle peut voir.» - Mark Twain
Vous ne pouvez pas le rater. Tout au fond de l'entrée principale, il vous ouvre la porte de la «grande maison». Il en détient le mode d'emploi pour les nuls et comme le bon génie — sourire Pepsodent, trois vœux à exaucer — il vous dirige en blaguant dans ce labyrinthe de béton froid où vos appréhensions vous dérobent souvent le courage ou l'élan. Combien de fois suis-je entrée dans cette boîte plus crispée que — son nom m'échappe... — et ai-je été soulagée par ce lutin qu'on dirait tout droit sorti d'un film d'Almodóvar?
La première personne qui vous adresse la parole à Radio-Canada/CBC, c'est lui, Robert Houle. Malheureusement, c'est aussi — parfois — la dernière à le faire sans vous prendre de haut. Guide à l'accueil depuis dix ans, employé de la société d'État depuis vingt, Robert a fait 56 métiers dans la grande tour et jouit d'une rare popularité en ces murs et même au dehors de la sacro-sainte enceinte.
Il a fait de son poste un rôle étonnant, un croisement entre le music-hall et le talk-show. Un gentilhomme tel qu'on le concevait au Moyen Âge, il me rappelle Luis Mariano (pour les envolées vocales) mêlé à du Guy Sanche (le Bobino de mon enfance): l'élégance, la retenue, la politesse, la cordialité, la folie, la répartie, la naïveté cultivée, l'amour du calembour, l'intelligence, la diction, la voix qui porte loin, le sourire engageant, un beau-passe-parmi-le-monde, quoi.
Après quelques heures tapie dans l'arrière-scène, derrière son comptoir d'accueil, je ne sais toujours pas s'il faut le prendre au troisième degré, s'il est un groupie fini déguisé en fée des étoiles ou s'il barbotte tout simplement, comme un petit poisson rouge insouciant dans un aquarium infesté de piranhas.
«Tu écris un papier sur la gentillesse?», me demande au passage Caroline, une (gentille) réalisatrice qui me reconnaît. Fine mouche... «C'est si rare, la gentillesse... Même que des gens font semblant de ne pas la voir. Ils ne sont pas habitués.»
Vrai, Robert secoue les conventions et humanise la fonction d'automate à l'accueil. «La gentillesse ralentit, surprend les gens. Ça les rend moins frénétiques», pense-t-il.
Avec lui, aucun trip de pouvoir, ni d'ego. Vous êtes qui vous êtes et on n'en fera pas une crise d'épilepsie. Robert est vacciné contre l'imbécillité. Après dix secondes, vous avez le choix d'être complice ou de vous camper dans votre propre rôle et d'y rester seul.
Jouez, hautbois, résonnez, musettes
Et, bien sûr, la plupart des comédiens et des animateurs adorent donner la réplique à Robert, ce personnage taillé sur mesure pour eux. On se réchauffe à son contact. Trois mille employés passent par son entonnoir chaque jour, sans compter les visiteurs. Faites le calcul: cinq télés, six radios, il salue même en anglais, en espagnol et en cri.
Charles Tisseyre — un pitre avec qui j'ai travaillé du temps où il avait les cheveux bruns — quitte l'édifice en gloussant comme «un» dinde de Noël. James Hyndman s'approche avec cette lueur démoniaque au fond de la prunelle lorsqu'il m'aperçoit et se fait coller par Robert sur l'identité de Jean Desprez — comédienne ET auteure de téléromans — car les répétitions de Trauma ont lieu dans une salle qui porte son nom.
L'animateur de radio Philippe Fehmiu, sapé comme un banquier, vient comparer sa cravate radio-canadienne avec celle de Robert. Le chef cuisinier Dany St-Pierre s'approche à son tour. Robert le dirige: «On vous attend à Campaï, monsieur St-Pierre; vous prenez l'escalier roulant à gauche après la toile de Jean-Paul Lemieux.» Divertissant et éducatif à la fois, on devrait l'embaucher aux variétés, mais on y perdrait beaucoup en réputation. Robert Houle est le meilleur ambassadeur qu'Hubert Lacroix, le grand boss, ait jamais eu.
