samedi 11 février 2012 Dernière mise à jour 01h25
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Diamants de guerre - Un nouveau type de conflit en Afrique centrale

L'Afrique centrale est devenue le théâtre d'un «nouveau type de guerre» où le déploiement et l'activité des armées nationales sont purement orchestrés en fonction de l'exploitation commerciale des mines de diamants, soutient un rapport rendu public hier à Ottawa par l'organisation Partenariat Afrique Canada.

À moins de deux semaines du sommet du G8 à Kananaskis en Alberta, où la question de l'Afrique doit occuper une place prépondérante, le chercheur Christian Dietrich décrit par le menu comment un nouveau «commercialisme militaire» s'articule en République démocratique du Congo (RDC) sous l'impulsion, en particulier, de ses voisins rwandais, ougandais et centrafricains; et comment ce «pillage» se déroule avec la bénédiction des grands producteurs occidentaux de diamants qui taillent en Belgique, aux États-Unis, en Israël et en Inde. Son étude d'une soixantaine de pages, intitulée Monnaie forte: l'économie criminalisée des diamants et menée sur dix-huit mois, se lit comme un répertoire des meilleures façons de démolir un pays.

Environ la moitié de la RDC, un pays grand comme l'Europe de l'Ouest qui est immensément riche en diamants, en or, en cuivre et en cobalt, est occupée depuis le milieu de 1998 par des groupes rebelles appuyés par le Rwanda, l'Ouganda et la République centrafricaine — une occupation condamnée «du bout des lèvres» par l'Occident. «Les considérations d'ordre militaire et politique demeurent centrales, écrit M. Dietrich, mais de nombreuses facettes de la guerre actuelle ne sont rien d'autre qu'une manigance pour mettre la main sur les ressources minérales du Congo.» Depuis la fin des années 90, des hauts gradés des autorités militaires nationales en Afrique ont pris le relais de milices privées et pris conscience des profits qu'ils pourraient faire en assurant et en contrôlant l'accès aux territoires riches en minéraux. C'est ainsi qu'en adoptant des comportements de «prédateurs transfrontaliers», le Rwanda et l'Ouganda sont devenus d'énormes exportateurs de minéraux trouvés en RDC, mais dont ils sont eux-mêmes à peine producteur.

Économie de casino

Les diamants forment une économie parallèle et criminalisée de plusieurs milliards de dollars. Ils ont ceci de particulier que, contrairement au cuivre ou au pétrole dont l'extraction nécessite des moyens d'envergure industrielle, les diamants alluviaux peuvent être extraits avec peu ou pas de moyens techniques. Leur commercialisation passe par des circuits extrêmement complexes et le travail de milliers de revendeurs et de petits creuseurs artisanaux. Après l'effondrement des États et des économies officielles, les diamants et d'autres minéraux sont devenus des sources de devises essentielles à la survie de centaines de milliers de démunis aussi bien que d'élites nationales corrompues qui s'inventent d'éphémères sociétés minières, partent à la recherche de partenaires étrangers et tentent d'arracher une part du gâteau. Cela a débouché à partir des années 80 dans l'ex-Zaïre «cleptocratique» de Mobutu Sese Seko, affirme M. Dietrich, au développement d'une «économie de casino» fondée «sur le rêve d'une récompense financière considérable et instantanée». Avec le résultat que la ruée sur les champs diamantifères a privé de ses ouvriers de nombreuses régions agricoles.

Solutions africaines

Par le prisme du pillage des ressources minérales, l'étude de M. Dietrich vient éclairer sans y faire nommément référence le débat autour du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NPDA), un ambitieux projet de relance de l'Afrique par l'investissement privé dont le premier ministre Jean Chrétien se fera le promoteur à Kananaskis. Lancé il y a deux ans, le NPDA vise à promouvoir l'idée responsabilisante de «solutions africaines aux problèmes africains». Il s'agit pourtant d'une vieille rengaine que l'Occident aime à entendre depuis la débâcle somalienne de 1993. Cette déresponsabilisation occidentale a notamment donné lieu à la création de l'ECOMOG, la force de paix de la Communauté économique des États de l'Afrique au Liberia et en Sierra Leone. Or, «le commerce de bas niveau et le pillage dont se rendent coupables les troupes de la ECOMOG sont fort bien documentés», affirme le chercheur. Il croit que l'on assiste, avec la permission des Nations unies, à la normalisation des «ingérences militaires des pays africains plus forts dans les affaires de leurs voisins plus faibles».

Efforts de changement

Comment faire échec à la contrebande des diamants de guerre? M. Dietrich estime qu'il faut s'attaquer d'urgence au «problème plus fondamental, celui de la qualité de la gouvernance en Afrique centrale». La solution, avance-t-il, consisterait assez simplement à refuser aux «mauvais pays» l'accès à l'ensemble du marché mondial des diamants et à appliquer des contrôles dignes de ce nom. Du côté de la demande, la solution passe inévitablement par le contrôle des importations dans les pays riches afin que les réseaux commerciaux soient rendus plus transparents. «La contrebande est illégale dans tous les pays, y compris la Belgique, Israël, les États-Unis, la Grande-Bretagne et les autres gros importateurs de diamants. Et le vol aussi. Et pourtant, des diamants de contrebande [...] traversent encore toutes les frontières impunément, comme si les diamants étaient en quelque sorte différents des automobiles ou des télévisions.»

Un pas utile a été franchi en mars dernier avec l'Accord du processus de Kimberley, réunissant 35 gouvernements et l'Union européenne. Conformément à ce processus, un système mondial de certification des diamants devrait être mis en place à la fin de l'année. Le hic, dit M. Dietrich, c'est qu'il est édenté. À moins de la mise en place de mécanismes de surveillance indépendante — ce qui est à son avis tout à fait faisable —, le système de certification «ne sera ni crédible ni efficace». Et les pilleurs continueront de piller.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
1 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Articles
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012