Peu importe qui se présente devant lui, s'il grimpe debout sur son comptoir pour accueillir Diane Dufresne ou Catherine Major, Robert touille cette salade de gros noms du showbiz québécois pour en faire un mesclun tout à fait digeste. Et surtout, chacun conserve l'impression d'être important à ses yeux, même les marmots de la garderie à qui il distribue ses suçons. Son plus grand talent niche là, dans l'inconnu qu'il débusque, dans le trac qu'il fait fondre d'une phrase anodine et amicale, dans la magie qu'il suscite. «J'essaie de détendre les gens. Ils se prennent trop au sérieux, ça les tue», me glisse-t-il avant de se retourner: «Joyeux jeudi jour de paye! Il reste 2 jours, 12 heures et 22 minutes avant Noël!» Sur son comptoir, une petite horloge lui fournit le compte à rebours jusqu'au grand jour. Robert est un «croyant» au sens festif du terme: «J'aime célébrer la vie. Même le jour de la marmotte, je souligne!»
Les limites du bonheur
L'animateur Georges Nicholson vient lui faire la bise et repart avec des DVD de Jeanne Moreau sous le bras. Robert possède une vaste collection de deux mille vieux films français que la magnétothèque de la «maison» peut lui envier et qu'il prête volontiers à ses réguliers.
L'homme le plus connu de Radio-Canada après Guy A. Lepage et Marc Labrèche me parle un peu de sa mère, emportée en début d'année par le cancer. À 57 ans, Robert vivra discrètement son premier Noël d'orphelin. Mais lui qui a parcouru le monde jusqu'en Afrique et au Tibet demeure bien conscient de sa chance: «On n'apprécie pas tout ce qu'on a. Nous sommes tellement gâtés. Et puis, les gens ont une limite au bonheur; ils ne savent souvent pas comment être heureux. Ils sont mal-heureux. Tu leur dis: "Il fait beau", ils répondent: "Il fait trop chaud." Tu leur dis: "On va avoir un Noël blanc", ils répondent: "Il va falloir pelleter." Dans La voie du coeur, Arnaud Desjardins explique que l'amour n'est pas un besoin; c'est l'envie d'aimer qui l'est. Et puis, le plus difficile, c'est de donner l'exemple. C'est facile de dire "je t'aime". Mais quels sont les gestes que tu poses vraiment? Si tu veux être aimé, sois aimable...»
À brûle-pourpoint, Robert me demande si je sais pourquoi les anges volent. «Parce qu'ils prennent la vie à la légère!», lance-t-il.
En voilà un qui ne demande qu'à voler et à nous entraîner dans son sillage pour faire de chaque jour un souhait. Pour tout ça, pour les anges qui passent, pour l'anonyme qui reprend espoir, pour l'impalpable qui ressuscite, pour la joie qui pétille et ce baume, la gentillesse, un peu moins quétaine à Noël, nous sommes des milliers à t'être reconnaissants, Robert.
Tu es un guide, un vrai.
***
cherejoblo@ledevoir.com
Twitter.com/cherejoblo
***
Et les zestes
Noté: dans Petit éloge de la gentillesse du philosophe Emmanuel Jaffelin, que la gentillesse est considérée comme une faiblesse dans la société moderne, notamment parce qu'elle place la personne gentille dans une position subordonnée que la démocratie n'encourage pas. «Ce qui fonde la démocratie, c'est cette immense aspiration à l'égalité qui fait de chaque citoyen un roi. La démocratie n'est pas née simplement de la mort du roi: elle en est la prolifération.» On y reviendra...
Aimé: le conte Le père Noël démissionne de Jacques Pasquet (Hurtubise). Un livre à lire avant ou après Noël, peu importe. Un livre qui donne un sens à l'enchantement et aidera ceux qui ont décidé de diminuer les dépenses cette année.
Adopté: Happy. Petites leçons de bonheur venues du monde entier (Lonely Planet). Cinquante-cinq traditions qui vous aident à vous débarrasser de vos soucis, qui s'attardent à toutes sortes de façons de renouer avec la joie et le sens, par la privation, la danse, le maquillage (se peindre un sourire), la quête de vision, le karaoké, la reconnaissance, le pèlerinage et même (une coutume indienne) les liens de protection qui unissent frères et soeurs. Illustrations charmantes. À offrir ou s'offrir.
Écouté: souvent, souvent, le dernier disque de Sylvie Laliberté, C'est toi mon lieu préféré sur terre. Ça a l'air naïf, gentil, candide, mais au fond, Sylvie dit les choses autrement. Pour changer des disques de Noël. http://www.sylvielaliberte.com
Adoré: Hugo, le film 3D de Scorsese. De belles leçons de gentillesse et de la magie tout plein. À voir avec ou sans enfants. Meilleur que le Tintin de Spielberg, à mon humble avis.
Pris: une pause caramel de Noël à la fleur de sel. De retour le 13 janvier. Soyez sages, soyez fous, soyez gentils. Joyeux Noël rempli d'espérances et de cohérence. Mes meilleurs voeux de l'autre bord.
***
«Ce qui est laid, c'est que sur cette terre, il ne suffise pas d'être tendre et naïf pour être accueilli à bras ouverts.» - Albert Cohen
«Je peux me défendre contre la méchanceté; je ne peux pas me défendre contre la gentillesse.» - Francis Blanche
***
JOBLOG
Le papier peint
Je lisais cette semaine, dans un magazine féminin, que le must de la saison était un jeté crocheté maison à grosses mailles et du papier peint DANS les garde-robes. J'ai refermé le magazine en me tâtant le pouls. Ai-je encore assez d'énergie pour poser du papier peint en fin de semaine entre la bûche au matcha et yuzu (un must aussi) que je tiens mordicus à cuisiner et mon maquillage glamour aux palettes affriolantes de 2012?
Le réveillon demain... et si la «visite» ouvrait les placards?
Heureusement, j'ai mis la main sur cette plaquette tout à fait dans l'air du temps, Le chemin de l'espérance de Stéphane Hessel (Indignez-vous) et du philosophe-sociologue Edgar Morin.
La plus longue phrase du livre? Accrochez-vous: «Évoquons pour commencer les appétits déchaînés du profit, la dégradation des solidarités concrètes, l'hyperbureaucratisation des administrations publiques et privées, l'exacerbation et la pression de la compétitivité, forme dégénérée de la concurrence, la domination du quantitatif sur le qualitatif, les intoxications consuméristes poussant à l'achat de produits dotés de qualités illusoires, la dégradation de la qualité des aliments issus de l'agriculture et de l'élevage industrialisé, l'impuissance des consommateurs, des petits et moyens producteurs, des citoyens conditionnés et atomisés, la carence de plus en plus criante d'un système éducatif qui disjoint et enclôt les connaissances interdisant ainsi la possibilité d'embrasser les problèmes fondamentaux et globaux de nos vies d'individus et de citoyens, la crise d'une pensée politique aveugle qui, soumise à un crétinisme économique qui dégrade tous les problèmes politiques en questions de marchés, est incapable de formuler aucun grand dessein.»
Ouf, le chemin de l'espérance risque d'être abrupt; je retourne poser mon papier peint.
***
http://fr.chatelaine.com/blogues/jo_blogue
La première personne qui vous adresse la parole à Radio-Canada/CBC, c'est lui, Robert Houle. Malheureusement, c'est aussi — parfois — la dernière à le faire sans vous prendre de haut. Guide à l'accueil depuis dix ans, employé de la société d'État depuis vingt, Robert a fait 56 métiers dans la grande tour et jouit d'une rare popularité en ces murs et même au dehors de la sacro-sainte enceinte.
Il a fait de son poste un rôle étonnant, un croisement entre le music-hall et le talk-show. Un gentilhomme tel qu'on le concevait au Moyen Âge, il me rappelle Luis Mariano (pour les envolées vocales) mêlé à du Guy Sanche (le Bobino de mon enfance): l'élégance, la retenue, la politesse, la cordialité, la folie, la répartie, la naïveté cultivée, l'amour du calembour, l'intelligence, la diction, la voix qui porte loin, le sourire engageant, un beau-passe-parmi-le-monde, quoi.
Après quelques heures tapie dans l'arrière-scène, derrière son comptoir d'accueil, je ne sais toujours pas s'il faut le prendre au troisième degré, s'il est un groupie fini déguisé en fée des étoiles ou s'il barbotte tout simplement, comme un petit poisson rouge insouciant dans un aquarium infesté de piranhas.
«Tu écris un papier sur la gentillesse?», me demande au passage Caroline, une (gentille) réalisatrice qui me reconnaît. Fine mouche... «C'est si rare, la gentillesse... Même que des gens font semblant de ne pas la voir. Ils ne sont pas habitués.»
Vrai, Robert secoue les conventions et humanise la fonction d'automate à l'accueil. «La gentillesse ralentit, surprend les gens. Ça les rend moins frénétiques», pense-t-il.
Avec lui, aucun trip de pouvoir, ni d'ego. Vous êtes qui vous êtes et on n'en fera pas une crise d'épilepsie. Robert est vacciné contre l'imbécillité. Après dix secondes, vous avez le choix d'être complice ou de vous camper dans votre propre rôle et d'y rester seul.
Jouez, hautbois, résonnez, musettes
Et, bien sûr, la plupart des comédiens et des animateurs adorent donner la réplique à Robert, ce personnage taillé sur mesure pour eux. On se réchauffe à son contact. Trois mille employés passent par son entonnoir chaque jour, sans compter les visiteurs. Faites le calcul: cinq télés, six radios, il salue même en anglais, en espagnol et en cri.
Charles Tisseyre — un pitre avec qui j'ai travaillé du temps où il avait les cheveux bruns — quitte l'édifice en gloussant comme «un» dinde de Noël. James Hyndman s'approche avec cette lueur démoniaque au fond de la prunelle lorsqu'il m'aperçoit et se fait coller par Robert sur l'identité de Jean Desprez — comédienne ET auteure de téléromans — car les répétitions de Trauma ont lieu dans une salle qui porte son nom.
L'animateur de radio Philippe Fehmiu, sapé comme un banquier, vient comparer sa cravate radio-canadienne avec celle de Robert. Le chef cuisinier Dany St-Pierre s'approche à son tour. Robert le dirige: «On vous attend à Campaï, monsieur St-Pierre; vous prenez l'escalier roulant à gauche après la toile de Jean-Paul Lemieux.» Divertissant et éducatif à la fois, on devrait l'embaucher aux variétés, mais on y perdrait beaucoup en réputation. Robert Houle est le meilleur ambassadeur qu'Hubert Lacroix, le grand boss, ait jamais eu.
Peu importe qui se présente devant lui, s'il grimpe debout sur son comptoir pour accueillir Diane Dufresne ou Catherine Major, Robert touille cette salade de gros noms du showbiz québécois pour en faire un mesclun tout à fait digeste. Et surtout, chacun conserve l'impression d'être important à ses yeux, même les marmots de la garderie à qui il distribue ses suçons. Son plus grand talent niche là, dans l'inconnu qu'il débusque, dans le trac qu'il fait fondre d'une phrase anodine et amicale, dans la magie qu'il suscite. «J'essaie de détendre les gens. Ils se prennent trop au sérieux, ça les tue», me glisse-t-il avant de se retourner: «Joyeux jeudi jour de paye! Il reste 2 jours, 12 heures et 22 minutes avant Noël!» Sur son comptoir, une petite horloge lui fournit le compte à rebours jusqu'au grand jour. Robert est un «croyant» au sens festif du terme: «J'aime célébrer la vie. Même le jour de la marmotte, je souligne!»
Les limites du bonheur
L'animateur Georges Nicholson vient lui faire la bise et repart avec des DVD de Jeanne Moreau sous le bras. Robert possède une vaste collection de deux mille vieux films français que la magnétothèque de la «maison» peut lui envier et qu'il prête volontiers à ses réguliers.
L'homme le plus connu de Radio-Canada après Guy A. Lepage et Marc Labrèche me parle un peu de sa mère, emportée en début d'année par le cancer. À 57 ans, Robert vivra discrètement son premier Noël d'orphelin. Mais lui qui a parcouru le monde jusqu'en Afrique et au Tibet demeure bien conscient de sa chance: «On n'apprécie pas tout ce qu'on a. Nous sommes tellement gâtés. Et puis, les gens ont une limite au bonheur; ils ne savent souvent pas comment être heureux. Ils sont mal-heureux. Tu leur dis: "Il fait beau", ils répondent: "Il fait trop chaud." Tu leur dis: "On va avoir un Noël blanc", ils répondent: "Il va falloir pelleter." Dans La voie du coeur, Arnaud Desjardins explique que l'amour n'est pas un besoin; c'est l'envie d'aimer qui l'est. Et puis, le plus difficile, c'est de donner l'exemple. C'est facile de dire "je t'aime". Mais quels sont les gestes que tu poses vraiment? Si tu veux être aimé, sois aimable...»
À brûle-pourpoint, Robert me demande si je sais pourquoi les anges volent. «Parce qu'ils prennent la vie à la légère!», lance-t-il.
En voilà un qui ne demande qu'à voler et à nous entraîner dans son sillage pour faire de chaque jour un souhait. Pour tout ça, pour les anges qui passent, pour l'anonyme qui reprend espoir, pour l'impalpable qui ressuscite, pour la joie qui pétille et ce baume, la gentillesse, un peu moins quétaine à Noël, nous sommes des milliers à t'être reconnaissants, Robert.
Tu es un guide, un vrai.
***
cherejoblo@ledevoir.com
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Et les zestes
Noté: dans Petit éloge de la gentillesse du philosophe Emmanuel Jaffelin, que la gentillesse est considérée comme une faiblesse dans la société moderne, notamment parce qu'elle place la personne gentille dans une position subordonnée que la démocratie n'encourage pas. «Ce qui fonde la démocratie, c'est cette immense aspiration à l'égalité qui fait de chaque citoyen un roi. La démocratie n'est pas née simplement de la mort du roi: elle en est la prolifération.» On y reviendra...
Aimé: le conte Le père Noël démissionne de Jacques Pasquet (Hurtubise). Un livre à lire avant ou après Noël, peu importe. Un livre qui donne un sens à l'enchantement et aidera ceux qui ont décidé de diminuer les dépenses cette année.
Adopté: Happy. Petites leçons de bonheur venues du monde entier (Lonely Planet). Cinquante-cinq traditions qui vous aident à vous débarrasser de vos soucis, qui s'attardent à toutes sortes de façons de renouer avec la joie et le sens, par la privation, la danse, le maquillage (se peindre un sourire), la quête de vision, le karaoké, la reconnaissance, le pèlerinage et même (une coutume indienne) les liens de protection qui unissent frères et soeurs. Illustrations charmantes. À offrir ou s'offrir.
Écouté: souvent, souvent, le dernier disque de Sylvie Laliberté, C'est toi mon lieu préféré sur terre. Ça a l'air naïf, gentil, candide, mais au fond, Sylvie dit les choses autrement. Pour changer des disques de Noël. http://www.sylvielaliberte.com
Adoré: Hugo, le film 3D de Scorsese. De belles leçons de gentillesse et de la magie tout plein. À voir avec ou sans enfants. Meilleur que le Tintin de Spielberg, à mon humble avis.
Pris: une pause caramel de Noël à la fleur de sel. De retour le 13 janvier. Soyez sages, soyez fous, soyez gentils. Joyeux Noël rempli d'espérances et de cohérence. Mes meilleurs voeux de l'autre bord.
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«Ce qui est laid, c'est que sur cette terre, il ne suffise pas d'être tendre et naïf pour être accueilli à bras ouverts.» - Albert Cohen
«Je peux me défendre contre la méchanceté; je ne peux pas me défendre contre la gentillesse.» - Francis Blanche
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JOBLOG
Le papier peint
Je lisais cette semaine, dans un magazine féminin, que le must de la saison était un jeté crocheté maison à grosses mailles et du papier peint DANS les garde-robes. J'ai refermé le magazine en me tâtant le pouls. Ai-je encore assez d'énergie pour poser du papier peint en fin de semaine entre la bûche au matcha et yuzu (un must aussi) que je tiens mordicus à cuisiner et mon maquillage glamour aux palettes affriolantes de 2012?
Le réveillon demain... et si la «visite» ouvrait les placards?
Heureusement, j'ai mis la main sur cette plaquette tout à fait dans l'air du temps, Le chemin de l'espérance de Stéphane Hessel (Indignez-vous) et du philosophe-sociologue Edgar Morin.
La plus longue phrase du livre? Accrochez-vous: «Évoquons pour commencer les appétits déchaînés du profit, la dégradation des solidarités concrètes, l'hyperbureaucratisation des administrations publiques et privées, l'exacerbation et la pression de la compétitivité, forme dégénérée de la concurrence, la domination du quantitatif sur le qualitatif, les intoxications consuméristes poussant à l'achat de produits dotés de qualités illusoires, la dégradation de la qualité des aliments issus de l'agriculture et de l'élevage industrialisé, l'impuissance des consommateurs, des petits et moyens producteurs, des citoyens conditionnés et atomisés, la carence de plus en plus criante d'un système éducatif qui disjoint et enclôt les connaissances interdisant ainsi la possibilité d'embrasser les problèmes fondamentaux et globaux de nos vies d'individus et de citoyens, la crise d'une pensée politique aveugle qui, soumise à un crétinisme économique qui dégrade tous les problèmes politiques en questions de marchés, est incapable de formuler aucun grand dessein.»
Ouf, le chemin de l'espérance risque d'être abrupt; je retourne poser mon papier peint.
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